‹ La lâegende d'un peupleChapitre 58 sur 67 · SPES ULTIMA · texte numérisé non relu

SPES ULTIMA

Sans doute, et cependant pas en vrai Canadien ; Pas en Anglais non plus, faut pas dire ça, dame !

— Moi, fait le père Aubry, je suis Français, madame.

— Français? eh ben, pardi, c'est dans nos environs;

Pour être Canadiens on n'est pas des Hurons.

On est tous des Français, nous aussi, que je pense!

— C'est vrai; mais moi je suis un Français... de la France.

— De la France? eh ben, nous, de quel pays est-on? Sommes-nous par hasard des Français de Boston? 11 n'est pas de Français sans France, que je sache!

Le bon vieux professeur riait dans sa moustache.

— Pardonnez-moi, dit-il, vous ne comprenez pas. Vous êtes née ici; moi je suis né là-bas...

Né là-bas ! c'était là presque du fantastique. La marchande, à ces mots, laisse là sa boutique, Et, tandis que son œil commence à se troubler, S'avance, et d'une voix que l'émoi fait trembler :

— Vous êtes né là-bas, vous! dit la femme en transe ; Vous êtes né là-bas!... dans notre vieille France ? Vous en venez?

— Mais oui, dit notre humble savant.

Pour vous servir. Bonjour, madame !

Mais avant Qu'il eût tourné le dos pour reprendre sa route, La vieille, qui craint fort que quelqu'un ne l'écoute. Le saisit par la main, et, furtive, guettant

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