‹ La laitière de Montfermeil (volume 2)Chapitre 41 sur 42 · CELUI QU'ON DEVAIT ATTENDRE. — RETOUR AU VILLAGE · texte numérisé non relu

CELUI QU'ON DEVAIT ATTENDRE. — RETOUR AU VILLAGE

Virgile marchait sans trop savoir où elle irait ; elle cherchait dans sa înénnire qui pourrait l'obliger, et la mémoire est souvent en défaut quand on lui demande le nom d'ui. véritable ami. Si Cézarine eût été encore à Paris. Virginie n'aurait point hésité à se rendre chez elle, parce qu'elle connaissait la bonté de son cœur; mais Cézarine courait alors sur les traces de son Théodore, qui avait quitte la capitale, et son Théodore la menait très-loin.

Les autres connaissances de Virginie luioffraient trop peu de ressources, et it en était plusieurs auxquelles elle n'aurait pas voulu s'adresser. Cepen !ant le résultat de chaque reflexion était toujours: — Il me faut un poulet pour Auguste, et j'en aurai un ; je ne sais pas trop comment je ferai... mais chaque fois que je me suis mis dans la tête défaire une chose j'y suis toujours parvenue, et il s'agissait souvent d'objets beaucoup plus intéressants (|ii'un poulet: ce serait bien le diable, si, pour une petite volaille, je n'en venais pas à mon honneur !

Et Virginie s'arrêtait devant les marchands de volailles et devant les rôtisseurs.; elle passait et repassait, se creusait la tête, ne trouvait pas d'argent, et poussait un grand sou pir et regardant ce dont elle voulait régalerie convalescent.

Les mines drôles de Virginie, dont la mise décente n'annonçait pas le besoin, et les veux qu'elle lançait aux poulets rôtis faisaient quelquefois sourire les passants, qui ne voyaient dans l'extase de la grisette qu'un sentiment de gourman dise ; et celle-ci, en voyant sourire ceux qui la regardaient, murmurait entre ses dents : — Les imbéciles!... quand ils me riront au nez... qu'est-ce quecela me fait? Pas un n'aura seulement la galanterie de in 'offrir un poulet?.... Les hommes deviennent peu aimables.

Depuisdix minutes, Virginie tournait etretournait devant la boutique d'un rôtisseur, et auprès decetteboutique était celle d'une petite mercière. Virginie n'avait pas remarqué la mercière parce qu'elle ne lorgnait que des poulets ; mais, à travers ses

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montres chargées de gants, de fil et de ruban, la petite marchande avait remarqué Virginie, dont l'air singulier devait effectivement piquer la curiosité. Les femmes ont un instinct de sentiment qui leur fait comprendre tout de suite ce que les hommea seraient une heure à deviner, et ce que même ils ne devinent pas toujours. La jeune mercière voit dans les yeux de Virginie que ce n'est pas un senlimenl de gourmandise qui la fait rester en contemplation devant la marchandise de son voisin. Elle sort par le fond de la boutique; — sa cour est aussi celle du rôtisseur, — elle entre par-là chez celui-ci, se fait donner un beau poulet gras, l'enveloppe dans un double papier, et rentre chez elle parle même chemin. Puis elle se met sur le seuil de îa porte et regarde Virginie, à qui elle ne sait comment offrir son présent. Virginie est quelque temps sans faire attention à la jeune m/rchande; cependant celle-ci la regarde d'un air expressif, et semble avoir tant envie de lui parler, que Virginie s'approche d'elle.

Aussitôt la jeune mercière lui dit tout bas et en rougissant beaucoup :

— Madame, vous avez sans doute oublié votre bourse?... Si vous vouliez me permettre de vous offrir...

Et en même temps on glissait le poulet sous le bras de Virginie en tremblant comme si l'on eût fait une sottise; mais on tremble souvent beaucoup plus pour faire le bien. Virginie ne peut que serrer la main de la jeune mercière en lui disant :

— Vous m'avez devinée... Ahl si vous saviez le plaisir que vous me faites... si vous saviez pourquoi je... Mais vous me reverrez... je viendrai vous remercier, et m'acquitter envers vous.

— Oui, oui, madame .. dit la jeune marchande; et elle est déjà rentrée toute confuse dans le fond de sa boutique, tandis que Virginie, légère comme une plume, avec son poulet sous le bras, regagne gaiement sa demeure en se disant :

, — Je savais bien que j'en aurais un!... J'ai toujours de l'espérance, moil

Cependant le poulet n'était pas encore arrivé chez Auguste. Au détour d'une rue, Virginie, qui probablement ne regardait alors qu'à ses pieds, est brusquement coudoyée par un homme qui fait rouler la volaille sur le pavé.

— Maudit imbécile! s'écrie Virginie en se baissant pour ramasser le poulet. Mais cette voix a frappé l'homme qui l'a coudoyée,' et qui s'était contenté de s'excuser en suivant son che~ min. Il s'arrête, revient sur ses pas, et s'écrie à son tour :

— Eh oui!... mille baïonnettes!... c'est mamzelle VirgLù*.. Ah! morbleu ! elle pourra peut-être me donner de ses nom elles

— Tiens!... c'est Bertrand!... dit à son tour Virginie, quifa

aussi reconnu l'ancien caporal. C'est ce brave Ber a

qu'est-ce que je dis donc?... c'est un vilain, un ingrat, un mai vais cœur, je ne l'aime plus. Laissez-moi porter mon poulet... n me retenez pas monsieur.

