PREMIÈRE PARTIE
christianisme ou de son fondateur‘. Or, où sait qu’en Europe, pendant le xin° et le xiv° siècle, le christianisme et Aristote exerçaient sur la pensée une autorité absolue. Comment done pourrions-nous admettre que, dans ce temps de fanatisme, un pauvre rabbin espagnol, écrivant sur des matières religieuses, dans une langue qui ne pouvait le trahir, n’ait élevé aucune plainte contre le premier, auquel les thalmudistes et les écrivains postérieurs s’attaquent si fréquemment, et qu'il n'ait pas subi, camme Saadiah, comme Maïmonides, comme tous ceux enfin qui ont suivi la mème tarrière, l’influence inévitable de la philosophie péripatéticienne ? Qu'on lise tous les commentaires que nous possédons aujourd’hui sur le Livre de la création ; que l’on jette un eoup d'œil sur tous les monuments philosophiques et religieux de cette époque et de plusieurs siècles antérieurs, on trouvera partout le langage de l’Organum et la domination du philosophe de Stagyre. L'absence de ce caractère est donc un fait dont la gravité ne saurait être contestée. On ne peut pas voir dans les dix Séphiroth, dont nous parlerons plus longuement ailleurs, une imitation déguisée des catégories; car celles-ci n’ont qu’une valeur logique; celles-là renferment un système métaphysique de l’ordre le plus élevé. Si la kabbale a quelques traits de
4. Adde quod etiam contrà Christum .in toto libro ne minimum quidem effatiatur, prout in recentioribus Judæorum scriptis plerumque fieri solet (Kabb. deund. Præf. p. 7.)
ressemblance avec un système philosophique de la Grèce, c'est plutôt avec celui de Platon; maïs on sait que l’on pourrait affirmer la même chose de toute espèce de mysticisme ; et d’ailleurs Platon était alors peu connu hors de sa patrie.
Nous remarquons enfin que des idées et des expressions qui appartiennent essentiellement, qui sont exclusivement consacrées au système kabbalistique exposé dans le Zohar, se présentent dans des écrits bien antérieurs à la fin du xun° siècle. Ainsi, d’après un écrivain que nous avons eu déjà occasion de nommer, d’après Moïse Botril, l’un des commentateurs du Sépher tetzirah , la doctrine de l’émanation, telle que les kabbalistes l’ont entendue, aurait été connue de Saadiah; car il cite de lui les paroles suivantes, textuellement empruntées , dit-il, de l'ouvrage intitulé la Pierre philosophale, et dont malheureusement le nom seul est arrivé jusqu'à nous : « O toi qui vas puiser les bénédictions « à leur source, garde-toi, quand on viendra te tenter « pour cela, de révéler la croyance de l'émanation, qui « est un grand mystère dans la bouche de tous les « kabbalistes ; un autre mystère est renfermé dans ces « paroles de la loi : Vous ne tenterez pas le Seigneur ‘.» Cependant, dans son ouvrage sur les Croyances et les
1. Voici le texte de ce passage : n122n 99 WU DTN NYIANN NATONO 9032 9) NA DIN ON 27 DIU JYNN N9 PDA ANNA DNS D VI D/021pDN 92 292 9973 FD 1779 nArNN
Sepher tetzirah, édit. de Mantoue, fol. 31. 5 nn 10a3n n°