I. LES GRANDES LIGNES DE L'OROGRAPHIE
Aucune ligne directrice très nette ne se dégage dans le relief. On peut toutefois tenter d'en classer les éléments principaux grâce à la présence de quelques oueds importants. Ces cours d’eau sont :
A l'est, l'Oued Guebli et son affluent l’'Oued Guergoura ;
Au centre du massif, l'Oued Tamanart et l'Oued Damous ;
A l'ouest, l'Oued Zhour ;
A l'extrême ouest, l'Oued el Kebir! (— Oued Rhumel) qui entame à peine la région étudiée.
Une grande arête, qui commence à se dessiner dans la région d'Ain Kechera (36-2), à quelques kilomètres au sud de la limite méridionale de la feuille de Collo, dirigée vers le nord et passant par le Djebel Goufi, point culminant et centre de la Kabylie de Collo, sépare le bassin de l'Oued Guebli des bassins de l’'Oued Zhour et de l'Oued El Kebir (fig. 3). C’est la plus importante ligne de partage des eaux du massif, sa dorsale essentielle.
Au nord du Goufi (34,5-26), la topographie est assez indécise ; dans l’ensemble, la crête se continue quelque peu (Hadjer el Maïz — Col de Terras — Krenak Zoubia), mais beaucoup plus adoucie, se terminant même par un petit plateau près d'Aguilmam (32-33, alt. 900 m. env.): Des alentours de ce plateau partent, en des sens divergents, divers oueds secondaires, soit tributaires de l'Oued Damous vers l'W, soit indépendants vers le NW, le N et le NE (Oued el Kebir?, Oued Djeballah ben Aïech, Oued Medachar, Oued Bou Salah).
1. L'usage de la toponymie arabe veut que chaque rivière porte plusieurs noms suivant les différentes parties de son cours. Les synonymies seront spécifiées Loutes les fois que cela sera nécessaire.
2, La dénomination d'Oued el Kebir, « la grande rivière », est extrèmement répandue dans les pays de langue arabe, La Kabylie de Collo comporte plusieurs « Oued el Kebir » qu'il ne faut pas confondre, le plus important d’ailleurs élant l'Oued el Kebir d'El Milia, le Rhumel de Constantine.
Les sommets du Djebel Aguilmam, du Koudiat Ouertene, du Kef bou en Nouar et de Sidi Embarek (38-37, alt. 805 m.), alignés en direction de l'ENE, forment une crête qui domine la mer vers le nord et dont le versant méridional fait partie du bassin de l’'Oued Tamanart. Vers l'Oued Tamanart convergent également tous les ravins que laisse à l'est la grande dorsale méridienne entre Hadjer el Maïz et Aguilmam.
À l’ouest du Djebel Gouti, la piste forestière qui relie le col de Terras (33-29,5) à Laouinet (24-95) par la Djemma Mezelloun, Aïne Zane, et la Djemma di el Mzara suit à peu près constam-
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(En pointillé, les lignes de partage des eaux). Échelle : 4/500,0006.
ment la crête et jalonne assez bien la limite entre les bassins de l’Oued Zhour, au sud et à l’est, et de l'Oued Damous, au nord. Cette limite rejoint au Djebel Gouf l’arête majeure; tous les chabas du versant occidental de l’arête sont tributaires de l'Oued Zhour jusqu’au sommet Rokba di Kandour (33-17, alt. 187 m.). A partir de là, la ligne E-W Rokba di Kandour — cote 520 — Sidi el Hadj Ali — Koudiat bou el Bessat — Bou el Adam — Bou Debbane — Djebel Bou Bazil (20,5-15, alt. 629 m.) — Srah di Ticemlène sépare le bassin de l'Oued Zhour, au nord, de celui de l'Oued Asfora, au sud; l'Oued Asfora, affluent de l'Oued el Kebir, conflue avec ce dernier à peu de distance du bourg d'El Milia.
