‹ La kabbaleChapitre 135 sur 224 · Grande Encyclopédie, ailicle Cahbale · texte numérisé non relu

Grande Encyclopédie, ailicle Cahbale

triade (n"' 1, 2, 3) représente les attributs métaphysiques de Dieu, ou, si l'on veut, le monde intelligible; la deuxième (n"* 4, 5, 6), le monde moral; la troisième (n°^ 7, 8, 9), le monde physique; la dernière (n° 10) n'est que le résumé et l'ensemble de toutes les autres, elle est ïharmonie du monde. Le rôle le plus important, dans ce monde des sefirot, est joué par la première H'fira (n° 1), la Couronne, qui a créé les autres sefirot et, par suite, le monde entier. Elle est donc le Métatron de l'ancienne cabbale, une espèce de démiurge. Comme elle est presque aussi insaisissable et immatérielle que Dieu lui-même, elle est aussi appelée quelquefois infini ou néant [en sof, aïn); elle est dans tous les cas le point premier (sans dimensions ni rien de matériel), la matière première, la Face sainte, la longue Face, et toutes les autres sefirot ensemble ne sont que la petite Face. Elle est aussi la Volonté de Dieu, à moins que la Volonté ne soit en Diini lui-même et identique avec lui. La triade dont la première sefira tient la tête est le plan de l'univers, la triade du monde; les sept sefirot suivantes sont inférieures à ces trois, elles ne sont que les sefirot de l'exécution (de la construction, -^ ;^ comme disent les cabbalisles). Considérées à un autre point de ^jJja vue, les sefirot se divisent en sefirot de droite (n»^ 2, 4, 7), de c^^^^ gauche (n"" 3, 5, 8) et du milieu (n°' 1, 6, 9).

« Celles de droite représentent l'élément masculin, lequel est considéré comme supérieur à l'autre, meilleur; il est principe actif, ayant les attributs de la bonté et de la miséricorde ; celles de gauche représentent l'élément féminin, qui est le principe passif et qui a les attributs de la réflexion concentrée, de la justice stricte ; le groupe du milieu est le groupe de la conciliation des principes opposés. Les trois unités qui le composent représentent respectivement, en partant d'en haut, le monde intelligible, le monde moral, le monde sensible ou matériel. Dans d'autres écrits cabbalistiqucs, ce sont les trois triades des n"'' 1 à 9 qui représentent respectivement ces trois mondes, lesquels correspondent aux trois parties de l'âme humaine, comme on les trouve chez les néo-platoniciens : l 'intelligence [nous), le^iLQeur [psyché], l'àme végétative (physis). L'introduction des sexes en Dieu est un des traits les plus remarquables de la cabbale. Dans cette division des sefirot en triades parallèles, allant de haut en bas, on distingue aussi les triades par les couleurs, ce qui est également digne de remarque : le groupe de droite est blanc, le groupe de gauche est rouge, le grou|)C du milieu a une couleur intermédiaire (bleu, jaune ou verli. E^lin la sefira n° G est reliée d'une certaine façon a.u\ sefirot latéralesj^ce qui forme des combinaisons divers^.

<( Les dix sefirot sont comme les lofjoi ou idées mères du monde. Elles composent ensemble un monde qui vient directement de Dieu et qui, par opposition aux mondes inférieurs qui en procèdent, s'appelle le monde de Témanation [acllul). Par des évolutions successives, trois autres mondes sont formés, pourvus chacun de dix sefirot aussi : 1, le monde de la création [bei^ia], quiestaussi ,' 'V le monde des sphères célestes ; 2, le monde de la formation (iec/ra), '*^**''qui est aussi le monde des anges ou esprits qui animent les sphères ; 3, le monde de la terminaison [açigya], qui est le monde matériel, l'univers visible, ïccorce des autres mondes. Dieu a essayé beaucoup de mondes avant le monde actuel, déjà le Talmud connaît les mondes créés et détruits avant le monde actuel; ce mythe représente ou bien l'activité perpétuelle de la force créatrice, qui produit sans cesse et ne se repose jamais, ou bien la théorie de l'optimisme, suivant laquelle ce monde est le meilleur des mondes possibles. Ce monde contient cependant le mal, qui est inséparable de la matière. Le mal vient de l'afraiblissement successif de la lumière divine qtii, par son irradiation ou émanation, a créé le monde; il est une négation ou manque de lumière, ou bien il est le reste et résidu des mondes essayés et trouvés mauvais. Ces restes sont les écorces, le mal est toujours représenté comme une écorce, il y a même un monde du mal, peuplé d'anges déchus, qui sont également des écorces {kelijrpot).

