‹ La kabbaleChapitre 104 sur 224 · Saint Ephrem, bjnme LV, p · texte numérisé non relu

Saint Ephrem, bjnme LV, p

voulons parler du Code nazaréen\ celle bible du gnosllcisme purement orienlal. On sait que saint Jérôme et saint Epiphane font remonter la secte des nazaréens jusqu'à la naissance du christianisme'. Eli bien, telle est la ressemblance d'un grand nombre de ses dogmes avec les éléments les plus essentiels du système kabbalistique, qu'en les lisant dans l'ouvrage qui vient d'être cité, on croit avoir trouvé quelques variantes ou quelques fragments égarés du Zohar. Ainsi Dieu y est toujours appelé le roi et le maître de la lumière; il est lui-même la splendeur la plus pure, la lumière éternelle et infinie. Il est aussi la beauté, la vie, la justice et la miséricorde''. De lui émanent toutes les formes que nous apercevons dans ce monde; il en est le créateur et l'arlisan ; mais sa propre sagesse et sa propre essence, personne ne les connaît '^. Toutes les créatures se demandent entre elles quel est son nom, et se voient forcées de répondre qu'il n'en a pas. Le roi de la lumière, la lumière infinie n'ayant pas de nom qu'on puisse invoquer, pas de nature qu'on puisse connaître, on ne peut arriver jusqu'à elle qu'avec un cœur pur, une âme droite et une foi pleine d'à- ', mour". La gradation par laquelle la doctrine nazaréenne

1. Codex Nazareus, 3 vol. iii-4, 1815, publié et traduit par Mathieu Norberg.

2. Celte opinion, adoptée par la plupart des théologiens, doit l'emporter sur celle de Mosheim qui, pour mieux répondre aux objections de Toland contre l'unité de la foi chrétienne, fait naître la secte des nazaréens au quatrième siècle. \oir Mosheim, Jndiciœ anliquœ chrislianorum disciplinx , sect, 1, chap. V.

3. « Rex summus lucis, splendor pia-us, lux magna. >'on est raensura, numéros et terminus ejus splendori, luci et majestati. Tolus est splendor, toîus lux, tolus pulchritudo, tolus vila, totus juslilia, tolus miscricordia )),etc. Cod. J\az., t.I,p. 5.

4. (( Creator omnium formarum, pulchrarumque artifex, retinens vcrô sux' sapientiîc, suîque oblegens, nec sui manifestus. » Ib., p. 7.

5. (( Crealurœ omnes tui nominis nesciœ. Dicunt reges lucis, se invicem intcrrogantes : nomcnne sil magnae luci? iidcmque respondentes : nominc

LA KABBALE ET LE CHRISTLV^JISME. 261

descend du souverain être aux dernières limites de la création est exactement la môme que dans un passage du Zohar déjà fréquemment cité dans ce travail : « liCs génies, les rois « et les créatures célèbrent à l'envi, par des prières et par « des hymnes, le roi suprême de la lumière dont partent « cinq rayons d'un éclat merveilleux : le premier, c'est la « lumière qui éclaire tous les êtres; le second, c'est le « souffle suave qui les anime; le troisième, c'est la voix « pleine de douceur avec laquelle ils exhalent leur allégresse ; a le quatrième, c'est la parole qui les instruit et les élève « à rendre témoignage de leur foi ; le cinquième, c'est le « type de toutes les formes sous lesquelles ils se dévelop- « peut, semblables à des fruits qui mûrissent sous l'action « du soleil \ » Il est impossible de ne pas reconnaître dans ces lignes, que nous nous sommes borné à traduire, les ilifférents degrés de l'existence représentés chez les kabbalistes par la pensée, le souffle ou l'esprit, la voix et la parole. Voici, pour exprimer la même idée, d'autres images qui ne nous sont pas moins familières : avant toute créature était la vie cachée en elle-même, la vie éternelle et incompréliensible, sans lumière et sans forme (fcrho). De son sein naquit l'atmosphère lumineuse (ajar zivo, Nin inx) qu'on appelle aussi la parole, le vêtement (lyjiaSN*. l^S^r) ou le fleuve symbolique qui représente la Sagesse. De ce fleuve sortent les eaux vives ou les grandes eaux par lesquelles les nazaréens

caret. Quia autem nomine caret, nec fuerit qui illius nomen invocet, nosccndœrjtic illius natunc insistât, beati pacifici qui te agnoverunt corde puro, nienlionem tuî fecerunt monte justà, fidem tibi integro atTectu habuerunt. » Cod. Naz., t. I, p. 11.

1. « Oinnes genii, reges et crealurœ, precationi et hynino insistentes, célébrant regem summum lucis, a quo oxcunt quinque rndii magnifici et insignes : primus, lux quic illis orta : secundus, flalus suavis qui eis adspirat : terlius dulcedo vocis quà excellant : quartus verbuin oris quod eos erigil et ad confessionem pietalis insliluit : quinliis specics fornitc cujusque, quà adolescunt, sicutsole fruclus. » Ib. siipr., p. 'J.

comme les kabbalistes représentent la troisièms manifestation tle Dieu, l'intelligence ou l'esprit, qui à son tour produit une seconde vie, image très éloignée de la première*. Cette seconde vie, appelée Juschamin (^id ou "j-ia ï/*', le lieu des formes, des idées), au sein de laquelle a été conçue d'abord ridée de la création dont elle est le type le plus élevé et le plus pur; la seconde vie en a engendré une troisième, qu'on appelle ]e père excellent (abatur, ini 2x), le vieillard inconnu et Vancien du monde [senem siii obtegentem et (jrandxmtm mnndi)-. Le Père excellent ayant regardé l'abîme, les ténèbres ou les eaux noires, y laissa son image qui, sous le nom de Fétahil, est devenue le Démiourgos ou l'arcbitecte de l'univers". Alors commence aussi une interminable série d'Eons, une hiérarchie infernale et céleste qui n'a plus aucun intérêt pour nous. Il nous suffit de savoir que ces trois vies, ces trois degrés qu'on distingue dans le Plérôme, tiennent ici la même place que les trois visages kabbalisliques, dont le nom même (farsufo, Nrims) se retrouve dans la bouche de ces sectaires^; et nous pouvons nous arrêter avec d'autant plus de confiance à cette interprétation, que nous rencontrons également parmi eux les dix Sephiroth, partagées, comme dans le Zohar, en trois attributs suprêmes et sept inférieurs% Quant au singulier

1. (( Anlequam creaturœ omnes existùre, Ferho dominus exislit per qucra Jordanus exislit. Jordanus dominus vicissime exslitit aqua viva, quaî aqua inaxima et l^la. Ex aquà vero vivà, nos vita exslitinius. » Ib., t. I, p. 145.

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