‹ La kératose syphilitique plantaireChapitre 5 sur 10 · DE: LA · texte numérisé non relu

DE: LA

KÉRATOSE SYPHILITIQUE PLANTAIRE

Ayant eu l’occasion d'observer trois cas de kératose plantaire d'origine syphilitique dans le servicé de M. le professeur Gaucher à l'Hôpital Saint-Louis et sur les conseils de notre maître, nous avons pensé qu'il serait assez utile de rassembler les quelques observations que nous avons pu nous procurer ayant trait à cette affection et d'en extraire les caractères particuliers, pour jeter si possible quelque clarté dans le groupe encore obscur des kératoses.

On appelle kératose un accroissement anormal de tissu corné qui peut se faire en un point quelconque du revêtement épidermique.

C’est en somme une hypertrophie des cellules qui constituent les diverses couches de l’épiderme, c'est-àdire une prolifération d'éléments cellulaires qui ne sont ni dégénérés ni envahis par des substances étrangères à leur composition mais qui, sous l'influence de causes très diverses exagèrent leur activité nutritive et reproductrice avec une prédominance très nette de l’assimilation sur la désassimilation.

Or cette hypertrophie cellulaire siège presque uniquement dans la couche épidermique. On a pu acces-

nie soirement observer une augmentation du volume des papilles ainsi qu’un accroissement de leur vascularisation.

Mais il n’en est pas moins vrai que l’altération principale de la morphologie cellulaire siège dans les couches épidermiques et paraît même débuter dans la couche épineuse du corps muqueux de Malpighi puisque l’on a pu dire que la kératose au début était surtout une « acanthose ».

Il nous paraît donc rationnel d'employer le moins possible dans la terminologie dont nous nous servirons au cours de cet exposé le mot assez généralement usité de kératodermie, mot auquel quelques auteurs ont même voulu donner la signification très spéciale de kératose limitée aux extrémités. Il serait évidemment plus exact de dire kérato-épidermie. -

Nous ne voyons pas davantage la nécessité d'employer le mot d'hyperkératose. Lorsque les cellules fonctionnent avec leur activité normale, le processus physiologique s'appelle la kératinisation, La dénomination de kératose suffit donc, selon nous, à indiquer qu'il s’agit d’un processus anormal qui peut évidemment présenter des degrés d'intensité très variables.

On sait en effet que le revêtement épidermique de l’homme ne réagit pas de la même façon dans son intégralité et que certaines régions sont beaucoup plus aptes que d’autres à fournir à l’envahissement kératosique un terrain favorable. ne .

La plante des pieds et la paume des mains présentent sous ce rapport une aptitude toute particulière.

Chez un homme normal, alors que le revêtement épi-

eu

dermique de la tête, du tronc et des membres subit constamment une desquamation furfuracée qui le débarrasse des cellules déchues dont l'accumulation ne pourrait qu'obstruer ses canaux excréteurs et sécréteurs, l’épiderme des mains et des pieds présente à de certains moments, sous l'influence de causes extérieures très diverses, une hyperactivité fonctionnelle qui aboutit à une kératose légère, peu durable, mais néanmoins facilement constatable par la desquamation de lambeaux cornés assez étendus. Ce sont en effet des régions épidermiques très spécialisées. Elles ont une structure qui n'a pas d’analogue en d'autres parties du corps. Elles ont une situation périphérique qui les expose constamment aux influences extérieures, elles sont enfin destinées à remplir des fonctions très particulières qui nécessairement entraînent une modification de structure plus ou moins accentuée. Dès que l’épiderme palmaire ou plantaire est contraint à se défendre, soit contre de brusques changements de température, soit contre des pressions ou des froitements qui altèrent sa vitalité, soit contre des corps irritants ou toxiques qui nuisent à son fonctionnement normal il réagit constamment de la même façon quel que soit l’ennemi à combattre. Il exagère son activité cellulaire et s’entoure pour mieux résister d’une véritable cuirasse que nous appelons kératose. S

C'est ce qui explique la fréquence relative des affections kératosiques palmaires et plantaires et les nombreuses variétés de ces kératoses auxquelles on pourrait

accorder l’épithète de banales.

