I. Zoltar, 2" pari., cul. 70a
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Mais il ajoute que cet avantage disparaît aussitôt que l'homme se dégrade par le péché et par l'.ouhli de ses devoirs '. Xous n'insisterons pas plus longtemps sur ce point, que nous avons déjà remarqué, et qui rentre entièrement dans la théorie de la nature.
Considéré en lui-même, c'est-à-dire sous le point de vue de l'ame, et comparé à Dieu avant qu'il soit devenu visible dans le monde, l'être humain, par son unité, son identité substantielle et sa triple nature, nous rappelle entièrement la trinité suprême. En effet, il se compose des éléments sui- Tt'yi^'^ vants : 1° d'un esprit, n^*»2;j, qui représente le degré le plus élevé de son existence ; 2° d'une âme, m*!, qui est le siège du ^^ ' bien et du mal, du bon et du mauvais désir, en un mot, de -►t)^ tous les attributs moraux; 5° d'un esprit plus grossier, tjrj, immédiatement en rapport avec le corps, et cause directe de ce qu'on appelle dans le texte les mouvements inférieurs, c'est-à-dire les actions et les instincts de la vie animale. Pour faire comprendre comment, malgré la dislance qui les sépare, ces trois principes, ou plutôt ces trois degrés de l'existence humaine se confondent cependant dans un seul être, on reproduit ici la comparaison dont on s'est déjà servi au sujet des attributs divins et dont le germe est dans le Livre de la création. Les passages qui témoignent de l'existence de ces trois âmes sont en très grand nombre; mais, à cause de sa clarté, nous choisissons de préférence celui qu'on va lire : « Dans ces trois choses, l'esprit, l'âme et la vie des sens, « nous trouvons une fidèle image de ce qui se passe en haut ; « car elles ne forment toutes trois qu'un seul être où tout est « lié par l'unité. La vie des sens ne possède par elle-même «aucune lumière; c'est pour cette raison qu'elle est si « étroitement unie au corps auquel elle procure et lesjouis-
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Ib. siqji;
OPLMON DES KABBALISTKS SUR L'AMS. 175
« sanccs et les aliments dont il a besoin ; on peut lui ap~ « pliquer ces paroles du sage : Elle distribue la nourriture « à sa maison et marque la tâche de ses servantes. La mai- « son, c'est le corps qui est nourri ; et les servantes sont les <c membres qui obéissent. Au-dessus delà vie des sens s'élève « l'àme qui la subjugue, lui impose des lois et l'éclairé au- « tant que sa nature l'exige. C'est ainsi que le principe ani- « mal est le siège de l'àme. Enfin, au-dessus de l'àme s'élève « l'esprit, par lequel elle est dominée à son tour et qui réflé- « chit sur elle une lumière de vie. L'àme est éclairée par « celte lumière et dépend entièrement de l'esprit. Après la « mort elle n'a pas de repos ; les portes de l'Eden ne lui sont « pas ouvertes avant que l'esprit soit remonté vers sa source, « vers l'Ancien des anciens, pour se remplir de lui pendant « l'éternité; car toujours l'esprit remonte vers sa source'. »
Chacune de ces trois âmes, comme il est facile de le prévoir, a sa source dans un degré différent de l'existence divine. La sagesse suprême, appelée aussi l'Éden céleste, est la seule origine de l'esprit. L'àme, selon tous les interprètes du Zohar, vient de l'attribut qui réunit en lui la justice et la miséricorde, c'est-à-dire de la Beauté. Enfin, le principe animal, qui jamais ne s'élève au-dessus de ce monde, n'a pas d'autre base que les altribuls de la force, résumés dans la Royauté.