A l'est de la dorsale Aïn Kechera-Djebel Goufi s'étend une vaste dépression, la cuvette d'El Ouloudj (PI. XXVIIT, ph. 1). Cette cuvette, ouverte largement vers l'est dans la plaine allu-
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viale des Oueds Guebli et Cherka, est limitée au nord par la série discontinue de sommets d'altitude décroissante : Djebel Goufi (alt. 1.183 m.)— cote 705 — Sidi el Hadj (37,5-97,5, alt. 691 m.) — Koudiat el Rih (40-98,5, alt. 614 m.) — Koudiat el Halia (44-29, alt. 379 m.). Vers le sud, sa limite est marquée par la ligne Maison forestière d’Ain el Ksar (36-14,5, alt. 7165 m.) — Maison forestière de Bou-Rhan (41-17) — Koudiat Zadra (49-19, alt. 255 m.); au delà s'étend le pays montagneux du Douar El Zeggar1 et du Djebel Guern Aïcha, puis, plus au sud encore, la vaste cuvette marneuse de Tamalous.
Au milieu de cet ensemble complexe, quatre agglomérations humaines méritent seules d’être mentionnées : Collo, Cheraïa, Bessombourg et El Ouloud}.
Collo (PI. II, ph. 1), petit port pittoresque abrité par la presqu'ile de Djerda, existe seul depuis une haute antiquité; c'était une colonie romaine?. Ses environs sont en dehors des grands bassins que nous venons de distinguer. Un petit oued indépendant, l'Oued Syen, draine la dépression comprise entre le Koudiat El Halia, le Koudiat Bou Serdoum et le Kef Sidi Achour, et au pied de laquelle est bâtie la ville.
Cheraïa, au centre d'un petit sahel cultivé, à quelques kilomètres dans l’intérieur, a été entièrement créé par la colonisation française.
Bessombourg, dominé par le Djebel Gouf, en lisière de la forêt, est une bourgade purement industrielle qui appartient en totalité à la Société des lièges de la Petite Kabylie. El Ouloudi;. hameau de quelques maisons, est aussi le siège d'une exploitation de liège.
II. DESCRIPTION DES UNITÉS PRINCIPALES Le domaine de l Oued Guebli.
L'Oued Guebli, au cours de direction générale SSE-NNW, entre dans la Kabylie de Collo peu après Tamalous (54-19).
1. Le pays des Beni-Toufout, expression qui sera quelquefois employée dans les descriptions géologiques, est le pays montagneux compris entre la grande crête méridienne à l'ouest, la dépression d'El Ouloud] au nord, l'Oued Guebli à l’est et approximativement, au sud, la limite de la feuille de Collo.
2, Collo possède des tombeaux puniques qui ont fourni d'importants mobiliers spécialement étudiés par S. Gsell (Renseignement aimablement communiqué par M. L. Joleaud). Voir également E. Doutté [8].
Sa vallée, d’abord très encaissée pendant une quinzaine de kilomètres (PI. XXIX, ph. 1), s'étale largement dans une vaste plaine alluviale (PL. IT, ph. 1), au bord de la Baie de Collo. Sur la rive droite de l'oued se dressent les montagnes des Douars Tokla et Demnia (Djemma Sidi Ali, 53-91,5, alt, 545 m., PI. Il, ph. 2), terminaison occidentale du massif de l'Estaïa qui, vers l'est, se poursuit jusqu'à Philippeville. Ces montagnes forment un tout assez homogène avec écoulement des eaux à l'ouest vers l'Oued Guebli et au nord vers la mer. Seul, au NW, le petit chaïnon du Koudiat Dra bou Dis et de la Zeriba Kerkera (49- 24,5), se détache un peu de la masse principale dont il est entièrement séparé par une vallée, de la Maison d'école indigène de Kerkera à la Djemma Sidi Ali ben Zouit.
Peu «près son entrée dans la plaine alluviale, l'Oued Guebli reçoit, sur sa rive gauche, un affluent important, l'Oued Guergoura (— Oued Boutout — Oued bou er Rekane — Oued elli Zeggar) (PI. XXIX, ph. 2). La direction générale de cet affluent est SSW-NNE; dans l'angle aigu ainsi formé avec l'Oued Guebli, s'individualise le Djebel Guern Aïcha (Djemma Guern Aïcha, 48-15, alt. 540 m.), imposante masse presque rectiligne allongée vers le NE et qui, après une digitation vers le N (Koudiat Aïssa, 47-18, alt. 417 m.), vient surplomber l'Oued Guebli à proximité de la Zeriba Beni Beddous (49-19,5). Vers le sud, le Djebel Guern Aïcha domine la dépression marneuse de Tamalous.
