LK VIEUX PATRIOTE
Je me moque du reste.
Et puis voyons, que diantre !
Si nous étions restés, comme on dit, à plat ventre, Ainsi que j'en connais, courbés sous le mépris De ceux qui nous voulaient aplatir à tout prix; Si nous eussions subi la politique adroite Dont on cherche à leurrer les peuples qu'on exploite ; Que dis-je? non contents du titre de sujets, Si nous avions servi les perfides projets De ceux qui nous voulaient donner celui d'esclaves, Dites-moi donc un peu, que serions-nous, mes braves?
Quand furent épuisés tous les autres moyens^ Nous avons dit un jour : — Aux armes, citoyens !..,
Nous n'avions pas, c'est vrai, de très grandes ressources ; Nous avions même un peu le diable dans jnos bourses; Il fallait être enfin joliment aux abois. Avec de vieux fusils et des canon^ de bois *-,
256 LA LÉGliNDli D'UN PEUPLE.
Pour déclarer ainsi la guerre à l'Angleterre ; Mais des hommes de cœur ne pouvaient plus se taire. Plutôt que sous le joug plier sans coup férir, Nous avons tous jugé qu'il valait mieux mourir.
Le premier résultat fut terrible sans doute; Bien du sang généreux fut versé sur la route ; Sur les foyers détruits, bien des yeux ont pleuré ; Mais, malgré nos revers, peuple régénéré, Nous avons su montrer — que l'heure en soit bénie Ce que peut un vaincu contre la tyrannie.
Au reste, l'on a vu le parlement anglais
— Qui ne vient pas souvent pleurer dans nos gilets,
Et qu'on accuse peu de choyer ses victimes —
Déclarer par le fait nos griefs légitimes.
Les droits qu'on réclamait, il les reconnut tous!
Et l'on nous traite encor de drôles et de fous!...