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FORMES MICROGRENUES ET MICROLITIQUES

Dans toute la partie occidentale de la presqu'île du Cap Bougaroun, au delà du méridien de ce cap, on ne trouve plus de roches grenues et le granite fait entièrement place à des roches microgrenues. Le passage entre les deux textures se fait de façon tout à fait insensible ; toutefois, la présence de l'important massif de serpentines et de gneiss du bassin de l’'Oued Tamanart accentue la coupure et ce n’est que par une étroite bande située tout au Nord, entre la côte et le Koudiat Taferchat, face à la mer, que le granite du NW se raccorde avec le microgranite du Koudiat el Ardem et de la baie de Tamanart, puis des Beni Saïd et de Collo.

Au sud de la ligne Col de Terras — Kef Mergued es Saïd — Djemma Sidi Mohamed Dagde — Baie des Beni Saïd, tous les pitons qui surgissent au milieu des marnes éocènes sont formés de roches microgrenues, à l'exception toutefois du Kef Cheraïa ; il en est de même du vaste massif des Beni Ishacq (Forêt domaniale d'Arbel-Goufi).

Dans la région comprise entre l'embouchure de l'Oued Tamanart et Ras el Kbiba, on passe insensiblement des microgranites à de véritables rhyolites à cassure conchoïdale. Ces rhyolites, liées génétiquement au magma qui a donné naissance aux granites et granites monzonitiques et dont elles ne sont qu'une forme différente de consolidation, ne doivent pas être confondues avec des rhyolites en filons, dykes ou coulées d'âge postérieur et pointant en de nombreuses localités au milieu du granite, du microgranite et même des gneiss et serpentines du secteur Aïn Sedma-Tamanart. Toute considération d'âge et d'appareil éruptif mises à part, il y a de très grandes ressemblances pétrogra-

phiques entre les deux catégories de rhyolite ; afin d'eviter des confusions sur l’origine, j'étudierai donc d’abord les formes microgrenues et microlitiques du magma granitique calcoalcalin, puis ensuite les formes microlitiques filoniennes ou épanchées. La description des appareils éruptifs et l’âge des éruptions sont l’objet de paragraphes séparés.

a. FORMES MICROGRENUES ET MICROLITIQUES DU MAGMA GRANITIQUE CALCO-ALCALIN

Je vais décrire successivement les types observés dans les divers massifs ; [a présence de nombreux affleurements de taille fort variable et aussi de constitution parfois différente m'a conduit à ce mode d'exposition.

Ces divers massifs sont décrits dans l’ordre suivant :

x) Les massifs isolés situés au sud de la ligne Col de Terras- Baie des Beni Saïd, y compris celui des Beni Ishacgq.

&) La zone côtière de Ras el Kbiba au Cap Bougaroun.

+) Les îlots microgrenus situés dans le granite du Nord.

>) Le massif des Beni Toufout.

:) Les massifs isolés situés au sud de la ligne Col de Terras-Baie des Beni Saïd.

1° Le massif de Sidi Yahia et de Sidi Achour. L'agglomération de Collo est dominée par l’importante masse de Sidi Yahia et de Sidi Achour, énorme bombement microgranitique qui atteint une altitude de 540 m. à 2 km. à peine de la mer et qui se termine vers le NE par une presqu'île au relief sub-hémisphérique. À cette masse est étroitement relié, au NW, le petit mamelon qui porte la cote 391, près de la Zeriba des Beni Saïd ; ce mamelon est séparé de la masse principale par une étroite bande continue de marnes éocènes métamorphisées dont la largeur ne dépasse pas, au maximum, quelques dizaines de mètres.

La nature de ce massif, ainsi d'ailleurs que des massifs similaires des environs immédiats de Collo, avait été vue par Curie et Flamand qui en donnent la description suivante [6, p. 29] :

« On les rencontre (les roches graniliques) aux environs immédiats de Collo, où les espèces visiblement cristallines ont été citées comme granite par MM. Fournel et Tissot.

Ce ne sont cependant pas des granites tertiaires réels, c’est-à-dire à texture granitoïde comme ceux de Ménerville et de Bougie ; on en rencontre de semblables dans l'intérieur du pays, mais les roches de la côte ne sont que des microgranuliles. A l'œil nu, elles se présentent néanmoins sous un aspect granitique ; on y distingue une pâle compacte bleuâtre ou jaunâtre, avec de nombreuses lamelles de mica noir hexagonal très frais, du quartz, les feldspaths ne sont pas discernables. Au microscope, on voil :

Pâte microgranuli- | Microquartz bipyramidé, tique DD ARÈRES Microlithes feldspathiques allongés cristalline {sanidine ?).

Quartz bipyramidé.

Mica noir avec inclusion de zircon et d'apatite.

Orthose.

Plagioclase (labrador).

Anciens cristaux

Pour ces auteurs la montagne n'avait pas une constitution homogène et ils écrivent plus loin (p. 30) :

« Lorsqu'on suit le long du massif formé par le Djebel Afel-Koun et le Djebel Sidi-Achour, au fond de la Baie Bahr-en-Nsa, en s'enfonçant dans l'intérieur du pays, on voit la roche changer graduellement de nature et passer insensiblement à des types moins francs comme cristallinité pour aboutir à des roches presque complètement amorphes. C'est ainsi qu'au Djebel Sidi-Achour, à 3 km. environ de la côte, la roche est déjà très notablement modifiée. Elle n’a plus du tout l'aspect extérieur d'un granite. On n’y distingue plus du mica ni du quartz, mais seulement une pâte blanche homogène à aspect trachytique ou plutôt kaolinisé. Au microscope, la pâte est encore microgranulitique, mais elle ne l’est plus avec le type franc des échantillons de la côte. Les microquartz semblent passer à des espèces de petites plages globulaires; les anciens cristaux s'entourent d’une petite auréole ou plutôt d’une simple bavure. »

Personnellement, je n'ai pas eu la même impression et crois le massif très uniforme ; vraisemblablement, Curie et Flamand devaient être peu familiarisés avec les faciès d’altération et si leur texte envisage la possibilité d’une transformation des feldspaths en kaolin, par contre il semble que leur attention n'a pas été suffisamment attirée pur les phénomènes de silicification secondaire dont nous verrons toute l'importance dans ce pays.

