TROISIÈME PARTIE
au-dessus de l'être, dans lequel il ne peut voir qu’une de ses manifestations. S’il est supérieur à l'être, il est également supérieur à l'intelligence, qui, nécessairement émanée de lui, ne saurait l’atteindre. Aussi, quoiqu'on l'appelle généralement l'unité (ro &) ou le premier, serait-il plus juste de ne lui donner aucun nom, car il n’y en a pas qui puisse exprimer son essence; il est l’ineffable et l'inconnu (apfnros, yvwaros ) ‘. Tel est absolument le rang de l’Ensoph, que le Zohar appelle toujours l'inconnu des inconnus, le mystère des mystères, et qu'il place bien au-dessus de toutes les Séphiroth, mème de celle qui représente l’être à son plus haut degré d’abstraction. 2° Pour les Platoniciens d’Alexandrie, Dieu ne peut être conçu que sousla forme trinitaire : il y a d’abord une trinité générale qui se compose des trois termes suivants, empruntés à la langue de Platon : l'unité ou le bien (r0 &, ro yat) l'intelligence (oÿc) et l’âme du monde (fun Toù ravrés, tüv ww) ou le Démiourgos *. Mais chacun de ces trois termes donne naissance à une trinité particulière. Le bien ou l'unité dans ses rapports avec les êtres est à La fois le principe de tout amour ou l’objet du désir universel (égero ), la plénitude de la puissance et de la jouissance (ixaviv) , et enfin la souveraine perfection (réleo). Comme possédant la plénitude de la puissance, Dieu tend à se
4. Proclus, in Theol. plat., liv. II, chap. 6; IE, 4. ®. Plot., Ennead. IL liv. IX, 1; Ennead. I, liv. V, 5, etc. Proclus, Theol. plat., I, 23.
manifester hors de lui, à devenir cause productrice: comme objet de l’amour et du désir, il attire à lui tout ce qui est, il devient cause finale; et comme type de toute perfection, il change ces dispositions en une vertu efficace, source et fin de toute existence ‘. Cette première trinité n’a pas d'autre nom que celui du bien lui-même (rpièc dyafoeu dns). Vient ensuite la trinité intelligible (tps voi) ou la sagesse divine, au sein de laquelle se réunissent et se confondent, jusqu’à la plus parfaite identité, l'être, la vérité et la vérité intelligible, c’est-à-dire la chose pensante, la chose pensée et la pensée elle-même *. Enfin, l’âme du monde ou le Démiourgos peut aussi être regardée comme une trinité à laquelle il donne son nom (rpiéc nuoupyxñ). Elle comprend la substance même de l'univers ou la puissance universelle qui agit dans toute lanature, lemouvementou la génération des êtres, et leur retour dans le sein de la substance qui les a produitsf. À ces trois aspects de la nature, on peut en substituer trois autres que représententd'une manière symbolique autant de divinités de FO-
lympe : Jupiter est le Démiourgos universel des âmes et des corps “, Neptune a l'empire des âmes et Pluton celui