‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 118 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

toyable qui met tout en question, et détruit aussi souvent qu’elle édifie ; que par une lecture, même superfiielle, des dialogues, on les suppose initiés à toutes les élégances de là eivilisation la plus raffinée, pourra-t-on canesvoir après cela ce qu'il y a d’irrationnel, d’inculte et d'imagination déréglée dans les passages les plus importants du Zohar? Pourra-t-on s'expliquer cette extraordinaire description de la Tête blanche, ces métaphores gigantesques mêlées de puérils détails, cette

suppositian d’une révélation secrète et plus ancienne |

que celle du mont Sinaï, enfin ces efforts incroyables aidés des moyens les plus arbitraires pour trouver leur propre doctrine dans les textes sacrés? À ces divers caractères, je reconnais bien une philosophie qui, prenant naissance au sein d’un peuple éminemment religieux, n'ose pas encore s’avouer à elle-même toute son audace, et cherche à se couvrir, pour sa propre satisfaction, du voile de l'autorité; mais je ne saurais les concilier avec le choix tout à fait libre d’une philosophie étrangère, d’une philosophie indépendante, qui ne cache à personne qu’elle tient de la raison seule son autorité, sa force et ses lumières. D'ailleurs, à aucune époque les Juifs n’ont renié leurs maîtres étrangers ni refusé de rendre hommage aux autres nations des connaissances qu'ils leur empruntaient quelquefois. Ainsi,

nous apprenons dans le Thalmud que les Assyriens leur : e ‘ e ‘ î ont fourni les noms des mois,'des anges, et les carac-

tères dont ils se servent encore aujourd'hui pour écrire

— St

leurs livres sacrés‘. Plus tard, quand la langue grecque a commencé à se répandre parmi eux, les docteurs les plus vénérés de la Mischna en parlent avec admiration, et permettent de.la substituer, dans les cérémonies religieuses, au texte même de la loi*. Durant le moyen âge, initiés par les Arabes à la philosophie d’Aristote, ils ne craignent pas de rendre à ce philosophe les mémes honneurs qu’à leurs propres sages, sauf à en faire, comme nous l'avons déjà dit, un disciple de leurs plus anciens docteurs, et à lui attribuer un livre où l’on voit le chef du lycée reconnaissant sur son lit de mort le Dieu et la loi d’Israël*. Enfin, le Zohar même nous apprend, dans un passage très remarquable déjà cité pré- -cédemment, que les livres de l'Orient se rapprochent beaucoup de la loi divine et de quelques opinions enseignées dans l'école de Simon ben Jochaï ‘. Seulement on ajoute que cette antique sagesse fut enseignée par le patriarche Abraham aux enfants qu'il eut de ses concubines, et par qui, selon la Bible, l'Orient a été peuplé. Quelle raison aurait donc empêché les auteurs de la kabbale de consacrer aussi un souvenir à Platon,

4. Thalm. de Jerusalem. Trait. Rosch-Haschana. D'5N90 nov -baao on dy pwumnn. Ailleurs (Trait. Sanhedrin, chap. 23), on dit en parlant d'Esdras que l'Écriture fut changée par lui, 7 by 2n27 manws, et cette écriture porte toujours le nom d’Assyrienne, ?11%N |

2. Thalm. Bab. Trait. Meguilah, chap. 1. Trait. Sota, ad fin.

Page 1