A 800 mètres environ en aval de la Zeriba Tahar (45-91), l’'Oued Guergoura est grossi des eaux de l'Oued Aflasane. L'Oued Aflasane (— Oued el Ouara) naît, dans la région d'El Ouloud}, de la réunion des multiples ravins qui descendent du flanc méridional et du flanc occidental du Goufi et et des sommets voisins.
Toujours sur sa rive gauche, près de la Zeriba Djedida (43- 20,5), l'Oued Guergoura reçoit encore les Oueds Beni Zid et Zadra, drains du pays doucement ondulé des Ouled Aouat et du Douar Beni Zid.
Dans la plaine de l'Oued Guebli, du pied du Koudiat Telezza (47-95), à l'angle NW de la baie de Collo, court un oued sans écoulement vers la mer, véritable mare stagnante, l'Oued Cherka ; il débute dans un marécage voisin de la pépinière d’el Makken, le Redir Mokoll, et se termine près de la Fontaine du Sanglier, à 4 km. 500 au sud de Collo. La direction générale méridienne de l'Oued Cherka est dans le prolongement exact du cours inférieur de l'Oued Guergoura; ce dernier conflue avec l'Oued Guebli après un brusque coude vers l’est, au contact du Koudiat Telezza.
M. Rougauzr. — La Kabylie de Collo. 2
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Ainsi, il contourne ce monticule par le côté oriental alors que normalement il semblerait devoir passer à l’ouest et se continuer par l’Oued Cherka. On est là en présence d'un phénomène de caplure extrêmement net. Primitivement, l'Oued Guergoura s’écoulait sans doute, soit à l’ouest du Koudiat Dar Said, par l'emplacement actuel du Redir Boussoufa, puis à l'ouest du Koudiat el Koubba pour rejoindre le Redir Mokoll par son extrémité occidentale, soit passer à l'est du Koudiat Dar Saïd, puis entre les Koudiat El Koubba et Telezza pour rejoindre le Redir Mokoll par son extrémité orientale.
Les environs de Collo et de Cheraïa.
La région de Collo-Cheraïa, assez bien individualisée par son aspect, est séparée de la plaine de l'Oued Guebli par le massif des Beni Ishacq (Koudiats el Rih, Aourar, el Ferraha et el Halia). Toutefois, le grand cirque cultivé qui, du pied du bordj de Cheraïa (PL. VIII, ph. 2), s'étend jusqu'au delà de la Ferme Colmont (49,5-29), dépend encore du bassin de l'Oued Guebli — considéré au sens large — puisque l'Oued Mahdiar aboutit à l'Oued Cherka près de la Fontaine du Sanglier.
Les environs de Collo et de Cheraïa sont caractérisés par la présence de dômes granitiques boisés — sortes d'énormes taupinières — séparés les uns des autres par des ensellements et des bas-fonds argileux couverts de cultures. Le pays présente ainsi un « faciès » très particulier et dont les planches IV (ph. 2) et VII (ph. 1 et 2) rendent assez bien compte. Les principaux sommets sont Sidi Achour (44,5-32, alt. 540 m.), le Kef Cheraïa (49,5-39, alt. 581 m.), le Koudiat bou Serdoum (43,5-30, alt. 384 m.), le sommet de cote 366 (44-30,5) et le Koudiat Darksaïr (46-30, alt. 158 m.). Sidi Achour, qui de sa haute stature domine Collo et la Baie des Jeunes Filles à l'E, le ravin et la baie des Beni Saïd au NW, se prolonge vers la mer par la masse globuleuse et subhémisphérique de Sidi Yahiat (PI VI, ph. 1).
Collo reçoit les eaux de l'Oued Sven. Cet oued, indépendant, ainsi que je l'ai déjà mentionné, débute entre Sidi Achour et le sommet 366; c'est un ruisseau sans importance.
4. À propos de la morphologie des appareils éruptifs des roches acides tertiaires, nous reviendrons plus longuement sur ces divers sommets.
Le bassin de l'Oued Tamanart.
