PREMIÈRE PARTIE
âge. Mais il ne faut pas de longs efforts pour en montrer le vide. Comment, en effet, n’a-t-on pas encore pu trouver un seul manuscrit qui atteste cette prétendue falsification ? Par quel hasard se trouve-t-elle à la fois dans les deux Thalmud, qui furent publiés à plusieurs siècles de distance l’un de l’autre? Et comment, enfin, si elle est réelle, at-elle passé inaperçue jusqu’à notre époque, malgré le zèle jaloux dont les Juifs ont toujours fait preuve dans la conservation de leurs livres saints ? D'ailleurs, quand nous accepterions la leçon qu'on nous propose, rien ne serait changé; car, s’il existait parmi les plus anciens docteurs du judaïsme une certaine science des lois de la création ou de la nature, science qui d’après l'opinion superstitieuse du temps donnait le pouvoir des miracles, elle devait nécessairement être formulée par écrit, être contenue dans un livre qui, prenant le nom même du sujet dont il traitait, se sera appelé le Livre de la création ‘. Nos textes ainsi maintenus, voyons quelles lumières nous en pourrons tirer. |
Il faut remarquer d’abord que les deux recueils où nous avons puisé ces passages sont de plusieurs siècles postérieurs aux hommes dont les noms viennent d’être prononcés. Ceux-ci ne sont donc pas responsa-
4. Le véritable sens du mot n355n est celui de prescriptions, règles à observer, et jamais on ne le voit appliqué à autre chose qu'aux lois cérémonielles prescrites par le Thalmud. Comment alors peut-il s’allier à l’idée de la création ?
bles des ridicules merveilles qu’on leur attribue. Chanina et Oschaia étaient contemporains de Judas le saint; le dernier était son fils ; le premier, d’abord son ami, devint son successeur, et mourut l’an 230 après Jésus- Christ, en 3990 après la création du monde, tandis que la compilation des rabbins babyloniens fut terminée au plus tôt à la fin du v‘ siècle de notre ère. Nous trouvons également une très grande distance entre le temps où vivait R. Jehoschoua ben Chanania et celui où R. Jochanan écrivit le Thalmud hiérosolymitain. Le premier, comme nous l'avons déjà dit, mourut vers la fin du 1° siècle; l'œuvre de R. Jochanan ne fut terminée que cent quarante ans plus tard. Si nous observons ensuité que deux citations où ne figurent pas les mêmes personnes, qui ne sont pas puisées à la même source, qui ne se rapportent ni aux mêmes temps ni aux mêmes lieux, se confirment l’une l'autre par ce qu’elles ont de commun, nous pourrons admettre comme un fait incontestable, qu’il existait, avant la fin du 1 siècle de l’ère chrétienne, parmi quelques docteurs du judaïsme, un livre qui traitait de la création, qui en dehors du petit nombre des élus n’était connu que de nom, et pour lequel, en raison même du mystère dont il était entouré, on éprouvait une telle vénération, qu'on attribuait à ceux qui en avaient sondé les
4. Tzemach David, fol. 25 et 24. — Schalscheleth hakabalah, fol. 24, rect.