‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 6 sur 202 · De Occulté Philosoph., lib. IN, c. xx · texte numérisé non relu

De Occulté Philosoph., lib. IN, c. xx

Création (Sepher tetzirah'), attribué par une tradition fabuleuse, tantôt au patriarche Abraham, tantôt à Adam lui-même. Autant qu'il est permis de juger de cette traduction, dont l'obscurité égale au moins celle du texte, elle nous paraît généralement fidèle. Mais il faut renoncer à recueillir le moindre fruit des commentaires dont elle est suivie, et où l’auteur, se faisant l’apôtre d’une nouvelle révélation, fait servir son érudition si féconde et si riche, à justifier les écarts d’une imagination déréglée. On attribue aussi à Postel une traduction inédite du Zohar, que nous avons vainement cherchée parmi les manuscrits de la Bibliothèque royale. Pistorius s’était proposé un but plus modeste et plus

utile, celui de réunir en un seul recueil tous les écrits

publiés sur la kabbale, ou pénétrés de son esprit; mais il s’est arrêté, on ne sait pourquoi, à la moitié de son œuvre. Des deux énormes volumes dont elle devait se composer dans l’origine, l’un était consacré à tous les ouvrages kabbalistiques écrits en hébreu, et par conséquent sous l'influence du judaïsme ; l’autre aux kabbalistes chrétiens, ou, pour me servir des paroles mêmes de l’auteur, « à ceux qui, faisant profession de christianisme, se sont toujours distingués par une vie pieuse et honnête, et dont les écrits, pour cela même, ne sauraient être repoussés comme des extravagances judaï-

4. Abrahami patriarchæ liber Jezirah, ex hebræo versus et commentariis illustratus à Guilelmo Postello ; Paris, 1532, in-16.

ques". » C'était une sage précaution contre les préjugés du temps. Cependant, ce dernier volume est le seul qui ait paru”. Il contient, outre la traduction latine du Sepher ietzirah et les deux ouvrages de Reuchlin dont nous avons déjà parlé, un commentaire mystique et tout à fait arbitraire sur les thèses de Pic de la Mirandole*, une traduction latine de l’ouvrage de Joseph de Castille, qui a servi de base au de Verbo mirifico, et enfin divers traités de deux auteurs juifs que l'étude de la kabbale a conduits tous deux à se convertir au christianisme : l'un est Paul Ricci (Paulus Riccius), médecin de l’empereur Maximilien I*', l’autre, le fils du célèbre Abravanel, ou Jehoudah Abravanel, plus connu sous le nom de Léon l’Hébreu. Ce dernier, par ses Dialogues d'amour“, dont il existe dans notre langue plusieurs traductions, mériterait sans doute une place distin-

4, Scriptores tollegi qui christianam religionem professi, religiosè honestèque vixerunt et quorum proptereà libros, tanquam judaïcam delirationem, detestariÿ nemo potest. Præf., p. 2.

2.. Artis cabalistictæ, h. e. recondit® theologiæ et yhilosophiæ scriptorum, tom. I; Basil., 4587, in-f.

3. Archangeli Burgonovensis interpretationes in selectiora obscurioraque Cabalistarum dogmata. Ib. supr.

4. Ils ont été écrits en italien sous ce titre : Dialoghi de amore, composti per Leone medico, di natione hebreo et di poi fatto christiano. Rome 1535, in-4°, et Venise 1541. Cependant il est à remarquer qu'il est cité par Irira, sous le nom de Rabi Jehoudah Abarbanel, parmi les philosophes juifs : phslosophorum nostratium. (Irir. Porta cœl. dissert. IL, ch. 2.) |