Les échantillons qui me serviront à définir la constitution du massif de Sidi-Achour et de Sidi-Yahia ont été prélevés à la carrière de pavés qui est mentionnée sur la carte, à 200 m. environ au nord du mot « Sidi Yahia ».

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A l'œil nu, la roche est claire, mouchetée de cristaux noirs de biotite ; son aspect est beaucoup plus granitique que microgranitique et, sur les échantillons tant soit peu altérés, il faut un examen attentif pour y distinguer une pâte et des phénocristaux. La pâte est grise, presque blanche, et enrobe, outre la biotite, du quartz en quantité importante ; les feldspaths apparaissent mal et se confondent avec la pâte. Je mentionnerai également de petites taches vertes auxquelles Curie et Flamand faisaient sans doute allusion en écrivant [6, p. 30] :

« Il faut aussi signaler dans cette roche la présence de pinite, que le microscope indique mal, mais qui se montre extrêmement abondante dans les morceaux désagrégés de la roche. »

Enfin, très fréquemment, existent dans la masse microgranitique de gros nodules quartzeux de plusieurs centimètres de diamètre et des enclaves sombres et grenues contenant une forte proportion de tourmaline; la planche XXV (ph. 1) donne une bonne idée de l'aspect macroscopique du microgranite avee un exemple d'enclave.

En lame mince, les cristaux des deux temps de cristallisation sont parfaitement séparés (PI. XLV, ph. 3). Au premier temps, on observe des grandes plages de minéraux corrodés, quartz, biotite et plagioclases, Les plagioclases, étudiés par la méthode statistique (zone perpendiculaire à gl}, m'ont donné un angle d'extinction maximum de 24°, ce qui correspond à une andésine à 38 °/, An. Souvent, les sections de feldspaths sont zonées avec des zones très fines alternativement claires et sombres (PI. XLVI, ph. 1); les angles d'extinction varient d'une quantité très faible, parfois même inappréciable, Dans les échantillons examinés, je n'ai pas remarqué de loi régulière comme pour les feldspaths zonés des formes grenues (basicité décroissante du centre vers la périphérie); dans ce dernier cas, la variation de composition d'une zone à l'autre est beaucoup plus importante et continue du centre vers la périphérie.

Ces plagioclases zonés sont done comparables à ceux des roches similaires de l'Archipel de la Galite, ainsi qu'il résulte du rapprochement de ces observations avec celles d'Auguste Michel-Lévy {81}, puis de M. Solignac | 65].

La pâte (deuxième temps de cristallisation) est entièrement cristallisée ; le minéral prédominant est le quartz, soit en plages « granulitiques » (quartz rétracté), soit en cristaux à contours déchiquetés montrant la texture pæcilitique. La proportion de

quartz rétracté et de quartz pæcilitique est variable suivant les échantillons. À ce quartz sont associés des microlites de feldspaths (orthose et plagioclases) indépendants ou enrobés dans le quartz.

La texture microgrenue n'est pas rigoureusement constante ; par places on observe, d'ailleurs uniquement au microscope, des agrégats grenus à quartz, biotite et plagioclases dont les bords extérieurs sont corrodés.

Plusieurs lames minces ont été taillées dans les enclaves noires à tourmaline. Certaines ne contiennent que de là tourmaline (pléochroïque du brun elair au bleu foncé) et du quartz (PI. XLVI, ph. 2). L'ordre de cristallisation est incertain et il paraît vraisemblable que leur formation est contemporaine : en effet, le quartz, qui apparaît parfois en petites enclaves dans la tourmaline, peut également être englobé dans cette dernière.

Une lame mince m'a montré, associée dans une enclave à de la tourmaline, de la cordiérite en quantité importante (PI. XLVI, ph. 3). Ce minéral se présente en grandes sections clivées suivant pet se transforme en gigantolite | T4, t. I, p.516]; des lamelles de mica très biréfringentes sont disposées parallèlement au clivage. Toujours associés à la cordiérite, existent également des faisceaux compacts d’aiguilles de sillimanite et de menues plages vertes et isotropes de spinelle (pléonaste) ; enfin, J'ai encore noté dans cette enclave des plagioclases (andésine-labrador) et de la calcite secondaire.

L'analyse chimique d’un échantillon moyen provenant de la carrière communale de Collo est donnée par le tableau de la page 143 (analyse n° 37) ; les paramètres sont I.4.2.(3\4, = 0,50 et,

O de plus, K?0 <Na°0 (3,70 <[3,95). On est donc en présence d'une microgranodiorite mais à la limite d'un microgranite akéritique, puisque les proportions de soude et de potasse sont, malgré tout, comparables. Le plagioclase calculé contient un pourcentage d’anorthite inférieur à celui du plagioclase (du 1°" temps) mesuré (22 ‘/, au lieu de 38 °/,); cela tient à l'abondance de l'orthose dans les microlites du second temps de cristallisation.

Parmi les analyses inédites de roches algériennes que M. Alfred Lacroix m'a autorisé à publier, figure celle d’une microgranodiorite de Collo {sans indication plus précise d’origine) (analyse n° 1 du tableau de la page 157). Cette analyse conduit aux paramètres ‘IT. 4.(2)3. 3(4)., voisins de ceux de la roche étudiée cidessus. La seule différence notable (1* paramètre II au lieu de 1) tient uniquement à la présence d’une proportion nettement

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plus forte de minéraux ferromagnésiens ; enfin le plagioclase calculé est un peu plus basique (An °/, == 36 au lieu de 22).

2% Le Koudiat Bou Serdoum!. — A 1! kilomètre environ au sud du Djebel Sidi Achour, de part et d'autre de la route de Colloà Cheraïa, se dressent deux pitons coniques, le Koudiat Bou Serdoum (alt. 394 m.) (43,7-30) flanqué au nord d’un monticule sans nom et d'altitude un peu plus faible (366 m.).