La crête limite du bassin de l'Oued Tamanart a grossièrement la forme d'un trapèze aux côtés parallèles orientés WSW-ENE (fig. 3). Les sommets et les points principaux qui la jalonnent sont, en se déplaçant dans le sens des aiguilles d'une montre et partant de Ras el Kbiba, pointe rocheuse qui sépare la Baie des Beni Saïd de la Baie de Tamanart :
le Djebel Mezaber (43-34, alt. max. 516 m.), le Kef Cheraïa,
le Djebel Amouch (47,5-30, alt. 488 m.),
le Koudiat el Rih,
Bessombourg,
Hadjer bou el Kanoun (35-28, alt. 955 m.), le sommet coté 1062 (34-28),
Hadjer el Muïz (32,5-29, alt. 1.034 m.),
le Col de Terras (33-29,5),
Krenak Zoubia (32,5-32, alt. 849 m.),
le Djebel Aguilmam (37/,5-33,5, alt. 974 m.), Krenak Zardes (33-34,5, alt. 828 m.),
le Koudiat Ouertene (34-34,5, alt. 963 m.), le Koudiat Sedma (36,5-35,5, alt. 835 m.), Sidi Embarek (38,5-37, alt. 805 m.),
la Zeriba Gramoussen (38,5-36),
le Koudiat Tafres (4/-36, alt. 260 m.).
L'Oued Tamanart a son embouchure dans l’anse orientale de la pittoresque Baie de Tamanart, Mersa el Krerba (PI. VI, ph. 2). Il reçoit comme affluents, sur sa rive gauche :
l’'Oued bou en Nebal qui collecte les eaux de la crête du Koudiat Sedma à Sidi Embarek, de la Zeriba Gramoussen et de la ZLeriba Tasga.
l'Oued Mekarrat (— Oued Afensou), lui-même formé par la réunion de l'Oued elli Ankou (— Oued Melkach) et de l'Oued Terzout ; ces deux derniers cours d’eau comprennent, dans l'angle aigu qu'ils forment, le Djebel Messemra (35-32, alt. max. 814 m.).
Sur sa rive droite, il ne reçoit aucun affluent important. La direction générale de son cours supérieur est W-E, celle de son cours inférieur, WSW-ENE. Il débute sous le Col de Terras, coule au pied de Bessombourg, où il se nomme alors Oued Boudoudah, et contourne, par le SE, la masse importante du Djebel Rorbah (38-39, alt. max. 715 m.).
Hormis quelques cultures dans la région de Bessombourg et
20 MARCEL ROUBAULT
de la Zeriba Mougal, le bassin de l'Oued Tamanart est recouvert de forêts dans sa totalité.
Un petit oued indépendant, l'Oued Ali, doit être mentionné ic. Issu de la face orientale de Sidi Embarek, son ravin aboutit dans l'anse Mersa el Krerba, à 300 m. environ au nord de l'embouchure de l'Oued Tamanart.
Le versant nord de la presqu'’ile du Cap Bougaroun.
Une crête continue, en forme d’arc légèrement concave vers le nord, sépare du reste de la presqu'île du Cap Bougaroun une bande septentrionale, parallèle à la côte de Mersa elli Asteur (27-
Sidi Embarek 805 m
NE SW Sidi Embarek
Hallala 700 m
Kt Likerba 646m
NW SE -100 m 80Om O.Medachar PE PEN mi ce FiG. 4. — Coupes topographiques à travers le versant nord de la presqu'ile du
Cap Bougaroun. Echelle des hauteurs et des longueurs : 1/50,000°.
31,5) à l’ouest, au promontoire massif1 qui s’avance dans la mer entre le Cap Bougaroun (PI. IX, ph. 1; PI. X, ph. 2)et la Baie de Tamanart, à l'est. La limite méridionale de cette bande est marquée par le Koudiat Likerba (98, 5-36, alt. 646 m.), le bord) d'Hallala (30-35, 5), le Koudiat Mansaboun (32-34, alt. 958 m.), la crête limite du bassin de l'Oued Tamanart de Krenak Zardes à Sidi Embarek, le Koudiat el Ardem (40, 5-38, alt. 429 m.).
Ce pays, couvert d'un épais boisement de pins maritimes (Forêt domaniale de Bougaroni) a une pente moyenne très forte vers la mer’ pente qui devient souvent vertigineuse aux abords immédiats de la côte (PI. IX, ph. 2; PL X, ph. 1). Du haut des crêtes on domine véritablement la Méditerranée d'un magnifique belvédère naturel, à 800 ou 900 mètres d'altitude, à 2 ou 3 kilomètres à peine dans l'intérieur du massif, La figure 4 montre une série de coupes purement topographiques particulièrement éloquentes.