"^"^■^ « L'homme terrestre est l'être le plus élevé delà création, l'image de l'Adam prototype, le microcosme. La triade cosmique se retrouve, comme nous l'avons vu, dans les trois âmes qui le composent et dont le siège est respectivement dans le cerveau, le cœur et le foie. L'âme humaine est le résultat de l'union du roi (n° 6) avec la reine (n° 10), et, par l'un de ses attributs les plus remarquables, la reine peut remonter jusqu'au roi, l'homme peut agir par ses vertus sur le monde supérieur et l'améliorer. De là l'importance de la prière, par laquelle l'homme agit sur les forces supérieures pour se les rendre favorables ; par elle, il les met positivement en mouvement et est leur excitateur. L'âme est immortelle, mais elle n'atteint le bonheur céleste que lorsqu'elle est P^^' 'devenue parfaite, et, pour le devenir, elle est souvent obligée de Xi .vivre dans plusieurs corps; c'est la théorie de la métempsycose'. '""r^ Il lui arrive môme de descendre du ciel pour s'associer à une autre

1 . Le mot réincarnulion rend bien mieux celle idée que celui de niéleinpsycose. — L'àme se réincarne dans un corp« d'iiomnie, Jamais dans un corps d'animal (P).

âme dans un même corps {sod ha ibOur), afin de s'améliorer à son *^^

contact ou d'aider celle-ci à se perfectionner. Toutes les âmes sont ^

créées depuis l'origine du monde, et lorsque toutes seront à l'état (^

de perfection,' TêTfessie ' viendra. Le Zohar, comme' beaucoup rr^^ d'autres ouvrages de la littérature juive, calcule même la date à laquelle viendra le Messie. »

2" Kabbale i-ratique.

2° La Kabale pratique expliquait :

A. Le sens spirituel de la loi ;

B. Prescrivait le mode de purification qui assimilait l'àme à la divinité et en faisait un organe priant, agissant dans la sphère du visible et de l'invisible.

C'est ainsi qu'elle devenait capable de s'abîmer pieusement dans la méditation des noms sacrés, l'écriture étant, suivant les kabbalisles, l'expression visible des forces divines, sous la figure desquelles le ciel se révèle à la terre.

On comprend facilement que rien ou presque rien n'ait été écrit ni surtout publié de ce qui a rapport à cette partie de la Kabbale.

Aussi la critique n'a-t-elle pas manqué de diriger ses poinles les plus acerbes contre les kabbalistes qui prétendaient aux connaissances magiques.

Il faut bien reconnaître toutefois que la critique, tablant sur des ouï-dire, ne pouvait guère porter un jugement favorable.

La théorie de la Kabbale pratique se rattache à la théorie générale de la magie : union de VUlée et du symbole dans la Nature, dans rilomme et dans l'Univers. Agir sur des symboles, c'était agir sur des idées et sur des êtres spirituels (anges) ; de là tous les procédés d'évocation mystique.

L'étude de la Kabbale pratique comprenait tout d'abord des ^^ connaissances spéciales sur les lettres hébraïques et les divers /^^f^ changements qu'on pouvait leur faire subir au moyen de trois «^ opérations bien connues de la plupart des kabbalistes ( Themuriq, 'W^ Gcinalria, Nolorin). g^

Ce point est important à connaître, car il constitue la partie la {.Vt" plus grossière, la plus exotérique de la kabbale pratique, et cependant plusieurs critiques (surtout les Allemands) n'ont voulu voir dans toute la Kabbale que celte science des charades, dos rébus et des anagrammes, tout cela pour ne pas avoir pris la peine d'aller jijs(prau fond de la queslion.

• ilomme ii est important ile connaitro cet Itii'n'itfjhjphismc spi-cial.

nous allons emprunter à Molitor [op. cil.) quelques exemples typiques à ce sujet.

Nous avons dit plus haut qu'il était aussi difficile d'écrire la Tliorah que de la lire. En effet, il se trouvait souvent dans un mot une lettre de plus ou de moins, quelquefois l'une pour l'autre, puis enfin les finales à la place des médiantes et vice-versâ.

Outre cet hiéroglyphisme plastique, la Bible en renferme encore un autre où les mots sont considérés comme autant de chiffres mystérieux.