Dans la masse du Koudiat Bou Serdoum a été ouverte autrefois, immédiatement au bord de la route, une grande carrière qui a mis à jour des druses remplies de minéraux intéressants. La roche de ce gisement a bénéficié, de ce fait, d'une attention particulière de la part des quelques géologues ayant examiné les abords de Collo et cette localité est, sans conteste, la seule étudiée avec détail antérieurement à mes recherches.

Curie et Flamand donnent du Koudiat Bou Serdoum la des-

cription suivante [6, p. 33] :

« Entre Cheraïa et Collo, à l'endroit connu sous le nom de Bou-Serdounet, émergeant d'une plaine ligurienne, se dressent deux monticules formés d’une roche noire que sa teinte différencie d'emblée des liparites ultrasiliceuses environnantes. Cette roche l’est cependant encore fortement, et bien qu'elle présente parfois quelque variétés de texture qui paraissent provenir de l'englobement de roches dioritiques plus anciennes et non entièrement modifiées, la masse possède une stucture microlitique et une composition qui l'assimilent aux dacites. Cela ressort en particulier nettement de son analogie avec les dacites du Cap de Fer et du Coudiat El-Gourou, près d'Herbillon, qui, elles, sont bien définies (voir la description de ces roches). Celle de Bou- Serdoun est d’un gris noirâtre ; on y a ouvert une carrière qui fournit de très bonne pierre pour le caillassage des routes, et la tranchée vive qui en résulle permet de voir de grosses poches remplies de zé0lithes, dont la principale est de l'apophyllite en cristaux de plusieurs centimètres.

« Celle dacite est évidemment postérieure aux roches liparitiques qui l’environnent ; il en est de même du reste dans la région du Cap de Fer. »

A la suite de ce premier travail et sur les conseils de J. Curie, Louis Gentil, en 1894, a repris l'étude du gisement d'apophylhite et, à ce propos, a donné une description détaillée de la roche

encaissante | 18

« La roche servant de gangue au gisement minéralogique de Bou-

1. On prononce généralement Bou Serdoun ; j'ai néanmoins adopté l’orthographe Bou Serdoum conforme à la carte au 1/50.000®.

37. Microgranodiorite. — Carrière communale de Collo (Sidi Yahia) (46,5-33,5).

38. Microgranite monzonitique. — Zeriba bou Rarsene (42- 26,5).

39. Microgranite monzonitique (altéré). — Zeriba Krenak Sadda (39-98,5).

CoMPoSiTION RÉELLE :

Al?03 14,70 15,35 12,10 Fe2053 0,64 0,52 1,61 MgO 0,50 1,26 0,63 Ca0 205 2,60 0,30 Na?20O 3,95 2,85 0,60 K?20 3,70 4,21 Fan TiO? 0,30 0,40 0,30 P205 0,12 0,19 ee Perte à 110° 0,15 0,20 0,20 Perte au feu 1,00 0,40 310 100,26 100,26 100,17

Cou POSITION VIRTUELLE :

SiO? libre Or

Ab

An

A0 libre Hy

Ma

Paramètres

{ FeO.SiO?

| Mg0.Sio?

27,48 29,16 21,68 25,02 33,93 24,10 9,45 11,95 0,71 1,63 ir 2,11 1520 3,10 0,93 0,70 0,60 0,76 0,: 0,31 LS 0,60 100,21 109,10 22 33 0,50 0,69 6,19 7,64

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Serdoun est compacte, de couleur vert foncé. Elle est généralement

très altérée.

« De l’examen microscopique, il résulte que c’est une andésite à mica

noir, augite et labrador.

« Parmi les minéraux du premier temps les feldspaths présentent quelque intérêt : l’andésine est dominante, le labrador plus rare. Ces feldspaths sont souvent zonés à zones disposées dans l'ordre général de basicité (les plus acides vers la périphérie). J'ai cependant constaté quelques exceptions à cette règle. Quelquefois ces plagioclases brisés, arrondis, sont entourés d’une bordure feldspathique continue à extintion uniforme, La pâte microlitique est formée en majeure partie d'oligoclase ; l’andésine s'y montre en microlites aplatis suivant g! (010). Tous les minéraux drusiques se rencontrent dans la roche; à citer, en outre, de l'épidote en grains irréguliers et en baguettes.

« De tous ces minéraux, le quartz est le plus intéressant. Il me paraît franchement secondaire et non primordial (deuxième temps). La roche est une andésite quartzifiée ».

La note résumée d’où est extraite cette description fut suivie d'un mémoire plus important [19]. Je ne reproduirai pas ici tout les détails énumérés dans ce mémoire, mais son auteur insistant beaucoup sur la nature secondaire du quartz de la roche, une nouvelle citation m'a paru indispensable :

« Le quartz n'existe pas uniformément dans la roche. Certains échantillons en sont totalement dépourvus; d'autres, au contraire, présentent des plages quartzeuses irrégulières englobant les microlites et les grands cristaux. Les microlites noyés dans ces plages sont toujours corrodés.

« Pour toutes ces raisons, Je crois devoir attribuer au quartz une origine secondaire postérieure à la consolidation de la roche.

Cette question a son importance pour la définition même de la roche qui sera une andésite quartzifiée dans le cas du quartz secondaire, une dacile où une andésite quartzifère dans le cas du quartz primordial, »

Puis quelques lignes plus loin

D'ailleurs, la roche de Bou Serdoun, pas plus que celle du Ca de Fer, ne renferme pas de quartz à grand cristaux. De plus, elle offre une structure franchement microlitique et non granulitique. M. J. Curie, qui a bien voulu me donner récemment son opinion dernière sur celle question, serail d'avis d'abandonner la dénomination de dacite, dont il s'était antérieurement servi, pour celle d’andésite.

« Je ne partage pas cette opinion. Le quartz me parait franchement secondaire el je suis, sur ce point, d'accord avee mes maîtres MM. Fouqué et Lacroix.

