Tennemann, Geschichte der Philosophie, tom. VII, p
certain qu’il s’en faisait une idée très élevée, la regardant comme une science divine, comme une véritable révélation dont la lumière s’adresse à l’âme rationnelle‘; et peut-être est-il permis de supposer que les procédés artificiels, mis en usage par Îles kabbalistes pour rattacher leurs opinions aux paroles de V’Eeriture, que la substitution, si fréquente parmi eux, des nombres ou des lettres aux idées et aux mots, n'ont pas peu contribué à l'invention du grand art. Il est digne de remarque que plus de deux siècles et demi avant l'existence des deux écoles rivales de Loria et de Corduero, dans le temps même où certains eritiques modernes ont voulu placer la naissance de toute la science kabbalistique, Raymond-Lulle fasse déjà la distinction des kabbalistes anciens et des kabbalistes modernes ?.
L'exemple donné par le philosophe majorquin demeura longtemps stérile; car, après lui, l'étude de la kabbale retomba dans l'oubli, jusqu'au moment où Pic de la Mirandole et Reuchlin vinrent répandre quelque
4. Dicitur hæc doctrina Kabbala quod idem est secundtm Hebræos ut receptio veritatis cujuslibet rei divinitès revelatæ animæ rationali..…. Est igitur Kabbala habitus animæ rationalis ex rectâ ratione divinarum rerum cognitivus; propter qued est de maximo etiam divino consequutivè divina scientia vocari debet. (de Auditu Kabbalistico, sive ad omnes scientias introductorium ; Strasbourg,
2, Ib. supr. — Quant à l'opinion à laquelle nous faisons allusion, elle sera longuement discutée dans la première partie de ce travail.
lumière sur une science dont on ne connaissait jusqu'alors, hors du cercle des adeptes, que l'existence et le nom. Ces deux hommes, également admirés par leur siècle pour la hardiesse de leur esprit et l’étendue de leurs connaïssances, sont pourtant loin d'être entrés dans toutes les profondeurs et dans toutes les difficultés du sujet. Le premier a tenté de réduire à un petit nombre de propositions‘ dont il n'indique pas la source, entre lesquelles on aperçoit difficilement quelque rapport, un système aussi étendu, aussi varié, aussi con séquent, aussi fortement construit que celui qui fait l'objet de nos recherches. Il est vrai que ces propositions étaient, dans l’origine, des thèses destinées à être soutenues en public et développées par l’argumentation. Mais, dans l'état où elles nous sont parvenues, leur brièveté autant que leur isolement les rend inintelligibles, et ce n’est pas assurément dans quelques digressions plus étendues, disséminées au hasard dans les œuvres les plus diverses, que l’on trouvera l’unité, les développements, les preuves de fidélité qu’on est en droit d'exiger dans une œuvre de cette importance. Le second, moins emporté par son imagination, plus’ systématique et plus clair, mais aussi d'une érudition moins étendue, n’a malheureusement pas su puiser aux
4. Conclusiones cabalisticæ, numero xXLvII, secundum secretam doctrinam sapientium Hebræorum, etc. tom. Ie", pag. 54 de ses Œuvres, édit. de Bâle. Elles furent publiées pour la première fois, à Rome, en 1486. |
sources les plus abondantes et les plus dignes de sa confiance. Pas plus que l’auteur italien qui, né après lui ‘, l’avait cependant devancé dans cette carrière, il ne cite les autorités sur lesquelles il s'appuie; mais il est facile de reconnaître en lui l'esprit peu critique de Joseph de Castille? et du faux Abraham ben Dior, un commentateur du xiv° siècle, qui mêla à ses connaissances kabbalistiques les idées d’Aristote et tout ce qu’il savait de la philosophie grecque, interprétée par les Arabes *. En outre, la forme dramatique adoptée par Reuchlin n'est ni assez précise ni assez sévère pour un tel sujet, et ce n’est pas sans une sorte de dépit qu’on le voit passer à côté des questions les plus importantes pour établir, sur quelques vagues analoëies, une filiation imaginaire entre la kabbale et la doctrine de Pythagore. Il veut que le fondateur de l’école italique ne soit qu'un disciple des kabbalistes, à qui il devrait, non
1. Reuchlin est né en 1455, et Jean Pic de la Mirandole en.1463.
2. En hébreu, NO D1 0%. Il est l'auteur du livre intitulé La Porte de la Lumière (nn "ÿw), que Paul Ricci a traduit en latin, et que Reuchlin a visiblement pris pour base dans son de Verbe mirifico.
5. Il est connu sous le nom de T3N7, c.-à-d. Abraham ben Da vid, ou ben Dior. Il a fait sur le Sepher Jetsirah un commentaire hébreu qui a été imprimé avec le texte, à Mantoue, en 1562, et à Amsterdam, en 1642.11 a été longtemps confondu, à cause de la similitude du nom, avec un autre kabbaliste bien plus célèbre, mort au commencement du xm° siècle, et le maître de Moïse de Léon, à qui l'on a voulu attribuer la composition du Zohar. (Voir le Journal de théologie judaïque de Geiger, t. I, p. 312.)
seulement le fond, mais aussi la forme symbolique de son système et le caractère traditionnel de son enseignement : de là des subtilités et des violences qui défigurent également les deux ordres d'idées que l’on essaie de confondre. Des deux ouvrages qui ont fait la réputation de Reuchlin, un seul, celui qui a pour titre de Arte Cabbalistic *, contient une exposition régulière de la doctrine ésotérique des Hébreux : l’autre (de Verbo mirifico), qui, en effet, a été publié d'abord ?, n’est guère