Sur ces pentes d’arènes granitiques l'érosion travaille avec une intensité prodigieuse (PI. XVIII, ph. 1 et 2). Une série d'oueds sensiblement parallèles descendent à la mer; ce sont de vrais torrents, torrents sans cône d'alluvions puisque les vagues et les courants déblaient au fur et à mesure des apports. Les principaux, déjà mentionnés dans un précédent paragraphe, sont l’Oued Djeballah ben Aïech, l'Oued Medachar, l'Oued bou Salah. La figure #4 donne le protil en long de l’'Oued Medachar.
Sur le flanc occidental du Koudiat Mansaboun (31,5-34,5, alt. 958 m.), entre la crête Bordj d'Hallala-Koudiat Likerba, au nord, et la crête Djebel Aguilmam-Sidi Aïssa (29,5-34, alt. 697 m.) — Koudiat di Safsafa (28,5-34,5, alt. 741 m.) au sud, s'ouvre, face à l’ouest, le profond ravin de l'Oued el Kebir. Son embouchure est au fond de l’anse Mersa elli Asteur, à 500 m. environ à l’est de Ras el Kmaken.
Le bassin de l’Oued Damous.
Le bassin de l'Oued Damous, de superficie un peu plus faible que celui de l’Oued Tamanart, est symétrique de ce dernier par rapport à l'arête méridienne de la Kabylie de Collo (fig. 3). Sa forme générale est celle d'un rectangle aux grands côtés E-W, aux petits côtés N-S ; un deses petits côtés, le côté oriental, est confondu avec la crête Hadjer el Maïz-Djebel Aguilmam. Le marabout de Sidi Aïssa, le Koudiat di Safsafa, le Kefbou Sjar (26-34,5,
1. Ce promontoire ne porte aucun nom sur la carte au 1/50.000€.
22 MARCEL ROUBAULT
alt. 674 m.), la cote 209 (24,5-34,5) situent sa limite septentrionale ; la route du Col de Terras à Laouinat, jusqu'aux abords de la Djemma di el Mzara (24-29) puis la crête cote 766 (24-30) — cote 665 (23, 5-31,5) — Zeriba Damous (23-33) sont ses limites méridionale et occidentale.
L'Oued Damous se jette à la mer au fond d'une gorge étroite qui s'ouvre brusquement entre la Djemma Damous et Rokba di ben el Harrach, à mi-distance entre Ras Medjbar et Ras el Kmaken (PL XII, ph. 2). Ni plaine alluviale, ni baie ne marquent cette embouchure et la côte rocheuse elle-même s’incurve bien faiblement entre les deux caps voisins.
L'Oued Damous (— Oued Tizerbane) résulte initialement de la réunion de deux petits oueds, l'Oued Razane, au sud, et l'Oued di Grandafal, au nord. Il reçoit ensuite comme affluents principaux l'Oued Taliay et l'Oued di Ouled Zaïd. Mais aucun de ces ruisseaux — et je n'ai cité que les principaux — n'a de grande valeur individuelle, Ce bassin est surtout caractérisé par la présence d'une multitude de ravins qui confluent les uns vers les autres en un parfait désordre ; nul massif montagneux de vaste superficie ne se distingue dans tout ce périmétre.
Dans ce domaine, la végétation est absolument uniforme ; la forêt, pins et chênes-lièges, occupe tout le pays.
La face occidentale de la Kabylie de Collo.
Sœur jumelle de la face septentrionale, la face occidentale du massif, de l'embouchure de l'Oued Damous à l'embouchure de l'Oued Zhour, surplombe la mer. Les falaises descendent presque verticalement à la côte et le prolil de Ras Medjbar (PI. NEL ph. 2)est le profil type des montagnes de ce secteur. 740 m. de dénivellation séparent le Koudiat Mechhouda (29-99, 5) de la cote zéro et ceci pour uné distance horizontale de 2 km.