« J’ajouterai cependant que M. Michel-Lévy qui a bien voulu me

donner son avis sur cette question en jetant un coup d'œil sur mes préparations, ne serait pas aussi affirmatif, Four lui, il serait bien difficile de dire si la silicification a été immédiate ou bien franchement postérieure à la consolidation de la roche. »

J'ai revu le gisement de Bou Serdoum et son apophyllite, mais mes travaux n'apportent aucune donnée nouvelle sur les minéraux qu'il comporte ; la carrière est, en elfet, aujourd'hui abandonnée et, au surplus, les études antérieures ont, je crois, épuisé la question du point de vue strictement minéralogique. Par contre, 1l n’en est pas de même relativement à la descriplion de la roche.

Dans des échantillons qui m'ont paru sains, de teinte gris très sombre presque noir, plusieurs plaques minces ont été taillées (PL XLVI, ph. 5); leur examen me conduit à prendre nettement position quant à la nature du quartz du second temps de la roche. Il y a bien parfois du quartz secondaire et c’est là un caractère très général des roches de cette région, ainsi que cela sera maintes fois mentionné au cours des pages suivantes ; mais, à mon avis, ce phénomène est accessoire. Une des lames minces examinées, exceptionnellement saine, m'a montré qu'il existe indiscutablement du quartz primaire et même en assez grande abondance ; ce minéral se présente soit en cristaux sans angles rentrants (quartz rétracté), soit en plages à texture pæcilitique englobant des microlites feldspathiques parfois frais et non « toujours corrodés » comme l’affirme L. Gentil.

En résumé, les observations des divers auteurs cités et les miennes permettent de donner de la roche de Bou Serdoum la description suivante :

Roche microgrenue mésocrate contenant, au premier temps, des plagioclases (andésine-labrador), de la biotite, parfois de l’augite et, au second temps, de nombreux microlites feldspathiques (plagioclases et peut-être même orthose ?) associés au quartz, à des traces d’augite et de biotite et dont l'assemblage rappelle une texture doléritique. La magnétite existe au premier et au second temps.

Je ne possède malheureusement pas d'analyse chimique ; malgré tout, dans la terminologie actuelle, la dénomination la plus probable est celle de microdiorite mésocrate (dacite ou dacitoïde). Ce magma dérive du magma microgranodioritique des montagnes voisines par enrichissement en plagioclases qui deviennent les feldspaths exclusifs.

A l'appui de cette thèse viennent mes observations sur le ter-

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rains ; autant que cela soit possible en raison des altérations superficielles profondes, j'ai eu, vers le sud, l'impression d'un passage progressif entre les microgranodiorites et microgranites du massif des Beni Ishacq, auquel le Koudiat Bou Serdoum est lié de façon continue, et la microdiorite de ce koudiat.

A 500 m. au nord de la ferme de Colmont (42,5-29,5), sur le bord de la route de Cheraïa à Arbel, dans une petite carrière abandonnée, la roche est identique à celle de Bou Serdoum, avec même de petites druses remplies d’apophyllite ; au delà, je n'ai observé nulle part de coupure nette, et, dès la ferme Colmont, on trouve des affleurements typiques de microgranodiorites.

Curie et Flamand sont très affirmatifs quant à l'attribution d'un âge différent à la roche de Bou Serdoum et aux microgranodiorites de Sidi Achour et établissent une analogie entre ce qu'ils ont observé près de Collo et dans la région du Cap de Fer. Je n'ai pas d'opinion sur l’âge des roches du Cap de Fer, ne connaissant pas cette localité; les relations pétrographiques indiscutables qui lient la roche du Koudiat Bou Serdoum aux microgranites et microgranodiorites des koudiats voisins me font penser qu'une différence d'âge sensible entre les mises en place des deux magmas est improbable.

3° Le massif des Beni Ishacq. — Au sud du Koudiat Bou Serdoum s'étend l'important massif des Beni Ishacq, aux contours curieusement découpés ; cette sinuosité tient à ce que maints koudiats situés en bordure de la masse principale sont reliés à celle-ci par une base de taille variable, parfois réduite à un mince pédoncule, telle la presqu'ile de Djerda à l'abri de laquelle est construit le petit port de Collo.

Le Koudiat Bou Serdoum et ses abords mis à part, tout le reste du massif est de constitution homogène.

Je prendrai comme type un échantillon provenant de la Zeriba Bou Rarsene, à environ de 1 km. à l'W de la maison forestière d'Arbel. La roche est de couleur grise, plus sombre que celle de la carrière de Collo, sa cassure donne parfois des arêtes très vives ; à l'œil nu on y distingue de nombreux cristaux du premier temps, d'un diamètre moyen de 2 à 3 mm. (quartz, biotite, feldspaths), baignant au milieu d’une pâte.

En lame mince, on observe une texture microgrenue nette (PI. XLV, ph. 1); les phénocristaux de quartz sont largement corrodés, ceux de plagioclases sont zonés et ont leurs contours arrondis, ainsi d'ailleurs que la biotite. Les mesures effectuées en vue de la détermination des plagioclases ont porté sur deux

plaques et ont été exécutées par la méthode de la zone perpen diculaire à g!: elles ont donné 42 °/o An pour l'une et 50 VS TAN pour l'autre. Les zones, très fines, alternativement claires et sombres, sont analogues à celles des plagioclases de la microgranodiorite de Sidi Yahia.

La pâte du deuxième temps de cristallisation est formée uniquement de quartz à texture pæcilitique en sections à bords déchiquetés et enrobant de nombreux microlites feldspathiques (orthose et plagioclases).

Le tableau,de la page 143 ‘analyse n° 38) donne là composition réelle et la composition virtuelle de la roche ; ses paramètres sont L°4.2:.3., . — 0,69 (0,60 et <1,67). C'est done un microgrânite monzonitique (famille B, forme microgrenue de la branche orthosi-plagioclasique)

Un bloc prélevé à la Zeriba Yersanne, sur la bordure sud du massif (40,5-25,5) a donné une lame mince identique ; les plagioclases finement zonés du premier temps donnent 35° comme angle d'extinction maximum (sections perpendiculaires à gt) et sont donc constitués par une andésine à env. 50 ESA 56 deuxième temps n'est pas exclusivement à texture pæcilitique et contient du quartz sans enclaves et à contours dépourvus d'angles rentrants.

