CHAPITRE IV
r.APPORTS DE LA KABBALE AVEC LE CIIRISTIAKISÎIE
Puisque la kabbale ne doit rien ni à la philosophie, ni à la Grèce, ni à la capitale des Ptolémées, il faut bien qu'elle ait son berceau en Asie; que le judaïsme l'ait tirée de son , J/iv'^.^v^-• sein, par sa seule puissance; ou qu'elle soit sortie de quelque autre religion née en Orient et assez voisine du judaïsme, pour exercer sur lui une influence incontestable. Cette religion ne serait-elle pas le christianisme? Malgré l'extrême intérêt qu'elle éveille tout d'abord, cette question, déjà résolue par tout ce qui précède, ne peut pas nous arrêter longtemps. Il est évident pour nous que tous les grands principes métaphysiques et religieux servant de base à la kabbale sont antérieurs aux dogmes chrétiens, avec lesquels du reste il n'entre ])as dans notre plan de les comparer. Mais, quelque sens qu'on attache à ces principes, leur forme seule nous donne l'explication d'un fait qui nous paraît offrir un grand intérêt social et religieux : un bon nombre de kabbalistes se sont convertis au christianisme; nous citerons entre autres Paul Ricci, Conrad Otlon',
1. Auteur d'un ouvrage intitulé Gali Razia, c'cst-ii-dire les Secrets dévoilés, Nureinlicrg, 1G05, in-4. Le but de cet ouvrage, entièrement composé de citations liébraïques traduites en latin et en allemand, est de prouver le dogme chrétien par différents passages du Thalinud et du Zohar.
256 LA KABDALE.
Piitlangel, le dernier éditeur du Sepher ielziraJi. A une époque plus rapprochée de nous, vers la fin du dernier siècle, on a vu un autre kabbaliste, le Polonais Jacob Frank, après avoir fondé la secte des Zohariles, passer dans le sein du catholicisme avec plusieurs milliers de ses adhérents'. Jl y a longtemps que les rabbins ont aperçu ce danger; aussi quelques-uns d'entre eux se sont-ils montrés très hostiles à l'étude de la kabbale % tandis que d'autres la défendent encore aujourd'hui comme l'arche sainte, comme l'entrée du Saint des Saints, pour en éloigner les profanes. Léon de Modènc, qui a écrit un livre contre l'authenticité du Zohar'\ est loin de complcr sur le salut de ceux qui ont livré à la presse les principaux ouvrages kabbalistiques^. D'un autre côté, les chrétiens qui se sont occupés du même sujet, par exemple Knorr de Resenroth, Pieuchlin et Rittangel après sa conversion, y ont vu le moyen le plus efficace de faire tomber la barrière qui sépare la synagogue de l'Eglise. C'est dans l'espoir d'amener un jour ce résultat tant désiré qu'ils ont rassemblé dans leurs ouvrages tous les passages du Zohar et du Nouveau Testament qui présentent entre eux quelque affinité. Au lieu de les suivre dans cette voie et de nous rendre leur écho, nous qui sommes étranger à toute polémique religieuse, nous aimons mieux rechercher ce qu'il y a de commun entre la kabbale et les plus anciens organes du gnosticisme. Ce sera pour nous un moyen de nous assurer si les principes dont nous voulons connaître à la fois Pinfluence et l'origine n'ont pas été répandus en deliors de la Judée; si leur influence ne s'est pas exercée encore sur d'autres peuples absolument étrangers à la civilisation grecque, et, par conséquent, si nous ne sommes pas dès lors
1. Peter Béer, HisL des secles relujieuses chez les Juifs, t. II, p. 309 et seq.