Ib., V
5. Hier., Commcnlar. in Malthœi, chap, xxiv, v. 5, t. VII de ses œuvres, éd. de Venise.
2oS LA ILVBBALE.
car, d'après la métaphysique religieuse des Hébreux, le Verbe ou la Sagesse renferme implicitement les Sepliirotli inférieures. Aussi saint Jérôme nous donne-t-il pour authentiques ces paroles que Simon s'applique à lui-même : « Je suis la parole divine, je possède la vraie beauté, je suis « le consolateur, je suis le tout-puissant, je suis tout ce qui ce est en Dieu*. )> Il n'est pas une seule de ces expressions qui ne réponde îi l'une des Sephiroth de la kabbale, dont nous retrouvons encore l'influence dans ce fait rapporté par un autre père de l'Eglise^ : Simon le Magicien, qui se considérait lui-même comme une manifestation visible du Yerbe, voulut également personnifier dans une femme d'assez mauvaise réputation la pensée divine, le principe féminin corrélatif au Verbe, c'est-à-dire l'épouse de celui-ci. Or cette bizarre conception, qui n'a aucun fondement ni dans la philosophie platonicienne, ni dans l'école d'Alexandrie, quand même elle aurait existé alors, s'accorde à merveille, tout en le défigurant, avec le système kabbalistique où la Sagesse, c'est-à-dire le Verbe, représenté comme un principe mâle, a, comme tous les autres principes du môme ordre, sa moitié, son épouse; telle est celle des Sephiroth qui porte le nom d'intelligence (nju)% et que plusieurs gnostiques ont prise pour le Saint-Esprit, en continuant à la représenter sous l'image d'une femme. De ce nombre est le Juif Elxaï, qui a plus d'un trait de ressemblance avec le prophète de Samarie. Son nom même (c'est lui sans doute qui l'a choisi) est l'expression du rôle qu'il s'est donnée Non seulement, comme nous venons de le dire, cet héré-
1. « Ego sum sermo Dei, ego sum spcciosus, ego paracletus, ego omnipolens, ego omnia Dei. » Ib. supr.
2, Clément., Rccocjnitiones, liv. II. — Iren., liv. I, chap. xx. 5. Voir la deuxième partie de cet ouvrage, p. 188 et suiv.
^- ^DO hHf peut-être aussi 152 ^51;^, la force mystérieuse. Epiphanc, 19* liércsie.
siarque conçoit le Saint-Esprit comme un principe féminin, mais le Clirist n'est à ses yeux qn'nne force divine, prenant quelquefois une forme matérielle, dont il décrit avec de minutieux détails les proportions colossales'. Or nous nous rappelons avoir trouvé dans le Zohar une description semblable de la Tôle blanche ; et un autre ouvrage très célèbre parmi les kabbalistes, l'Alphabet pseudonyme de rabbi Akiba% parle de Dieu à peu près dans les mêmes termes. A côté de cette manière de concevoir le Verbe, l'Esprit saint et en général les couples divins dont se compose le Plérôme, nous trouvons aussi dans les souvenirs qui nous restent du Syrien Bardesancs le principe de la cosmogonie kabbalistique. Le père inconnu qui habite au sein de la lumière a un fils; c'est le Christ ou l'homme céleste; à son tour le Christ s'unissant à sa compagne, à son épouse qui est le Saint-Esprit (zo TTveù^ta), produit successivement les quatre éléments, l'air et l'eau, le feu et la terre; en sorte que ces éléments et le monde extérieur en général sont ici, comme dans le Sepher ietzirah, une simple émanation ou la voix de l'Esprit".
Mais pourquoi persisterions-nous à glaner péniblement quelques souvenirs épars dans les Actes des Apôtres ou dans les Hymnes de saint Ephrem, quand nous pouvons puiser à pleines mains dans un monument du plus grand prix, nous