I. HISTORIQUE
Les prospecteurs de mines semblent bien avoir été les premiers à s'intéresser à la nature géologique de la Kabylie de Collo. En effet, dans la bibliographie, on ne trouve aucune allusion à la constitution du sol de ce pays avant 1882, alors que la demande de concession des mines de fer d’'Aïn Sedma (Rapport de l Ingénieur ordinaire Granb, contresigné par l'Ingénieur en chef Tissor) date de juin 1877; à ce rapport est annexée une petite carte géologique à l'échelle du 1/40 .000° du secteur intéressé, sur laquelle sont mentionnés des trachytes, des serpentines et des affleurements de l'« Étage nummulitique métamorphisé ».
En 1882, Parrax [ 49}, à propos de la Carte géologique du Département de Constantine, publiée alors par Tissot {70}, écrit :
« Le massif de Collo présente à sa partie inférieure des granites à grain fin, durs et compacts, qui ne se montrent que sur de très petits espaces et qui sont immédiatement recouverts par de belles serpentines avec fer chromé, rognons de carbonate de magnésie et lentilles de calcaires faiblement nickelifères. Au-dessus des serpentines, vient la série des roches trachytiques qui forment la partie la plus développée du massif. »
Cette courte et vague description, vraisemblablement faite à l’aide des seuls documents recueillis dans la petite région d'Aïn Sedima, n'apporte aucun fait nouveau par rapport à la demande de concession des mines d'Aïn Sedma dont elle est manifestement inspirée; elle comporte au surplus une généralisation inexacte concernant la nature de « la partie la plus développée du massif », généralisation qui semble bien ne reposer sur aucune observation précise.
En 1889, Pouez donne une Description stratigraphique générale de l'Algérie [51] à laquelle est jointe une Étude succincte
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sur les roches éruplives de cette région, par J. Curie et G. FramanD [6]. Dans cette dernière étude, huit pages sont consacrées au massif de Collo et c’est là, sans conteste, le premier travail géologique de quelque intérêt que l'on possède sur ce pays. Les principaux types de roches y sont soigneusement décrits, bien que les auteurs aient en vue, de façon exclusive, la partie orientale du pays, entre le Cap Bougaroun et Collo. Une minute de carte, aux contours très embryonnaires et vagues, conservée dans les archives du Service de la Carte géologique de l'Algérie, montre qu'ils avaient entrevu la limite approximative vers l'ouest du granite et de l'Eocène ; malgré cela, il est fort probable que le « bled » leur était pratiquement inconnu au delà du méridien de Bessombourg et qu'ils n'avaient guère circulé dans l'intérieur, en dehors du secteur d'Ain Sedma et de la route de Collo à Cheraïa.
L. Gexriz publie, en 1694, une courte note Sur un gisement d'apophyllite des environs de Collo [20], bientôt suivie d’un mémoire plus détaillé sur ce gisement qui lui avait été indiqué par J. Curix. En 1896, le même auteur donne quelques détails nouveaux dans ses Matériaux pour la minéralogie de l'Algérie [21]. De cette époque (1893-1895) date le premier tome de l'important ouvrage de M. Alfred Lacroix sur la Minéralogie de la France et de ses Colonies [75]; dans les divers volumes sont décrits quelques minéraux de la Kabylie de Collo, pour la plupart, d'ailleurs, communiqués à l’auteur par L. GENTIL.
P. Termier, en 1903, dans une note Sur les roches granitiques et sur les terrains cristallophylliens du massif des Beni-Toufout, entre El Milia et Collo (Algérie) [68! attribue un âge éocène à l’ensemble du complexe métamorphique du Sud de la Kabylie de Collo.
Après cette publication parait une Étude sur les gisements mélallifères de l'Algérie, due à M. Dusserr [13-14], étude uniquement consacrée aux mines et qui contient quelques courts paragraphes sur les gîtes de la région d'Aïn Kechera. A la même époque, M. L. Jockaun publie son important mémoire de thèse intitulé Etude géologique sur la Chaine numidique et les Monts de Constantine [33]; la Kabylie de Collo est en dehors de la région visée par ce travail et l’auteur se borne à y faire quelques allusions dans l'introduetion géographique et dans le chapitre sur les grès éocènes. Aucun travail géologique nouveau n'est publié de 1912 à 1924 : dans trois notes successives, M. À. Lacroix (40-41-42! précise alors les caractères essentiels des roches de l'Afrique du Nord et, à ce propos, traite de plusieurs roches intéressantes des environs immédiats de Collo.
LA KABYLIE DE COLLO 29 Enfin, depuis 1931, j'ai publié plusieurs courtes notes préliminaires soit seul [52 à 60], soit en collaboration avec M. G. Bérier quand il s'agissait des environs d’Aïn Kechera ou d'El Milia [3-4].
Les cartes géologiques au 1/50.000€ des secteurs limitrophes, accompagnées de notices détaillées, ont été publiées dans l’ordre suivant :
Saint-Charles en 1912 par L. JoceauD [34}, Philippeville en 1914 par L. JockauD {36}, Æl Milia en 1928 par F. EnrMan |16|}, Aïn Kechera en 1933 par G. Bérier [1].
En dehors des notes ou ouvrages ci-dessus énumérés, on trouve quelques phrases sur la Kabylië de Collo dans les travaux de plusieurs auteurs, mais sous forme de simples allusions qui n'apportent pas de précisions nouvelles sur la structure du pays ou la nature de son sol (G. Bérier [2], J. Savornix [63]) ou qui, le plus souvent, attribuent simplement au massif telle ou telle place dans l'orogénèse et la tectonique algérienne (L. JoLEAUD
[37-39], L. GLaxceaup [30].
En résumé, ce court exposé montre amplement que la géoloaie de la région dont j'ai entrepris l’étude était peu connue au moment de mes premières campagnes. Une quinzaine de notes au total ont eu ce pays pour objet; plusieurs sont des notes de pure minéralogie ou ont trait aux minerais métalliques. En dehors des publications de Parran et de Tissor, d'intérêt purement historique, il n’est pas excessif de dire que seuls le travail de J. Curie et G. FLamanp et les notes pétrographiques de M. A. Lacroix ont apporté une contribution utile à la connaissance du sol de la presqu’ile du Cap Bougaroun et des montagnes voisines.