J'ai fait analyser un échantillon un peu altéré provenant de la Zeriba Krenak Sadda : ces chiffres (analyse n° 39, p. 143) qui ne correspondent pas à la constitution réelle de la roche saine, sont néanmoins intéressants, car ils indiquent le sens de la variation de cette composition. Au microscope on observe, au premier temps, du quartz corrodé, de la biotite fraiche, de la magnétite ; les feldspaths sont entièrement remplacés par des agrégats micacés et kaoliniques. Au second temps figurent du quartz pæcilitique avec microlites feldspathiques corrodés et une forte proportion de quartz secondaire.

La présence de ces minéraux d’altération est nettement soulignée par les pourcentages obtenus pour les divers oxydes : 77 °/, de silice au lieu de 70,20 et 70,80 pour les analyses de roches saines du même tableau, et, surlout, disparition de presque toute la soude (0,60 °/, pour 3,35 °/, de K20). Le calcul conduit aux paramètres anormaux 1.2.1(2).2 qui feraient de cette roche un microgranite alcalin de la branche orthosique, si ce n'était même le deuxième paramètre 2 véritablement aberrant, alors qu’en réalité c'est une microgranite monzonitique altéré. On verra, dans un prochain chapitre, que la nature de ces transformations

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est tout à fait comparable à celles observées de façon quasi constante pour les rhyolites à quartz globulaire en filons.

Au massif microgranitique des Beni Ishacq doit être rattaché le Koudiat el Masra (39,5-24), dont la pyramide aiguë surgit au milieu des marnes et grès éocènes à peine ondulés de la région d'El Ouloud;j. Le microgranite qui le constitue est du même type que celui de la Zeriba Bou Rarsene, gris assez foncé avec cristaux de quartz corrodés, de biotite et de plagioclases visibles à l'œil nu.

4° Les apophyses des environs de Bessombourg. — La grande masse granitique continue des Beni [shacq et dela forêt domaniale d'Arbel Goufi se prolonge, vers l’ouest, sous la forme d'une multitude d’apophyses ou de pitons qui transpercent la couverture éocène.

Aucune analyse n'a été effectuée dans les roches quartziques de cette région ; les descriptions suivantes permettent de les situer comparativement aux types de paramètres connus.

Sur le flanc septentrional du ravin de l'Oued Boudoudah, entre la Zeriba Boudoudah et la crête du Kef Mergued es Saïd, existe un affleurement presque elliptique d’une roche microgrenue gris verdâtre, plus ou moins foncée suivant les points. Trois lames minces y ont été taillées ; toutes les trois révèlent une altération assez profonde {chlorite qui donne la couleur verte à la roche, caleite, damourite). Les phénocristaux sont de quartz corrodé, de plagioclases (indéterminables avec certitude) et de biotite (avec pennine) ; les minéraux de la pâte sont le quartz et des microlites de plagioclases (forte proportion de quartz secondaire). C'est une microgranodiorite quartziliée.

Dans la descente du Col d'El Medjelba à Bessombourg, les lacets de la piste carrossable traversent quelques ilots de roche éruptive, d'ailleurs tous fortement altérés. Un bloc détaché de l’un deux m'a montré des cristaux de quartz corrodé, de plagioclases (ladrador à 45 °/, An) et de biotite, noyés dans un fond microcristallin de quartz associé à des microlites feldspathiques (orthose et peut-être plagioclases ?) ; le tout est imprégné de minéraux secondaires, pennine et épidote pour la biotite, damourie pour les feldspaths des deux temps de cristallisation, et même calcite.

Au pied des abrupts de Hadjer el Maïz, le sentier qui conduit du Col de Terras à El Medjelba traverse une zone de flysch assez métamorphisé (PI, XIX, ph. { et 2) littéralement criblé d'injeclions microgranitiques. Là encore, les échantillons que l’on peut

prélever sont malheureusement pourris et ne peuvent être identifiés que par analogie et Comparaison avec des roches saines provenant d'autres localités, tant au point de vue de l'aspect extérieur que de l'aspect des lames minces. Il est d'ailleurs remarquable que le faciès macroscopique est un guide assez sûr et, avec un peu d'habitude, on arrive très bien à diagnostiquer des roches même fort altérées, peut-être même avec plus de certitude qu'en les observant au microscope.

En lames minces, seuls les phénocristaux de quartz corrodés ont conservé leur aspect primitif avec toutelois des bords moins nets, la biotite est seulement reconnaissable aux formes extérieures d'agrégats de paillettes de pennine associée à de 1 épidote ; il n'y a plus trace de phénocristaux de plagioclases et, seules, des zones micacées (damourite en fins cristaux enchevêtrés) nous en font pressentir l'existence première. Quant au secoi d temps, il a perdu presque entièrement ses caractères originels et c’est avec peine que l’on reconnaît le souvenir d'une texture pæcilitique ; à sa place on observe presque uniquement du quartz secondaire en plages diffuses constellées de pallette de damourite. L'observation de ces roches par réflexion montre de nombreuses taches gris blanchâtre qui caractérisent la présence de produits kaoliniques.

Je n'insiste pas davantage sur les affleurements microgranitiques situés entre le Col de Terras et la Zeriba Tigsaman, soit sur le bord de la route, soit sur les flancs du ravin de l'Oued Boudouhah, dans son cours supérieur.

5° L’ilot microgranitique de Siouan. — Lorsqu'on suit, vers le sud, la piste carrossable du Col du Melab, on traverse à 3.500 km du col d'El Medjelba, en plein Éocène, un îlot microgranitique complètement isolé. Cet affleurement, que J'ai figuré sur la carte par une tache elliptique, se perd dans la forêt de part et d'autre de la route, sans toutefois atteindre la crête vers l'est ni s'étendre au delà d'environ 200 m. vers l’ouest, ainsi que J'ai pu l’observer dans un petit sentier.