Aucun oued ne draine exclusivement ces arènes granitiques et ces micaschistes : toute une série de petits ravins, la plupart anonymes, se partagent cette tâche. Un seul, Oued Aralad, qui débouche au pied de la Zeriba Kreraïf (20,5-23, 5) creuse une vallée de quelque importance (PI. XIII, ph. 1).
Le bassin de l'Oued Zhour.
Le bassin de l'Oued Zhour, nettement plus vaste que le bassin de l'Oued Damous ou celui de l'Oued Tamanart, occupe, dans la Kabylie de Collo, une surface presque aussi étendue que celui
de l’Oued Guebli (fig. 3). Il confine au nord avec le bassin de l'Oued Damous, au nord-est et sur une faible longueur, de Hadjer el Maïz au col d'El Medjelba, avec le bassin de l'Oued Tamanart, à l'est avec le bassin de l'Oued Guebli, au sud avec le bassin de l’Oued Asfora, affluent de l'Oued El Kebir. A l'ouest, il est séparé de la Méditerranée par une zone parallèle à la côte dont toutes les eaux s'écoulent directement vers la mer.
Dans tout son cours inférieur, l'Oued Zhour traverse une belle plaine alluviale en forme de triangle, largement ouverte vers l’ouest et profonde d'une dizaine de kilomètres CREEXLV ph et 2; PI. XV, ph. 1); pour les indigènes de la contrée, là uniquement est l'Oued Zhour. En amont, après avoir coutourné par le sud le piton conique de la Djemma Taouret Temoun (25-19, 5, alt. 197 m.) et pris une direction méridienne, il se nomme Oued El Kebir, puis Oued bou Lieil, Oued edi Aimmoun, Oued Mendjra et finalement Oued di el M'Katta, à sa source, au pied du Koudiat Achanet1 (29-98,5, alt. 867 m.).
Sur sa rive gauche, et à partir de l’amont, il reçoit : au pied du Kef edi Harbach (27-275), l'Oued Habaïch (— Oued elli Ktounene), drain du profond ravin de Ktounene — l'Oued bou Lile formé par la réunion des Oueds Tameda, di bou Guebli et Beni Markled qui recueillent les eaux de la grande dorsale de la Kabylie de Collo entre l’Aïne Agrer et le Koudiat Tarabib — l’Oued di Bou Dardar (— Oued elli Harrouch) issu des environs de la Maison forestière de Taoulel (31,5-18) — l'Oued di Bou l’'Kela — l'Oued di Allem — enfin, tout près de son embouchure, l'important Oued Bessal (— Oued di Ticemlène — Oued di Bou Nahar) au cours de direction méridienne sud-nord et qui apporte à l'Oued Zhour les eaux d'une fraction importante du Douar Beni Ferguen.
Sur sa rive droite, moins bien pourvue, débouchent seuls l’'Oued elli Dieb au pied de la Maison forestière du Melab (24,5-21,5), l'Oued eddi Kfioune (— Oued Djerrah — Oued elli ben Darouaz) venu du versant oriental du Koudiat edi Laouinat (24-95, alt. 731 m.) et quelques chabas sans importance, collecteurs des eaux de Tahra el Alia et des Ouled Chabene, au bord nord de la plaine.
L'Oued Zhour et ses affluents délimitent plusieurs massifs importants. Ce sont surtout deux digitations secondaires de la grande
1. Cette description du cours supérieur de l’'Oued Zhour résulte de l'examen de la carte au 1/50.000° qui, à leur confluent, donne plus d’importance à l'Oued bou Lieil qu'à l'Oued Habaïch. En réalité, ces deux derniers oueds sont équivalents et la distinction faite est tout arbitraire.
2% MARCEL ROUBAULT
dorsale méridienne, la montagne de la Zeriba Habaïch et de Krenak eali Laffeur (3f,5-25), entre lOued Habaïch et l'Oued Bou Lile, puis le Djebel Tamazouch (29-91, alt. 463 m.), pays Djezia, bordé sur trois côtés (N, W et S) par l'arc continu des oueds bou Lile, El Kebir et di bou Dardar. Au sud du parallèle de la Djemma Taouret Temoun, la topographie est beaucoup plus confuse et rappelle fort, avec ses multiples ravins divergents, le faisceau touffu des affluents de l'Oued Damous; à l'extrême ouest, toutefois, l'arête Srah di Ticemlène possède une certaine individualité.