Outre ces trois éléments, le Zohar en reconnaît encore un autre d'une nature tout à fait extraordinaire, et dont l'antique origine se révélera à nous dans la suite de ce travail : c'est la forme extérieure de l'homme conçue comme une existence à part et antérieure à celle du corps, en un mot Vidée du corps, mais avec les traits individuels qui distinguent cliacnn de nous. Cette idée descend du ciel et devient visible dès l'instant de la conception. « Au moment où s'ac-
i. 2° part., fol, 1 i'i, rcclo, sccl. nDlID
complil l'union terrestre, le Saint, dont le nom soit béni, envoie ici-bas une forme à la ressemblance de l'bommc, et portant l'empreinte du sceau divin. Cette forme assiste à l'acte dont nous venons de parler, et si l'œil pouvait voir ce qui se passe alors, on apercevrait au-dessus de sa tète une image tout à fait semblable à un visage humain, et cette image est le modèle d'après lequel nous sommes procrées. Tant qu'elle n'est pas descendue ici-bas, envoyée par le Seigneur, etqu'elle ne s'est pas arrêtée au-dessus de notre tète, la procréation n'a pas lieu; car il est écrit : Et Dieu créa l'homme à son image. C'esl elle qui nous reçoit la première à notre arrivée dans ce monde ; c'est elle qui se développe avec nous quand nous grandissons, et c'est avec elle encore que nous quittons la terre. Son origine est dans le ciel (xV"^'^ in\s' dVa 'xm)- Au moment où les âmes sont sur le point de quitter le céleste séjour, chaque âme paraît devant le roi suprême revêtue d'une forme sublime, 011 sont gravés les traits sous lesquels elle doit se montrer ici-bas. Eh bien ! l'image dont nous parlons émane de cette forme sublime ; elle vient la troisième après l'àme , elle nous précède sur la terre et attend noire arrivée depuis l'instant de la conception ; elle est toujours présente à l'acte de l'union conjugale *. » Chez les kabbalistes mo- •-jtjspi dernes cette image est appelée le 'principe individuel (nT"''). ')h Ti'ï^ Enfin, sous le nom d'esprit vital (""Ji^n mi ou simplement u»sn '^''^)' quelques-uns ont introduit dans la psychologie kabbalistique un cinquième principe, dont le siège est dans le cœur, qui préside à la combinaison et à l'organisation des éléments matériels, et qui se distingue entièrement du principe de la vie animale (nephesch)^ de la vie des sens, comme, chez Aristote et les philosophes scolastiqucs , l'âme végétative ou nutritive (zh Qpzraty.o^j) se distinguait de l'âme sensi-
\. Zohar, o* part., fui. 107, reclo et verso, scct. m«2S-
tive (tô atc-S/.Tix.dv) . Celle opinion se fonde sur un passage allégorique du Zohar, où l'on dil que chaque nuit, pendant notre sommeil, notre âme monte au ciel pour y rendre compte de sa journée, et qu'à ce moment le corps n'est plus animé que par un souffle de vie placé dans le cœur'. Mais, à vrai dire, ces deux derniers éléments ne comptent pour rien dans notre existence spirituelle renfermée tout entière dans l'union intime de l'âme et de l'esprit. Quanta l'alliance momentanée de ces deux principes supérieurs avec celui des sens, c'est-à-dire quant à la vie elle-même par laquelle ils sont enchaînés à la terre, elle n'est point représentée comme un mal. On ne veut pas, à l'exemple d'Origène et de l'école gnostiquc, la faire passer pour une chute ou pour un exil, mais pour un moyen d'éducation et une salutaire épreuve. Aux yeux des kabhalistes, c'est une nécessité pour l'âme, une nécessité inhérente à sa nature lînie, de jouer un rôle dans l'univers, de contempler le spectacle que lui offre la création pour avoir la conscience d'elle-même et de son origine; pour rentrer, sans se confondre absolument avec elle, dans cette source inépuisable de lumière et de vie qu'on appelle la pensée divine. D'ailleurs, l'esprit ne peut pas descendre sans élever en même temps les deux principes inférieurs et jusqu'à la matière qui se trouve placée encore plus bas; la vie humaine, quand elle a été complète, est donc une sorte de réconciliation entre les deux termes extrêmes de l'existence considérée dans son universalité; entre l'idéal et le réel, entre la forme et la matière, ou, comme dit l'original, entre le roi et la reine. Voici ces deux conséquences exprimées sous une forme plus poétique, sans èlre pour cela méconnaissables : « Les âmes des justes sont au- « dessus de toutes les puissances et de tous les serviteurs