Quelques boules jonchant une clairière m'ont permis de prélever des échantillons relativement frais. A l'œil nu, la roche est gris bleuté, parfois verdâtre, un peu plus sombre que les roches microgrenues décrites jusqu'ici (exception faite de la microdiorite quartzique de Bou Serdoum) ; je n'y ai pas observé de quartz du premier temps, pas plus à l'œil qu'au microscope. Il y a des phénocristaux de plagioclases (andésine-labrador à 40 ©, An) et de biotite. La pâte est faite de quartz à texture pœcili-

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tique enrobant des microlites indéterminables de feldspaths (orthose ou plagioclases damourilisés) et de la chlorite ; ces microlites feldspathiques sont parfois assez volumineux et, par leur assemblage, rappellent une texture doléritique. L'abondance, dans le deuxième temps, de chlorite secondaire en petites baguettes — chlorite à laquelle est due la teinte verdâtre de la roche — montre que la biotite devait être présente.

En résumé, la roche de Siouan est une microgranodiorite avec tendance très marquée vers les microdiorites quartziques ; on peut même voir là un terme de passage entre les microgranites et microgranodiorites de Collo et des Beni Ishacq d’une part, et la microdiorite quartzique de Bou Serdoum, d'autre part.

À 1 km. 500 au Sud de Siouan, juste au Col de la Djemma el

Krenak, à quelques mètres en contrebas de la route sur le versant occidental, un filon subvertical d'une puissance de 50 cm. à Î m. coupe les marnes éocènes, cuites et ferrugineuses à son contact.

. Ce filon est constitué par une roche grise à grain fin qui n’a rien de commun avec les rhyolites filoniennes de la région d'Aïin Sedma, En lame mince, on est tout d'abord frappé par l’abondance des minéraux d'’altération, calcite, agrégats de chlorite (pennine polarisant en bleu foncé) et quartz secondaires. De la roche primitive, seule existe encore la trame de baguettes de feldspaths indiquant une texture doléritique (un seul temps de cristallisation) et de nombreux grains de magnétite,

Les relations magmatiques de cette roche sont douteuses ; existe-t-il une parenté avec la roche de Siouan aux affinités dioritiques certaines ou peut-être avec les roches mésocrates et mélanocrates amphiboliques du Cap Bougaroun, ainsi que la disposition des microlites feldspatiques, les grains de magnétite et aussi l'abondance de la calcite secondaire (peut-être seul vestige de minéraux calciques) pourraient le faire supposer ? Je n'oserais l’affirmer. Néanmoins, je pencherais plutôt en faveur d’un rapprochement avec la microgranodiorite de Siouan en raison de la très grande distance qui sépare la Djemma el Krenak du Cap Bougaroun (18 km. à vol d'oiseau).

6) La zone côtière de Ras el Kbiba au Cap Bougaroun.

l° Le versant septentrional du Djebel Mezaber. — De Mersa el Krerba à Ras el Kbiba, la montagne qui domine au sud la baie de Tamanart et la sépare de la baie des Beni Saïd est

formée par la terminaison septentrionale de l'important Djebel Mezaber. Tout le versant nord de ce massif est microgranilique ou rhyolitique ; malheureusement un maquis extrêmement dense le recouvre et je n'ai rien pu observer en dehors du sentier du Cap Bougaroun à Collo, entre l'embouchure de l’Oued Tamanart et Kas el Kbiba, du bord immédiat de la mer et des abords de la Zeriba Tirhenatene,

D'une manière générale, dans la partie basse de la montagne, on trouve peu d'échantillons à aspect vraiment microgranitique. La roche est de préférence gris clair, finement grenue, rugueuse au toucher ;’parfois le grain devient imperceptible à l'œil nu et on passe à des types compacts, à cassure conchoïdale, à arêtes vives et tranchantes. Çà et là apparaissent quelques rares cristaux du premier temps, biotite, quartz corrodé, ainsi que des taches blanchâtres ou ocracées provenant d'un début d'altération.

En lame mince, on observe une faible proportion de phénocristaux {quartz corrodé, plagioclases-andésine et labrador contenant jusqu'à 48-50 °/, An, biotite) ; la pâte, très finement cristallisée, contient surtout des éponges de quartz enrobant parfois des microlites feldspathiques ténus (même en les étudiant avec un objectif à immersion, je n'ai pu déterminer leur nature avec certitude ; ils sont de signe variable). En outre, on observe, en proportion différente suivant les blocs, des plages diffuses de quartz nettement secondaire.

La structure de ces roches étant beaucoup plus microlitique que microgrenue et, compte tenu de leur faciès, très caractéristique, je les nommerai rhyolites à plagioclases de la branche orthosiplagioclasique. Mais il va sans dire que toutes les transiüons existent entre ces rhyolites et de vrais microgranites et microgranodiorites.

Cette tendance rhyolitique est plus accentuée encore, près dela mer, sur les rochers de la côte, entre l'embouchure de l'Oued Tamanart et Ja base du promontoire de Ras el Kbiba, à l'endroit où le rivage oblique vers le Nord. Dans cette zone, des éperons rocheux (PI. VI, ph. 2) s’avancent parallèlement les uns aux autres et perpendiculairement à la direction générale de la côte, découpant celle-ci en petites anses secondaires. Ces avancées correspondent à des régions plus microlitiques de la masse, sans qu'il y ait d'ailleurs là de véritables filons. Toutefois j'ai observé, en un point, un filon indiscutable de rhyolite blanchâtre au milieu d'un microgranite gris (PI. VII, ph. 2); mais il ne ressemble en rien aux filens rhyolitiques qui seront étudiés

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plus loin et, en particulier, ne montre nullement les fissures de retrait perlitique, parallèles aux épontes, si caractéristiques de ces derniers. Ce filon est vraisemblablement de très peu postérieur à la mise en place de la masse principale et peut être, à mon avis, considéré comme lié intimement à celle-ci.

Les échantillons prélevés à la pointe de Ras el Kbiba sont microgrenus avec le faciès habituel, Au SE de ce promontoire, par contre, dans la portion méridienne du sentier, la roche est de nouveau à cassure conchoïdale ; les échantillons prélevés, parfois de couleur rose ocrée, sont très atteints par la siicification secondaire (quartz secondaire et veinules de calcédoine : à noter de beaux sphérolites de calcédonite avec des fibres à enroulements hélicoïdaux).