5. L'une est de Sarrasin, l’autre de Pontus de Thiard et une troisième du seigneur du Parc.

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guée dans une histoire générale du mysticisme; mais son œuvre ne se rattachant qu'indirectement à la kabbale, il suffit de rappeler ici quelle en est la source, et de montrer, en passant, sous une de leurs faces les plus importantes, les idées dont on a tiré de semblables conséquences. Ricci, beaucoup plus occupé de la forme allégorique que du fond mystique des mêmes traditions, se contente de suivre de loin les traces de Reuchlin, et cherche à démontrer comme lui, par des procédés kabbalistiques, toutes les croyances essentielles du christianisme. Tel est le caractère de son principal ouvrage, qui a pour titre : de l'Agriculture céleste! . Il est aussi l’auteur d’une introduction à la kabbale ?, où il se borne à résumer, sous une forme assez rapide, les opinions déjà exposées par ses devanciers. Mais il ne fait pas comme eux remonter jusqu'aux patriarches, jusqu'au père du genre humain, les traditions dont il est l'interprète ; il lui suffit de croire qu’elles existaient

4, De cœlesti Agriculturd. I] se compose de quatre livres : le premier est une réfutation des philosophes qui repoussent le christianisme comme contraire à la raison ; le deuxième est dirigé contre le judaïsme moderne, contre le système thalmudique, et tend à démontrer, par une interprétation symbolique de l'Écriture, que tous les dogmes chrétiens sont dans l’Ancien Testament; le troisième a pour but de concilier les opinions qui divisent le christianisme, en leur faisant à chacune leur part, et de les appeler toutes à l'unité catholique ; dans le quatrième seulement il est question de la kabbale et du parti qu’on en peut tirer pour la conversion des Juifs.

2. Isagoge in Cabbalistarum eruditioner et introductoria theoremata cabalistica.

déjà quand Jésus-Christ est venu prêcher sa doctrine, et qu’elles avaient préparé les voies à la nouvelle al liance; car, ces milliers de juifs qui ont accueilli la foi de l'Évangile, sans abandonner la loi de leurs pères, n'étaient pas autre chose, selon lui, que les kabbalistes du temps.

Je veux seulement nommer ici Joseph Voysin, dont le plus grand mérite envers la kabbale est d’avoir traduit assez fidèlement du Zohar plusieurs textes relatifs à la nature de l’âme?, et je me hâte d’arriver à des travaux plus importants, au moins par l'influence qu’ils ont exercée.

Le nom de Kircher ne peut pas être prononcé sans une profonde vénération. C'était une encyclopédie vivante de toutes les sciences ; du moins aucune n'est-elle restée complétement en dehors de son érudition prodigieuse, | et il y en a plusieurs au nombre desquelles on compte principalement l'archéologie, la philologie et les sciences naturelles, qui lui doivent d'importantes découvertes. Mais il est connu que ce savant homme ne brille pas par les qualités qui font le critique et le philosophe, ebqu’il est même parfois d’une crédulité peu

41. … Cabala cujus præcipui (haud dubiè) fuêre cultores primi hebræorum Christi auditorum et sacram ejus doctrinam atque fidei pietatem amplectentium, æmuli tamen paternæ legis. De Caœlest. Agricult., 1. IV, ad init.

2. Disputatio cabalistica R. Israel filii Mosis de animd, etc. adjectis commentartis ex Zohar; Paris, 1655.—Sa Theologia Judæorum n’apprend rien sur la kabbale. |

commune. Tel est le caractère qu'il montre surtout dans son exposition de la doctrine des kabbalistes ‘, Ainsi il ne doute pas un instant qu'elle n’ait été d’abord apportée eu Égypte par le patriarche Abraham, et que de là elle ne se soit répandue peu à peu dans le reste de l'Orient, se mêlant à toutes les religions et à tous les systèmes de philosophie. Mais en même temps qu'il lui reconnaît cette autorité imaginaire et cette fabuleuse antiquité, il la dépouille de son mérite réel”: les idées originales et profondes, les croyances hardies qu’elle renferme, lés plus curieux aperçus sur le fond de toute religion et de toute morale, sont entièrement perdus pour sa faible vue, frappée seulement de ces formes symboliques dont l’usage et l’abus semblent être dans la nature même du mysticisme. La kabbale est pour lui tout entière dans cette grossière enveloppe, dans ses mille combinaisons des lettres et des nombres, dans ses chiffres arbitraires, enfin dans tous les procédés plus ou moins bizarres au moyen desquels, forçant les textes sacrés à lui prêter leur appui, elle trouvait un accès dans des esprits rebelles à toute autre autorité qu à celle de la Bible. Les faits et les textes que j'ai rassemblés dans ce travail se chargeront de détruire ce point de vue étrange et me dispensent de m'y arrêter plus longtemps. Je dirai seulement que Kircher,

4. Œdipus Ægyptiacus, tom. IE, part. 1. — Cet ouvrage a été publié à Rome, de 1652-1654.

ainsi que Reuchlin et Pic de la Mirandole, n’a connu que les ouvrages des kabbalistes modernes, dont le grand nombre, en effet, s’est arrêté à une lettre morte et à des symboles vides de toute idée.

