AN TE LUCEM
Et, devant ce spectacle, impondérable atome, De ces jours sans soleil j'évoque le fantôme.
Tout change à mes regards; le présent disparait;
Nos villes à leur tour font place à la forêt;
Tout retombe en oubli, tout redevient sauvage;
Nul pas civilisé ne foule le rivage
Du grand fleuve qui roule, énorme et gracieux,
Sa vague immaculée à la clarté des cieux !
De ton tiède Midi jusqu'aux glaces du pôle,
Tes hauts pics n'ont encor porté sur leur épaule,
0 Canada, connu du seul oiseau de l'air,
Que l'ombre de la nue et le choc de l'éclair!
Tout dort enveloppé d'un mystère farouche.
Seul, parfois, quelque masque au regard sombre et louche,.
Effaré, menaçant comme un fauve aux abois,
Apparaît tout à coup dans la nuit des grands bois!...
Quels tableaux! —
Et devant cette nature immense.
Dans un rêve profond qui souvent recommence, Je crois entendre encor bourdonner dans les airs Les cent bruits que le vent mêle, au fond des déserts,.
Au tonnerre que roule au loin la cataracte.
Puis je tombe à genoux : — sublime et dernier acte
Ou prologue plutôt du drame éblouissant
Qui va donner un peuple à ce pays naissant, —
Sur ces bords inconnus pour le reste du monde,
Sur ces flots que jamais n'a pollués la sonde,
Sur ces parages pleins d'une vague terreur.
Sur cette terre vierge oii plane en son horreur
Le mystère sacré des ténèbres premières.
J'ai vu surgir, foyers de toutes les lumières.
Dans un rayonnement de splendeur infini.
Le soleil de la France et son drapeau béni*!