Un certain nombre de blocs ont été recueillis aux abords de la Zeriba Tirhenatene, près du contact des roches tertiaires et de la serpentine. Tous sont profondément altérés, parfois même imprégnés de produits ferrugineux qui tirent leur origine de la proximité des roches basiques, riches en oxydes ferromagnésiens.

Malgré les difficultés d'observation, surtout en lame mince — les plages de quartz secondaire et les paillettes micacées masquent presque toujours la texture initiale — et, compte tenu de l'aspect macroscopique, la tendance rhyolitique m'a semblé moins accentuée que près du rivage ; on est plutôt en présence de microgranites avec, au premier temps, du quartz corrodé, de la biotite et des plagioclases et, au second temps, du quartz à texture pæcilitique enrobant des microlites feldspatiques.

2° Les massifs côtiers, de l' Oued Tamanart au Cap Bougaroun. — Une bande microgranitique puis granitique pratiquement continue, borde la mer de l'embouchure de l'Oued Tamanart jusqu’au Cap Bougaroun, et isole ainsi de la côte la partie septentrionale du massif de gneiss et serpentines.

Le point culminant de cette zone côtière est atteint au Koudiat el Ardem (429 m.) dont Curie et Flamand parlent dans les termes suivants : [6, p. 32

« Entre la baie Tamanar et le Cap Bougaroni cependant, toute la masse du Djebel Lardem et des montagnes attenantes est mieux individualisée dans le genre des plages à extinction totale : bien que d'aspect extérieur dilférent, ces roches présentent une constitution qui se rapproche beaucoup de celle que nous décrivons plus loin à propos du gisement d'Aïn Sedma, »

Dans la suite de leur courte monographie, ces auteurs étudient les serpentines du Koudiat Taferchat, puis les roches mélano-

crates du Cap Bougaroun ; ces roches très intéressantes, qui seront étudiées en détail plus loin, sont désignées, dans le mémoire cité, sous le nom de diorites quartzifères ou de dolérites andésitiques, suivant les points. Or, c’est à ces dernières qu'il est uniquement fait allusion à propos d’Aïn Sedma

« À côté des types assez bien définis que nous venons de passer en revue ! se rencontrent en grande majorité des roches difficiles à classer exactement, servant de termes de passage entre ces diverses séries. L'un d'eux, assez bizarre, et qu'il convient de citer en raison de son gisement, se, trouve à la mine de fer d'Aïn Sedma, en plein massif volcanique. La pâte de cette roche est formée par des microlites d'oligoclase noyés dans un grand développement de plages sphérolitiques quartzeuses à extinction totale. Cette roche se rattache donc d'une part aux lipariles à silice globulaire, d'autre part aux roches andésitiques. Elle présente à l'œil l'aspect blanc et rude d’un trachyte. »

À travers cette description vague, j'ai cru reconnaître la brèche éruptive du sémaphore du Cap Bougaroun, qui est effectivement constituée par des blocs verts de roche à texture doléritique enrobés dans une pâte rhyolitique et qui sera examinée avec les roches vertes correspondantes (page 196).

Quoi qu'il en soit, et si mon interprétation du texte de Curie et Flamand est exacte — ce que je ne saurais affirmer, car ce texte est bien ambigu — contrairement au dire de ces auteurs, la zone de brèche verte est strictement limitée aux abords du sémaphore et de l'ancien phare ? ; tout le reste de la bande côtière est formé de microgranite normal, d’ailleurs très arénisé. La seule particularité à noter est l'abondance des filons de rhyolite dans toute la zone située à l’ouest du Koudiat el Ardem et dont les arènes viennent se mélanger intimement aux arènes microgranitiques, sans que l’on puisse préciser « cartographiquement » la limite des deux roches.

Enfin, à mesure que l’on se rapproche du Cap Bougaroun, la transformation du microgranite en granite s’accentue et les grosses boules qui jonchent la pente, au-dessus du sémaphore, sont faites de roche grenue.

1. À vrai dire, je me demande, étant donnée la place de ce paragraphe, en fin de chapitre, si les auteurs ne pensaient pas alors à l'ensemble des roches de la Kabylie de Collo.

2. Au Cap Bougaroun, il existe deux phares ; lé phare en service est sur un promontoire à l'ouest du ravin, l’ancien phare, en ruines, est près du sémaphore, à l’est du ravin. Voir fig. 14, p. 186.

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y) Les îlots microgranitiques situés dans le « granite du Nord ».

A l'ouest du méridien du Cap Bougaroun on aborde le grand massif granitique quise poursuit sans interruption jusque tout près de l'embouchure de l'Oued Zhour, sur une distance de plus de 25 km. De temps à autre, au milieu du granite frane, on observe des récurrences de roches microgrenues ; ces récurrences sont d'autant plus rares que l’on s’avance davantage vers l'est. Au passage, et au hasard des sentiers bien dégagés et des zones moins altérées, j'en ai relevé quelques-unes. C'est à leur examen que sont consacrés les paragraphes suivants :

1° Koudiats Mzouara et Agref, Oued elli Ankou. — En contrebas du Koudiat Mzouara, tout près de la limite des serpentines (38,5-38), dans une grosse boule isolée dans une clairière — telle un bloc erratique — j'ai cassé des échantillons d'un mucrogranite à pâte blanche mouchetée de petites plages vert foncé.

Au microscope, on observe tout d'abord quelques rares sections de quartz corrodé auréolé de pegmatite graphique à brins divergents (PI. XLVI, ph. #). Entreces assemblages quartz-pegmatite existe, non pas un deuxième temps microcristallin, mais un autre assemblage de plages de micropegmatite, identique à celles qui auréolent le quartz et enrobant des cristaux de plagioclases (labrador à 48 °/, An); par places, il y a également de petites sections de quartz. L'élément ferromagnésien (probablement biotite) est entièrement détruit et remplacé par des amas de pennine en sphérolites ou en paillettes polarisant avec des teintes bleu violacé très sombres, amas qui constituent les taches vertes visibles sur la roche en masse.