Comme elles peuvent être la consèquence d’influences extérieures mécaniques chimiques ou climatériques; comme elles peuvent succéder à des maladies très diverses, les unes généralisées ou diffuses, les autres localisées, il est très difficile d'établir pour elles une classification satisfaisante.

La banalité du syndrome fait que l’étiologie seule au fur et.à mesure qu’elle s’éclaircira permettra de faire un classement rationnel.

Quelles sont donc les causes actuellement connues de ces hypertrophies du tissu épidermique ?

Il est tout d’abord évident que ces kératoses ne se développeront que chez des individus dont les cellules épidermiques sont naturellement prédisposées à exagérer leur activité nutritive et reproductrice. C’est là si l’on veut la cause primordiale que l’on peut appeler diathésique ou prédisposante.

Mais si nous portons en nous les raisons de nos maladies, nous ne sommes pas responsables des causes

déterminantes de ces maladies. Aussi devons-nous nous efforcer de rechercher quelles influences sont capables

chez un sujet prédisposé de favoriser l’éclosion de la kératose. |

Cela revient à se demander comment il serait rationnel de faire une classification véritablement étiologique de cette affection.

A l’heure actuelle, il existe deux classifications, classiques pourrait-on dire, des kératoses. |

Besnier les range en quatre espèces et leur garde le nom de kératodermies, ,

ES aires

Il distingue :

1° La kératodermie symétrique des extrémités, affection congénitale et héréditaire que certains ont assimilé . à de véritables nævi 3

2 La kératodermie symétrique des extrémités qui se développe dans la seconde enfance et à laquelle il donne le nom de kératodermie érythémateuse, irritable ;

3° La kératodermie des extrémités, en foyer, à laquelle il assigne hypothétiquement une origine tropho-névrotique centrale ; |

4° La kératodermie essentielle qui se confond avec les callosités proprement dites. >

Comme on le voit cette classification est plutôt une classification topographique qu’une classification éliologique.

La seconde classification est due à M. W. Dubreuilh.

Il distingue deux grands groupes de kératodermies : les kératodermies proprement dites et les kératodermies symptomatiques.

Dans le premier groupe des kératodermies proprement dites il fait entrer :

1° La kératodermie symétrique congénitale et héréditaire ;

2° La kératodermie acquise des adultes;

3° L’érythème kératosique de Brooke ;

4° La kératodermie par intoxication arsénicale.

Dans le groupe des kératodermies dites symptomatiques, il range les kératodermies liées à l’existence de diverses dermatoses : eczéma, psoriasis, lichen plan, pityriasis rubra pilaire, et celles qui résullent de l'in-

pe

fection blennorragique et de l'infection syphilitique.

Pour conclure et en se basant sur cette classification en somme satisfaisante, on peut considérer deux grandes catégories de kératoses, celles dites essentielles, ce qui n’est qu’une appellation destinée à voiler l’ignorance qui règne au sujet de leur étiologie, étiologie pour laquelle sont permises toutes les hypothèses parasitaires et microbiologiques, et les kératoses dites symptomatiques c’est-à-dire celles dont la cause essentielle nous échappe évidemment aussi mais qui se développent au milieu d’autres symptômes bien déterminés ; soit une affection diathésique de la peau soit une infection ou une intoxication générale de l’organisme.

Dans cette réunion d'affections kératosiques, quelques-unes seulement apparaissent bien individualisées et émergent pour ainsi dire par leur étiologie bien distincte ou par certains caractères particuliers de l’ensemble des kératoses.

Mettons d’abord de côté la kératose symétrique. acquise des adultes qui n’est qu’un groupe artificiel et provisoire destiné à s’effriter peu à peu et sert uniquement de rubrique à une classe dans laquelle on range toutes les hyperproductions cornées auxquelles on ne peut assigner aucune cause appréciable.

Laïissons aussi à part les productions kératosiques liées à l'existence d’une autre dermatose et qui ne peuvent se distinguer et se classifier que par la constatation de l'affection diathésique concomittante, c’est-à-dire les Kkératoses consécutives à un eczéma, à un lupus, à un pso-

riasis, à un lichen plan, à un pityriasis rubra pilaire,

Page 1