‹ La laitière de Montfermeil (volume 2)Chapitre 18 sur 42 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Cl QU'ON AVAIT PBÉVD.

Le lendemain de la scène qui venait de se passer à son hôtel, M. de la Thomassinière partit avec Athalie pour l'Angleterre, où ils résolurent de rester jusqu'à ce qu'on eût oublié à Paris le scandale que la grosse maman avait causé ; quant à celle-ci, on la fit repartir sur-le-champ pour son village, avec défense expresse de le quitter jamais, sous peine de se voir retirer les deux cents francs de pensîoa que son généreux fils voulait bien lui faire.

La sottise de la Thomassinière, qui rougissait de sa mère depuis qu'il avait fait fortune, la petitesse d'Athalie, qui avait feint de se trouver mal pour ne pas embrasser la mère Thomas, rendirent 'eur éloignement peu sensible à Auguste ; mais ce n'était que ±ez eux qu'il voyait M. de Cligneval, et Bertrand disait :

— Il me semble, mon lieutenant, que nous n'entendons pas parler de ce marquis qui vous doit cent louis?

— Peut-être aujourd'hui aurai-je des nouvelles.

— Et la petite laitière, quand irons-nous la voir? la remercier de ce qu'elle vous a apporté? les poulets étaient excellents! j'ai été obligé de les manger, moi, pendant que vous dîniez en "*ille...

— Jj ne crois oas que Denise songe beaucoup à noua!..

DE MOXTFERMEIL. 203

n'a-t-elle pas un amoureux?... ne doit-elle pas se marier?..

— Esl-ce une raison pour ne point la remercier de ses pou lets, mon lieutenant?

— Elle venait peut-être à Paris pour m'inviter à sa noce.

— Je ne sais ce quelle venait faire... mais elle semblait pénétrée en s'éloignant. Elle a dit qu'elle ne vous dérangerait plus., et j'ai vu des larmes dans ses yeux; ça m'a ému, moi, je l'avoue., cette petite est si gentille, et on voit bien que ses pleurs ne son pas de contrebande.

Auguste semble réfléchir à ce que dit l'ancien caporal, lorsqu'on sonne avec violence. Bertrand vient annoncer qu'un vieux monsieur, qui a la figure toute renversée, demande M. Dalville, et Auguste reconnaît avec surprise M. Monin, dont les yeux, plus effarés que de coutume, semblent annoncer quelque événement extraordinaire.

— C'est vous, monsieur Monin? dit Dalville en présentant un siège à l'ex-pharmacien, qui, malgré son trouble, répond en s'asseyant :

— Gomment va l'état de votre santé, monsieur Dalville?

— C'est à vous que je dois demander cela, monsieur Monin ; vous avez l'air d'avoir quelque chose... puis-je savoir?...

— Oui, monsieur... j'ai quelque chose de moins!... c'est pour cela que je suis venu...

— Comment! de moins, monsieur Monin !... je ne vous comprends pas.

— Est-ce que vous ne savez pas ça?

— Quoi? monsieur Monin!

— Ce que je viens de vous dire?

— Pas encore; mais si vous vouliez vous expliquer...

— Monsieur, c'est que ça m'a donné un coup!

— Il me paraît en effet que vous êtes un peu troublé...

— Est-ce que ça ne vous a pas fait le même effet?...

— Je ne sais pas encore quel effet cela me fera, monsieur Monin, et en quoi me regarde ce que vous venez me dire...

— Ah! monsieur Dalville... si nous avions pu deviner; si nous avions pu prévoir... mais, dame ! on n'est pas sorcier ; c'est ce que j'ai dit à Bichette ce matin, parce qu'elle voulait me reftrer ma tabatière...

— Je n'ai jamais présumé que vous étiez sorcier, monsieur

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