;1 y Cet hiéroglyphisme lui-même est ou synthétique on identique : i° Synthétique quand un mot en recèle plusieurs autres qj^i'on L»''****'^(lécouvre soit en développant, en divisant ou en iransposatit les lettres; "^ ^

2° Identique lorsque plusieurs mots de l'écriture expriment la même chose. Cette identité se fonde soit sur le rapport mystérieux existant entre les lettres, soit sur leur valeur numérique, ainsi que nous en trouvons des traces évidentes dans les prophètes. Le Mischna appelle cet hiéroglyphisme le parfum de la sagesse.

Voici maintenant plusieurs exemples de l'hiéroglyphisme synthétique.

1° Vévolution des lettres.

David, dans son testament à son fils Salomon, s'écrie : // m'a maudit avec de dures malédictions (Nimreziîtu NMRZTh).

Or le mot hébreu Nimrezelh renferme le contenu de ces reproches injurieux que le prophète faisait à David. 5^îf N oeph, ti adultère.

t»A*yY> ^I oabi, 'f.- Moabite, parce qu'il descendait de Ruth. . *\ R o-eacA, '"''meurtrier.

ti^^?. Z ores, iii violent.

,4^(1.^ T Aoeô, J^ cruel.

p .", 2° La division.

;>V/0 ^^ divisant le mot B'reschil, on a Bara-Schith, il créa six, c'est- '. " "^ à-dire les six forces fondamentales qui président à l'œuvre mystérieuse des six jours. On jouit de la même liberté pour la construction des phrases et des périodes entières, 3° La transposition.

Dieu dit dans l'Exode : Je veux envoyer devant toi M'iachi, c'est-à-dire mon ange; en transposant dans ce mot, on a le nom de Michel, le protecteur du peuple hébreu.

La plus remarquable de ces évolutions, appelée Gilgul, consiste

dans la transposition régulière des différentes lettres d'un mot, telles que celles du saint nom lEVE [Jéovah). Les douze changements mystérieux qu'on peut opérer avec les quatre lettres de ce nom représentent le jeu continuel de cette puissance première qui fait sortir la variété de l'unité ',

Emploi des nombres.

Outre l'hiéroglypliisme synthétique dont nous venons de parler, il en existe un autre fondé sur le rapport numérique des lettres qui représentent chacune une certaine valeur.

Les nombres forment trois classes ; chaque classe renferme neuf lettres correspondantes. La première contient les nombres simples depuis 1 jusqu'à 9. On les appelle les petits nombres.

La deuxième, qui commence à 10 et linit à 90, renferme les nombres moyens.

La troisième enfin, formée du produit des unités et des dizaines, est à proprement parler le grand nombre.

Quant aux mille, le dernier degré de la progression numérique, on peut les ramener facilement à l'unité = 1.000 = 1 ; voilà pourquoi ces deux nombres ont la môme lettre en hébreu: Aleph-. (Voy. p. 41.)

Les lettres se remplacent par des nombres et alternativement. Ceux-ci s'additionnent ou s'énumèrent à part, c'est à volonté.

Prenons [)Our exemple le mot Adam m d a dont la somme égale

40 4 1 45 (40 -|- 4 -|- 1 = 45); si l'on extrait la racine, on aura 9.

11 suit de là qu'il y a affinité entre les mots dont la valeur numérique est la même, témoin Achad et Aliabha dont le nombre correspondant est 13, et qui signifient, le premier Yunitc, et le second Vamour, chargé précisément de reconstruire aujourd'hui Funité détruite ; du reste le nombre l.'J est le nombre de l'amour (■ternel figuré par Jacob et ses (ils, Jésu>Christ et ses apôtres; et ce (pi'il y a d'admirable, c'est qu'eu l'additiounanl, ou arrive à la laciin.' i (1 -(- 3 = 4), qui corres|)():id aux quatre lellres du saint nom /A'IVi', principe de vie et d'amour.

La clef générale de ces évolutions si curieuses qu'<jn fait subir

1. Molilor, p, 31, 32, 3;). (Voy. aussi p. 123 pour les ciiangenicnls de

iKvi:.)

2. La l;inj,Mie ln'hr'aïqiic iiiamiuo d'un nnni lu-oitro pour cxitiimci- le nombre dépassant 1(100. Ainsi IWiIh) qui siguilic dix uiilh' a la inOnie racine que linbli (uuillitiide).

aux mots et aux lettres, nous la trouverons dans ce livre hiéroglyphique et numéral si peu connu quant à ses hases scientifiques, le

Page 1