Il n’existe pas aujourd'hui, sur le sujet qui nous occupe, une œuvre plus complète, plus exacte, plus digne de notre respect par les travaux et les sacrifices dont elle est le fruit, que celle du baron dé Rosenroth, ou la Kabbale dévoilée‘. On y trouve, accompagnés d'une traduction généralement fidèle, des textes précieux, entre autres, les trois plus anciens fragments du Zohar, c’est-à-dire du monument le plus important de la kabbale; et à défaut de textes, elle nous offre des analyses étendues ou des tables très détaillées. Elle renferme aussi, ou de nombreux extraits, ou des traités tout entiers des kabbalistes modernes, une sorte de dictionnaire qui nous prépare à la connaissance des choses, encore plus qu’il ne donne celle des mots; et enfin, sous prétexte, et peut-être dans l'espoir sincère de convertir au christianisme les adeptes de la kabbale, l’auteur a réuni tous les passages du Nouveau Testament qui offrent quelque ressemblance avec leur doctrine. 11 ne faut pas cependant se faire illusion Sur le caractère de ce grand ouvrage : il ne répand pas plus de lumière que ceux qui l’ont précédé, sur l'origine,

4. Kabbala denudata, seu Doctrina Hebræorum transcendentatis, etc., tom. Il; Solisb., 4677, in-4°, tom. II, liber Zohar restitutus ; Francf., 1684, in-4°. |

sur la transmission de la kabbale et l'authenticité de ses plus anciens monuments. Vainement aussi l’on y chercherait une exposition régulière et complète du système kabbalistique; il contient seulement les matériaux qui doivent entrer et se fondre dans une œuvre pareille; et même, à le considérer uniquement sous cette face, il n’est pas au-dessus des atteintes de la critique. Quoique beaucoup trop sévère dans ses expressions, ce n’est pas sans justice que Buddé l'appelle «une œuvre obscure et confuse, où le nécessaire, et ce qui ne l’est pas, l’utile et le superflu, sont confondus pêlemêle dans un même chaos ‘.» Il aurait pu facilement, grâce à un meilleur choix, être plus riche sans avoir plus d’étendue. En effet, pourquoi n'avoir pas laissé à leur place, c’est-à-dire, dans le recueil même de ses œuvres, les rêveries de Henri Morus, qui n'ont rien de commun avec la théologie mystique des Hébreux ? J'en dirai autant de l'ouvrage prétendu kabbalistique d'Irira. Ce rabbin espagnol, d’ailleurs remarquable par son érudition philosophique, ne s’est pas contenté de substituer aux vrais principes de la kabbale les modernes traditions de l’école d’Isaac Loria *, mais il trouve encore le secret de les défigurer en y mêlant les idées de

4. Confusum et obscurum opus, in quo necessaria cum non necessariis, utilia cum inutilibus, confusa sunt, et in uuum velut chaos conjecta (Introd. ad Phil. hebr.).

2. 11 se dit lui-même de cette école, ayant eu pour maître Israël Serug, le disciple immédiat de Loria (Porta cœlor., dissert. IV, c. 8).