Une roche assez analogue à la précédente a été recueillie entre le Koudiat Agref et la cote 318, à 4 km. à l’ouest du Cap Bougarourf (30,5-39). La structure est indécise entre le type grenu et le type microgrenu, sans que l'on y observe de cristaux de quartz corrodés comme dans le microgranite du Koudiat Mzouara.

Les cristaux de plagioelases (labrador et même bytownite à 60 °/, An) sont de taille variable, depuis celle de phénocristaux jusqu'à celle de microlites du second temps, avec tous les intermédiaires. De nombreuses plages de micropegmatite (myrmékite) sont disposées en excroissances autour des plagioclases. Le quartz est en petits cristaux. La biotite se présente soit en grandes lamelles

(premier temps), soit en sections de la taille des microlites feldspathiques ; son altération conduit, par places, à de la chlorite et à de l’épidote. Enfin, je mentionnerai des grains de magnétite.

La rareté ou l’absence du quartz du premier temps et la basicité des plagioclases font penser que l'on est en présence de microgranodiorites plutôt que de microgranites monzonitiques ; mais, en l’absencé d'analyse chimique, on ne peut rien affirmer en raison du facteur nouveau introduit par la micropegmatite (quartz et orthose). Cependant, à l'appui de la dénomination « microgranodiorite » vient la présence, à proximité de l'échantillon, d’une roche microgrenue sans quartz du Premier temps, à phénocristaux de biotite, de plagioclases (andésine à 45 °/, An) et à deuxième temps constitué par du quartz et des microlites de plagioclases.

Au flanc septentrional du ravin de l'Oued elli Ankou (35-34), à 5 km. au sud du Koudiat Agref, une masse rocheuse, diaclasée en bancs réguliers, est formée d’une microgranodiorite à micropegmatite qui ne contient également pas de phénocristaux de quartz. Malheureusement, cette roche est altérée et toute imprégnée de chlorite (pennine), d'épidote, de zoïsite, de séricite, ainsi que de quartz secondaire. Au deuxième temps, mal individualisé, on peut néanmoins reconnaitre quelques microlites de feldspaths ; à signaler, de menus zircons et des grains de magnétile. Malgré ces difficultés d'observation, le rapprochement avec les types des Koudiats Mzouara et Agref s'impose.

2° Région d'Aïn Sedma. — Dans ce secteur à l'architecture compliquée (voir page 168), j'ai ramassé quelques fragments de roches microgrenues, sans pouvoir en préciser la nature exacte en raison de leur profonde altération. Elles sont essentiellement caractérisées par des phénocristaux de quartz, de plagioclases damouritisés (andésine-labrador ?), de biotite dont on ne reconnaît souvent que les formes extérieures (pennine, épidote) et par une pâte à quartz rares, fines baguettes feldspathiques et parfois plages ténues de micropegmatite. A cela s'ajoute le cortège habituel de la damourite et du quartz secondaire qui masque presque entièrement la texture du deuxième temps.

Les roches ainsi décrites ont été prélevées à la Zeriba Dar Aïssa (38-34,7), entre la maison forestière d'Aïn Sedma (36-35) et l'entrée du tunnel de l’ancienne voie ferrée des mines, et à 1 km. environ au NE du Koudiat el Bedua (35-34,5).

M. Alfred Lacroix m'a aimablement communiqué l'analyse d'un microgranite monzonitique dont l’origine est ainsi libellée :

Collo (Mines d'Aïn Sedma); ses paramètres sont [.'4/2.3. et Or Plag est rc nle signaler, comparativement aux autres analyses de roches similaires, que la proportion de silice est élevée (73,32 °/,), que le pourcentage en anorthite du plagioclase cal-

culé est faible (17 °/,) ainsi d’ailleurs que Xb (3,68).

— 0,70 (< 0,60) (tableau de la page 157, analyse n° 2). Il

0 ues centaines de mètres au N du Col de Terras, des travaux récents, exécutés en vue de l’élargissement de la route, ont nécessité le fractionnement de gros blocs qui m’avaient parus très frais. Ce n’était là qu'une illusion

car la lame mince montre que les minéraux habituels d'altération y prennent une place prépondérante : pennine, séricite, épidote,

calcite et surtout quartz secondaire qui a nourri les phénocristaux de quartz primaire et qui, dans la pâte, tend à donner des sphérolites à fibres radiées.

La roche était originellement un microgranite monzonitique ; la comparaison de ces blocs avec toutes les arènes voisines met en évidence que le pays environnant est microgranitique, ce qui ne saurait étonner puisqu'on est à la bordure méridionale du massif granitique, près de son contact avec l'Éocène.

4° Krenak Zoubia. — Dans des conditions de prélèvement analogues aux précédentes, j'ai recueilli un fragment de microgranite sur la route de Toutous, à quelques centaines de mètres à l'ouest de Krenak Zoubia (32-32). Les deux temps de cristallisation sont très nets ; le plagioclase du premier temps est du labrador à 44 °/, An. C'est une roche qui se rapproche beaucoup du type de la microgranodiorite de Collo.

° Oued diel Fercha. — À 500 m. à l’ouest de Bou Lateb,

en plem granite — c'està Bou Lateb que j'ai pris le type des roches grenues — existe un îlot de microgranite dont la présence

m'a été seulement révélée par un aspect anormal des arènes (teinte ; gris verdâtre non habituelle à celles du granite normal) qui m'a incité à prendre des échantillons.

Deux plaques minces ont été taillées. La roche est du type micrograntile monzoniique à micropegmatile. Au premier temps figurent de belles sections de quartz corrodé auréolé de micropegmatite, des plagioclases à zonation légère (labrador à 45- 48°/ An), de la biotite (chlorite, épidote) ; au deuxième temps, de grain non homogène, on observe du quartz, des plagioclases

{. Microgranodiorite de Collo. Coll. A. Lacroix.

2. Microgranite monzonitique (Mines d’Aïn Sedma). Coll. A. Lacroix.

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