PREMIÈRE MESSE
Voici du Saguenay la gorge énorme et sombre !
Notre steamer, au fond d'une anse pleine d'ombre, Dormait tout essoufflé comme un grand cachalot. Nous avions pris pour guide un jeune matelot Qui, nous avait-on dit, connaissait bien la côte. Nous gravîmes d'abord une berge assez haute; Puis un sentier, perdu sous les arceaux géants De vieux ormes penchés sur des ravins béants Au fond desquels grondaient d'invisibles cascades. De détour en détours et d'arcade en arcades,
Nous conduisit au bord d'un plateau rétréci, Où le guide fit halte, et nous dit :
— C'est ici!
Nous étions parvenus sur un coin de falaise, Véritable balcon d'où l'on pouvait à l'aise Contempler dans sa fière et rude majesté Du morne Tadoussac l'horizon tourmenté.
Du haut de ce plateau, dans cette nuit tombante. L'ombre était solennelle et la scène absorbante. Ici, le Saint-Laurent qu'on entend bourdonner Vaguement, et qui laisse à peine deviner Ses lointains vaporeux noyés dans les ténèbres. Là, le Saguenay noir, avec ses pics célèbres Qui, jetant des flots d'ombre opaque aux alentours. Semblent comme un amas de fabuleuses tours Pleines de je ne sais quel farouche mystère, Dressé là pour garder la ténébreuse artère.