PREMIÈRE PARTIE
qui enseignait avec une grande autorité pendant les premières années du règne d'Hérode!. Il est vrai que des procédés semblables peuvent servir indistinctement aux idées les plus diverses; mais on n’invente pas une langue artificielle dont on garde la elef à volonté, si l’on n'a pas résolu de cacher sa pensée, au moins au grand nombre. En outre, quoique le Thalmud emploie souvent des méthodes analogues, celle que nous venons de signaler, et que nous avons lieu de croire la plus ancienne, yÿ est tout à fait étrangère. Entièrement isolé, ce dernier fait ne serait pas sans doute une démonstration puissante, mais, ajouté à ceux qui ont déjà occupé notre attention, il ne doit pas être négligé. Tous réanis et comparés entre eux, ils nous donnent le droit d'affirmer qu'avant la fin du r” siècle de l’ère chrétienne il se répandait mystérieusement parmi les Juifs une science profondément vénérée, que l’on distinguait de la Mischna, du Thalmud et des livres saints; une doctrine mystique évidemment enfantée par le besoin de réflexion et d'indépendance, je dirais volontiers
de Babylone, ne pouvait pas le nommer en le menaçant des vengeances du ciel. Mais une telle supposition ne peut se comprendre, lorsque, dans le même chapitre, et sous l'influence du même sentiment, les noms de Babel et des Chaldéens y sont fréquemment répétés. Quoi qu’il en soit, cette traduction a été conservée par saint Jérôme (voyez ses Œuvres, tom. 4, Comment. sur Jérémie), et par Jarchi, autrement appelé »w*.
4. Voyez Schalscheleth hakabalah, fol. 48 rect. et vers., et David Ganz, fol. 19 rect., édit. d'Amsterdam. |
de philosophie, et qui cependant invoquait en sa faveur l'autorité réunie de la tradition et des Écritures.
Les dépositaires de cette doctrine, que dès à présent nous ne craignons pas de désigner sous le nom de kabbalistes, ne doivent ni ne peuvent être confondus avec les Esséniens, dont le nom était déjà connu à une époque bien plus reculée, mais qui ont conservé jusque sous le règne de Justinien! leurs habitudes et leurs croyances. En effet, si nous nous en rapportons à Josèphe” et à Philon *, les seuls qui méritent sur ce point d'être écoutés avec confiance, le but de cette secte fameuse était essentiellement moral et pratique; elle voulait faire régner parmi les hommes ces sentiments d'égalité et de fraternité qui furent enseignés plus tard avec tant d'éclat par le fondateur et les apôtres du christianisme. La kabbale au contraire, d’après les anciens témoignages que nous avons rapportés, était une science toute spéculative qui prétendait dévoiler les secrets de la création et de la nature divine. Les Esséniens formaient une société organisée, assez semblable aux communautés religieuses du moyen âge; leurs sentiments et leurs idées se réfléchissaient dans leur vie extérieure ; et d’ailleurs ils admettaient parmi eux tous ceux qui se distinguaient par une vie pure, même des enfants et des femmes. Les kabbalistes, de-