PRÉFACE, 23 Platon, d'Aristote, de Plotin, de Proclus, d’Avicenne, de Pic de la Mirandole, en un mot, tout ce qu'il sait de la philosophie greeque et arabe. C’est lui principalement, sans doute à cause de l’ordre didactique de ses dissertations et de la précision de son langage, que les historiens modernes de la philosophie ont pris pour guide dans leur exposition de la kabbale; et qu’on s'étonne après cela si l’on a si souvent attribué à cette science une origine toute récente, ou si l’on y a cru voir une pâle imitation, un plagiat mal déguisé d’autres systèmes parfaitement connus! Enfin, puisque l’auteur de la Kabbala denudata n’a pas voulu s'en tenir aux sources les plus anciennes, et nous faire connaître, par des citations plus nombreuses, tout ce quil y à encore d'originalité et de faits intéressants enfouis dans le Zohar, pourquoi cette prédilection pour les commentaires d’Isaac Loria, dont un homme en jouissance de sa raison ne soutient pas la lecture? Les sacrifices et les laborieuses veilles qu’il en a coûté, de l’'aveu même de l’auteur, pour produire au jour ces stériles chimères, n’auraient-ils pas été employés plus utilement à cette longue chaîne de kabbalistes encore trop ignorés, qui commence à Saadiah, aux environs du x‘ siècle, et finit avec le xurr°, à Nachmanide? On aurait eu ainsi sous les yeux, en y comprenant celles qui composent le Zohar, toute la suite des traditions kabbalistiques, depuis le moment où l’on commença de les écrire, jusqu’à celui où le secret en fut complétement

violé par Moïse de Léon‘. Si cette tâche était trop difficile, on pouvait au moins consacrer une place aux œuvres si estimées de Nachmanide*?, le défenseur du célèbre Moïse ben Maïmon, et dont les connaissances kabbalistiques inspiraient une si vive admiration, qu'on les disait apportées du ciel par le prophète Elie. Malgré ces lacunes et ces nombreuses imperfections, le consciencieux travail de Rosenroth restera toujours comme un monument de patience et d’érudition; il sera consulté par tous ceux qui voudront connaître les produits de la pensée chez les Juifs, ou qui aimeront à observer le mysticisme sous toutes ses formes et dans tous ses résultats. C’est grâce à la connaissance plus ” approfondie qu’il a donnée de la kabbale, que cette doctrine a cessé d’être étudiée exclusivement, ou comme un instrument de conversion, ou comme une science occulte. Elle a pris place dans les recherches philosophiques et philologiques, dans l’histoire générale de la philosophie, et dans la théologie rationnelle, qui a essayé d'expliquer à sa lumière quelques passages difficiles du Nouveau Testament.

4. On trouvera sur tous ces noms propres des renseignements suffisamment étendus dans la première partie de ce travail.

2. Nachmanide ou Moïse ben Nachman, appelé par abréviation Ramban ( 130) est né à Grenade, et florissait vers la fin du xrmr° siècle. IL était médecin, philosophe, et avant tout kabbaliste. Ses principaux ouvrages sont un Commentaire sur le Pentateuque (Nr ann by), le Livre de la foi et de l'espérance (want MYON 90) et la Los de l’homme (0x nn)

Le premier que nous voyons marcher dans cette direction, c'est George Wachter, théologien et philosophe distingué, faussement accusé de spinosisme, à cause del’indépendance de son esprit, et auteur d’une tentative de conciliation entre les deux sciences auxquelles il consacrait un égal dévouement ‘. Voici d’abord à quelle occasion il vint à s'occuper de la kabbale : séduit par ce système, auquel, du reste, il était assez étranger, un protestant de la confession d’Augsbourg se convertit publiquement au judaïsme, et substitua à son véritable nom, Jeah-Pierre Speeth, celui de Moses Germanus. Il eut la folie de provoquer Wachter à limiter, et engagea avec lui une correspondance d’où sortit le petit livre intitulé : le Spinosisme dans le judaïisme?. On ne trouvera pas dans cet ouvrage beaucoup de lumière sur la nature et sur l’origine des idées kabbalistiques ; mais il soulève une question du plus haut intérêt : celle desavoir si Spinosa était initié à la kabbale, et quelle influence elle a exercée sur son système. Jusqu’alors c'était parmi les savants une opinion presque générale qu’il existe une très grande affinité entre les points les plus importants de la science des kabbalistes et les dogmes fondamentaux de la religion chrétienne. Wachter entreprend de démontrer que ces deux ordres d'idées sont

4. L'ouvrage où il poursuit ce but a pour titre : Concordia rationts et fidei, sive Harmonia philosophiæ moralis et religionis christian ; Amst., 1692, in-&.

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