De Gi(juiilibus, t. I, p. 2Ô5, éd. Mangey
salion, une empreinte affaiblie des idées éternelles, il va jusqu'à dire que sans le secours des sens nous ne pourrions jamais nous élever à des connaissances supérieures; que sans le spectacle du monde matériel nous ne pourrions pas même soupçonner l'existence du monde immatériel et invisible'; puis il déclare l'influence des sens tout à fait pernicieuse; il commande à l'homme de rompre avec eux tout commerce et de se réfugier en lui-même. Il établit un abîme entre l'âme raisonnable, intelligente, qui seule a le privili'ge de constituer l'homme, et l'âme sensitive à laquelle nos organes empruntent à la fois la vie et la connaissance qui leur sont propres; celle-ci, comme l'a dit Moïse, réside dans le sang% tandis que la première est une émanation, un reflet inséparable de la nature divine ( àTroV-ao-aj^ où dixipirhv, àny.vyocyax ^hxç ç-jo-soj; ^). Et cependant, ce point de vue exalté ne l'empêche pas de conserver l'opinion platonicienne qui reconnaît dans l'âme humaine trois éléments : la pensée, la volonté et les passions*. En mille endroits il insiste sur la nécessité de se préparer à la sagesse par ce qu'il appelle les sciences encycliques [èy/.vy.hoç Traif^eia, èyy.v/.hx p.a0v7y.aTa), c'est-à-dire les arts de la parole et ceux qui donnent cette culture extérieure si chère aux Grecs. Notre esprit, dit-il, a besoin d'être nourri de ces connaissances mondaines avant d'aspirer à une science plus haute, comme notre corps a besoin d'être nourri de lait avant de suppor-
1. Tôv £•/. TOiV toîojv auarxOi'vTa v.al vorj-ôv /.O'ju.ov O'jz svS'TTtv aXXw; zaraXaêeîv ors [1^ £/. TÎ;; to'j alaOriTOij /.cù. 6po;i.Evou to-jtou [xSTavaSaaEto;, x. t. À. De SomJiiis, l.
2. Aî[JLa où^i'a •ir/^; Ètti, 0'j/^\ t^; voscxç v.y.\ Xo^^'.v.rii, àXÀi -r^^ a'.^Or-jTr/.r^ç, xaO' fjv TjfxTv T£ /.a\ toîç àXùyo'.; xo'.vôv tÔ Çfj'v au[xêcorj-/.sv. Dc Concupisccntiâf t. II, p 556, éd. Mangey.
3. Quod dclerior poliori insicliari soleat, t. I, p. 208, éd. cit,
4. "Eat'.v f,[iwv /j '^y/i\ Tpt;i3çr];, v.(x\ v/b\ ppo; xo ah \o^(v/.rrj ^ /.. -.. \. Lcg. Alleg., L — De Confiisione liinjuarum. — De Concupisccntiâ, t. II, p. 550,, éd. cit.
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ter des aliments plus substantiels *. L'homme qui néglige de les acquérir doit succomber dans ce monde, comme Abel a succombé sous les coups de son frère fratricide. Ailleurs, il enseigne tout le contraire : il faut mépriser la parole et les formes extérieures, comme il faut mépriser le corps et les sens, afin de ne vivre que par l'intelligence et dans la contemplation de la vérité toute nue. Quand Dieu dit à Abraham : Abandonne ton pays, ta famille et la maison de ton père, cela signifie que l'homme doit rompre avec son corps, avec ses sens et avec la parole ; car le corps n'est qu'une partie de la terre que nous sommes forcés d'habiter ; les sens sont les ministres et les frères de la pensée ; enfin la parole n'est que l'enveloppe et en quelque sorte la demeure de l'intelligence, qui est notre véritable père\ La même idée est reproduite d'une manière encore plus expressive, sous le symbole d'Agar et d'Ismaël. Cette servante rebelle et son fils, si ignominieusement chassés de la maison de leur maître, nous représentent la science encyclique et les sophismes qu'elle enfante. Il est à peine nécessaire d'ajouter que tout homme qui aspire à un rang élevé dans le monde des cspiils doit imiter le patriarche hébreu \ Mais au moins, lorsque l'âme s'est réfugiée tout entière dans l'intelligence, y trouve-t-elle les moyens de se suffire et d'arriver par elle-même à la vérité et à la sagesse? Si Philon avait répondu à celle question dans un sens affirmatif, il n'aurait pas été au delà de la doctrine de Platon ; car, lui aussi, nous montre le vrai sage, se détachant entièrement du corps et des sens, et ne travaillant toute sa vie qu'à apprendre à mourir*; mais notre philosophe d'Alexandrie ne s'arrête pas à celle limite : il lui faut, oulre les connaissances que