‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 158 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

la seule propriété du philosophe d'Alexandrie, n’ont pas laissé le plus faible vestige, soit dans le Zokar, soit dans le livre de la Création. Pour toutes ces raisons nous croyons avoir le droit de dire que les écrits de Philon n’ont exercé aucune influence sur la kabbale. |

Nous arrivons maintenant à la seconde conséquence que l’on peut tirer de ces écrits et du caractère de leur auteur. Nous avons vu avec quelle absence de discernement, avec quel oubli de la saine logique, Philon a pour ainsi dire mis au pillage la philosophie grecque tout entière; pourquoi lui supposerions-nous plus d’invention, plus de sagacité et de profondeur dans cette partie de ses opinions qui nous rappelle au moins les principes dominants du système kabbalistique ? Ne serait-il pas juste de penser qu'il l’a trouvée toute faite dans certaines traditions conservées parmi ses coreligionnaires, et qu'il n’a fait que la parer des brillantes couleurs de son imagination ? Dans ce cas, çes traditions seraient bien anciennes, car elles auraient été. apportées de la Terre-Sainte en Égypte avant que tout commerce religieux eût cessé entre les deux pays; avant que les souvenirs de Jérusalem et la langue de leurs pères fussent complétement éteints parmi les Juifs d’Alexandrie. Mais nous né sommes heureusement pas obligés de nous en tenir aux conjectures; il y a des faits qui nous prouvent jusqu’à l'évidence que plusieurs des idées dont nous parlons étaient connues plus d’un

siècle avant l’ère chrétienne. D'abord, Philon lui-même, comme nous l'avons dit précédemment, nous assure avoir puisé à une tradition orale, conservée par les anciens de son peuple’; il attribue à la secte des thérapeutes des livres mystiques d’une antiquité très reculée? et l’usage des interprétations allégoriques, appliqué sans exception et sans limite à toutes. les parties de l’É- { criture sainte. « La loi tout entière, dit-il, est à leurs « yeux comme un être vivant dont le corps est repré- « senté par la lettre, et l'âme par un sens plus profond. « C’est dans ce dernier que l'âme raisonnable aper- « coit, à travers les mots, comme à travers un miroir, « les merveilles les plus cachées et les plus extraordi- | « naires?. » Rappelons-nous que la même comparaison est employée dansle Zohar, avec cette différence, qu’audessous du corps est le vêtement de la loi par lequel on désigne les faits matériels de la Bible : au-dessus de l'âme est une âme plus sainte, c'est-à-dire le Verbe divin, source de toute inspiration et de toute vérité. Mais nous avons d’autres témoignages bien plus anciens et plus sûrs que celui de Philon. Nous commencerons par le plus important de tous, la fameuse version des Septante.

4, De Vit4 Mosis, 1; ed. Mang., liv. II, pag. 81.

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