La région de l’'Oued Zhour présente enfin une intéressante particularité. Un important cordon de dunes, d’une longueur de près de 4 km. et d’une profondeur maximum de 2 km., court le long de la plage et barre presque totalement l'entrée de la vallée du côté de la mer (PI. XIV, ph. 2: PL XM/ph#2):
La plaine alluviale, très fertile, est entièrement couverte de cultures, sorgho et une assez belle olivette près de l'Oued Bessal; hormis quelques pentes dénudées aux abords de la Zeriba Chouf, toute la partie montagneuse du bassin est le domaine de la forêt de chênes-lièges (PI. I).
Le bassin de l’'Oued El Kebir.
L'Oued El Kebir, le Rhumel de Constantine, n’a de rapports avec la Kabylie de Collo que par les tout derniers kilomètres de son cours, en aval d'El Milia, et par son affluent l'Oued Asfora.
La portion de son bassin qui nous intéresse, aux limites arbitraires, a la forme d'une étroite bande parallèle au bord méridional des feuilles Oued Zhouret Collo. Au NW, ce district s'arrête à la mer; au nord, la ligne sinueuse Kef Sidi Abd er Refia (11- 17) — Koudiat Yacoub (11,5-16) — Aïnen Zekka (16-15, alt. 636 m.) — Srah di Ticemlène — Djebel Bou Bazil (20,5-15, alt. 629 m.) — Bou el Adam — Rokba di Kandour le sépare du bassin de l'Oued Zhour; à l’est, enûn, il est contigu au bassin de l'Oued Guebli par la grande crête méridienne Djebel Goufi — Aïn Kechera, de Rokba di Kandour aux abords de la Maison forestière d'Aïn el Berda (36-10,5). |
La partie orientale du pays ainsi délimité déverse ses eaux dans l'Oued Asfora ; le versant méridional de la crête de Bou el Adam (25-14) est assez régulier et en pente douce, la région de Sidi Abd el Krim (33,5-14,5, alt. 569 m.)et de la Zeriba Tazerout, par contre, est beaucoup plus accidentée,
Les montagnes à l'ouest de Srah di Ticemlène sont directement tributaires de l'Oued el Kebir; de part et d'autre de la basse
ct
plaine alluviale se dressent deux massifs, celui des Beni Bel Aïd au NE, l'extrémité septentrionale du Douar el Djenah, au SW.
Enfin, un cordon de dunes, moins important que celui de l'Oued Zhour, obstrue quelque peu le débouché de la vallée vers la mer.
Une zone triangulaire, comprise entre la mer, le bassin de l'Oued el Kebir et le bassin de l'Oued Zhour, est autonome au point de vue hydrographique; la pente moyenne de ce versant est forte mais néanmoins n'atteint pas la valeur de celle des faces nord et ouest de la presqu'île du Cap Bougaroun. Plusieurs oueds en recueillent les eaux ; un seul mérite d’être signalé, l'Oued Bichir dont l'embouchure est à l'extrémité occidentale des dunes de
l'Oued Zhour.
IT. CONCLUSIONS
Caractères géographiques essentiels de la Kabylie de Collo.
Cette rapide description du pays permet de voir, malgré l’extrême complexité de son orographie, quels en sont les caractères dominants. Ils peuvent être ainsi énoncés :
Ravins innombrables et profonds entaillant le massif d'autant de véritables gorges parcourues par des oueds permanents.
Altitude moyenne forte, avec des sommets très élevés à proximité immédiate de la mer, en particulier sur les faces septentrionale et occidentale de la presqu'ile du Cap Bougaroun; les exemples les plus frappants sont le Koudiat Sidi Embarek (alt. 805 m.) à 2,5 km. de la côte et le Koudiat Mechhouda (all. 740 m.) à 2 km. de la falaise occidentale.
Ces montagnes ont, par excellence, un relief jeune, encore en pleine évolution morphologique ; cette évolution est très rapide dans un pays aussi pluvieux et dont les cours d’eau se jettent à la mer quelques kilomètres seulement après avoir pris leur source à plusieurs centaines de mètres d'altitude. Les observations exposées dans les chapitres suivants montreront combien tout ceci est en parfait accord avec l’histoire géologique du pays.
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CHAPTIRE II