‹ La lâegende d'un peupleChapitre 66 sur 67 · A MON FILS · texte numérisé non relu

A MON FILS

Regarde, mon enfant, ce chiffon souverain

Qui mêle — avec l'azur du firmament serein —

Dans l'éclat radieux de son pli tricolore.

Aux rougeurs du couchant les blancheurs de l'aurore

Ces trois couleurs, drapant de leurs pures clartés

Trois principes féconds dans un seul reflétés,

C'est, insigne éternel de toute indépendance,

— Chapeau bas, mon enfant ! — le drapeau de la France !

Ecoute! ce drapeau n'a pas encor cent ans;

Et, sur nuls bataillons aux panaches flottants/ '''^'^-^-

Se ruant noir de poudre au milieu des mêlées ;

Sur nul rempart crachant les bombes par volées ;

A nul mât d'artimon secouant sous les cieux >vi-.;^^. ?>-

Le pavillon vainqueur d'un peuple ambitieux;

Sur la terre ou les flots, jamais l'âpre rafale,

— Non, jamais, même aux jours de clameur triomphale, -

N'a déroulé de plis, aux yeux de l'univers.

Par des noms immortels plus noblement couverts!

Non, il n'a pas cent ans. Quand l'humanité sainte, — Après avoir vidé plein sa coupe d'absinthe, — Dans le trouble orgueilleux de sa maternité. Sentit naître en son flanc la vierge Liberté, Comme un astre porteur de consolants présages, Il monta souriant à l'horizon des âges.

Les peuples, gouvernés en troupeaux de moutons, Vers le progrès divin s'avançaient à tâtons ; qv>V^ La France monarchique, un soufllet sur la joue,

Ayant vu sa grandeur s'écrouler dans la boue, Les bras levés au ciel, attendait en chemin Le solennel moment du grand réveil humain.

Le labarum nouveau dissipa les ténèbres.

Le vieux monde frémit jusque dans ses vertèbres. Écrasant du talon tous les nids de vautours, Balayant d'un seul coup la Bastille et ses tours. Le peuple se leva sombre et vengeur; la France, Poussant aux quatre vents son cri de délivrance, Ébranla pour toujours les trônes délabrés Du retentissement des vieux pouvoirs sombres!

Épouvantés, les rois vont se liguer contre elle...

Ne crains rien, mon enfant, la France est immortelle!

Vois défiler là-bas tous ces joyeux conscrits. Enfants de leur village ou gamins de Paris, Sans vivres, sans souliers, chantant la Marseillaise; Ils vont des temps nouveaux proclamer la genèse, Et, sous le drapeau neuf, symbole de leurs droits. Sauver la République en bousculant les rois ! •-*'*^'

Puis commence, géante, incroyable, inouïe, Se déroulant aux yeux de l'Europe éblouie. L'héroïque légende où l'univers entier Au subhme haillon dut demander quartier. Oui, ce haillon troué, mais que la gloire inonde, A passé, mon enfant, sur le ventre du monde !

Incline-toi devant ses lambeaux vénérés !

Avec tout ton amour baise ses plis sacrés ;

Car ce drapeau sans peur, digne des chants d'Homère,

Ce drapeau, mon enfant, c'est celui de ta mère!

Il fut vaincu, c'est vrai ; plus tard la trahison Déshonora son aigle et souilla son blason ; Mais lui, sans tache même au jour de la défaite, Toujours fier, toujours pur, il brille encore au faîte De tout ce que le siècle a produit de plus grand; C'est l'emblème sacré, c'est le témoin flagrant Des conquêtes du droit contre la tyrannie.

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0 drapeau! si jamais un Français te renie.

Que dis-je? si la France, oubliant tes splendeurs.

Sous un autre guidon cherchait d'autres grandeurs.

Nous, ses enfants lointains, nous l'aimerions encore ;

Mais, fidèles à toi, glorieux tricolore.

Nous te clouerions au mât comme un cher souvenir

Que nos vieillards viendraient saluer et bénir.

En tournant leurs regards vers un temps plus prospère.

Et toi, mon fils, toujours Français comme ton père. Quand je ne serai plus, que tu seras plus vieux. Oh! ne laisse jamais le lâche ou l'envieux Flétrir ce défenseur de toute cause juste.

Et puis, ô mon enfant, si la bannière auguste Devait cesser de luire au soleil canadien, Sois son appui suprême et son dernier gardien

sous LA STATUE DE VOLTAIRE

Ceci, c'est donc Voltaire!

Oui, je reconnais là Ce « sourire hideux » que Musset flagella. Le bronze grandit l'homme et lui donne du torse ; Mais c'est bien là toujours la même lèvre torse, Qui, de miel pour les rois — ô rictus exécré ! — Soixante ans insulta tout ce qui fut sacré, Et dont, ô mon pays, sur ta sainte blessure. Vint rejaillir un jour la lâche éclaboussure.

Donc te voilà, Voltaire! eh bien, lève un instant

La membrane qui bat sur cet œil clignotant;

Dresse la tête, et puis laisse tomber le tome

Que tu tiens à la main. Bien! maintenant, grand homme,

De ta bouche détends un peu les plis amers,

Et regarde là-bas, au bout des vastes mers! f

Vois-tu ces champs sans nombre où les moissons abondent?

Ce fleuve sillonné par des flottes que boudent

Les richesses des deux hémisphères? Vois-tu

Ce progrès qui, sortant de tout sentier battu.

Loin du pâle émeutier comme des cours serviles.

Défriche la forêt pour y fonder des villes?

Vois-tu ces bourgs nombreux et ces fières cités,

Où fleurissent en paix toutes les libertés.

D'où les produits du sol et celui des usines

S'en vont alimenter les nations voisines.

Où tout un peuple enfin, généreux et vaillant,

Grandit, et sait encor prier en travaillant?

Tu vois tout, n'est-ce pas?

Très bien, regarde encore!

sous LA STATUE DE VOLTAIRE. 309

Plus loin! vois ce pays immense que décore

Un ciel fait pour nourrir des poitrines d'airains,

Sol auquel il ne faut que des bras et des reins

Pour que ses prés sans borne et ses plaines fécondes

Deviennent à jamais le grenier des deux mondes!

Enfin, vois tous ces grands territoires ouverts

Aux avatars futurs d'un nouvel univers,

Où serpente déjà la route colossale

Qu'avait rêvée un jour Cavelier de La Salle,

Empire qui, baigné par ses trois océans,

Peut embrasser l'Europe entre ses bras géants!

Et dis-moi maintenant, de ta voix satanique

Qui crut pouvoir flétrir par sa verve cynique,

Dans un libelle atroce, ignoble, révoltant.

L'héroïne que tout bon Français aime tant!

De ta voix qui, mêlant l'ironie à l'astuce.

Raillait la France afin de mieux flatter la Prusse,

Et qui savait si bien, ô galant troubadour,

En huant Jeanne Darc chanter la Pompadour !

Dis-moi, de cette voix tant de fois sacrilège.

Ce que valaient pourtant quelques arpents de neige " /

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