‹ La lâegende d'un peupleChapitre 27 sur 67 · LE FRÊNE DES URSULINES · texte numérisé non relu

LE FRÊNE DES URSULINES

Il semblait à nos yeux un pilier des vieux âges, Ce vieux tronc qui brava tant de vents en courroux. Il avait sur nos bords vu les Pâles-Visages

Remplacer les grands guerriers roux.

Aigrette énorme au front du vaste promontoire, Colosse chevelu dans le roc cramponné, Il avait vu passer bien des jours sans histoire Au sommet de Stadaconé.

102 LA I,l<GItNI)E D'LN PEUPLE.

Son ombre avait couvert bien des bivouacs sauvages, Abrité bien longtemps des hordes aux flancs nus, Tandis que le grand fleuve à ses mornes rivages Jetait ses sanglots inconnus.

Il savait des secrets que nul œil ne devine ; Quand, un jour, face à face, il vit — aspect troublant- Sur le même rocher surgir la croix divine A côté d'un long drapeau blanc.

Et puis, de siècle en siècle et d'année en année, L'arbre antique vécut — flux et reflux du sort — La légende sublime où notre destinée A pris son incroyable essor.

Jl vit tous nos héros ; il vit toutes nos gloires ; Il vit nos fiers travaux et nos saints dévoûments Il vit notre abandon, nos stériles victoires, Avec leurs sombres dénoûments.

Page 1