— Que vous m'aimiez ou non, mademoiselle, ce n'est pas de cela qu'il s'agit dans ce moment. Un mot, s'il vousplait : l'avezvous vu, savez-vous où il est... ce qu'il est devenu?...

— Qui ça?

— Eh! morbleu! mon lieutenant, M. Auguste?

— Tiens! si je sais où il est!... Cette question!... lorsqu'il loge dans ma chambre depuis quinze jours!...

— Il est chez vous!... Je l'ai retrouvé!... Je vais le revoir!... Dans sa joie, Bertrand serre Virginie dans ses bras, et fait

en ore tomber le pauvre poulet, qui, cette fois, roule jusque dans le ruisseau, et Virginie est prête à pleurer, et s'écrie:

— Voulez-vous me laisser tranquille!... C'est pour Auguste, ce pouLt; et lorsque j'ai eu tant de peine à l'avoir, vous ète? cause qu'il ne pourra plus le manger!

— Ah!... ne pleurez pasl... je vous en achèterai d'autres, dix, vingt poulets!... un bœuf, si vous voulez!... Mais, pour Dieu, menez-moi bien vite près de mon lieutenant... Il me tarde de l'embrasser!...

— CommenA! v us l'aimez donc encore?

— Si je Vaime!... Qui est-ce qui a pu douter de mon attachement, de mon dévouement à sa personne?

- Ce n'est donc pas exprès qu'en Angleter^ vous l'avez abandonné?

— Abandonné!... Lorsque c'est p ur le servir... pour le rendre au bonheur...

— AM ce pauvre Bertrand!... J'étais bien sûre, moi, que c'était un bon garçon!... Venez, mon petit Bertrand, allons trouver Auguste : ah! il sera bien content quand il saura que %jv$ êtes toujours digne de son amitié.

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Virginie et Bertrand se dirigent vers la rue de Berry. Chemin faisant, Virginie apprend au vieux soldat tous les chagrins qui ont assiégé Auguste, et la maladie grave qu'il vient de faire. En écoutant e*p détails, Bertrand s'essuie parfois les yeux en s'écriant '. *« Sacrebleul pourquoi ne l'ai-je point rejoint plus tôt!... Mais je ne suis de retour à Paris que d'avant-hier ; et demaiu je me disposais à aller le chercher à Montfermeil, espérant y être plus heureux que dans cette ville, où depuis deux ^Gurs nous avons, Schtrack et moi, couru tous les quartiers sans JéGO vrir mon lieutenant.

On arrive chez Virginie ; en montant l'escalier Bertrand est aussi ému que s'il allait revoir son fils, et Virginie lui dit :

— Il ne faut pas tout de suite vous montrer à Auguste; il est encore bien faible, et votre présence pourrait lui causer trop d'émotion... Vous comprenez, Bertrand?

— Oui, mademoiselle.

— Je vais entrer d'abord, et je préparerai tout doucement Auguste, et puis ensuite je vous ferai signe...

— Oui, mademoiselle, j'attendrai dans une autre chambre..;

— Non, comme je n'en ai qu'une, vous attendrez sur le carré... Je laisserai la porte entr'ouverte...

— Fort bien ; mais ne soyez pas longtemps à me faire sigae, car je brûle de le presser dans mes bras.

On est devant la porte de Virginie, elle l'ouvre et la repousse à demi, et Bertrand se colle tout contre, osant à peine respirer. Auguste était levé et assis près d'une fenêtre; il attendait avec impatience le retour de Virginie, dont la longue absence l'inquiétait.

— Me voici, mon ami, dit Virginie en entrant ckac elle et tournant autour d'Auguste d'un air aussi embarrassé que devant *e rôtisseur. Me voici, j'ai été un peu longtemps..! mais c'est ^ue .. j'ai fait une rencontre qui vaut bien mieux qu'un poulet.

— • Tu as fait une rencontre?

-Oui... c'est quelqu'un que... quelqu'un...

Avant que Virginie ait trouvé ce qu'elle veut dire, Bertrand, qui ne peut plus y tenii , ouvre la porte, s'élance vers Auguste et le serre dans ses bras en s'écriant : — C'est moi, sacrebleu! c'est moil... Mais je ne peux pas rester plus longtemps caché... Il faut que je l'embrasse.

Pendant quelque* minutes, Bertrand ne peut quitter les bras d'Auguste ; et Virginie s'écrie :

— Là, voyez-vous!... il n'a pas pu attendre que je lui fasst signe ... il va fal/e mal à Auguste.

— Non, dit e convalescent, non, le bonheur n'en fait pas!... Mon pauvre a:ni!... te voilà donc revenu!...

— Vous avez pu croire que je vous avais abandonné!... dit Bertrand er prenant la main d'ÀJguste. Vous avez douté du cœur de v<)tre vieux compagnon, de votre fidèle serviteur!... Ah! je conviens que mon départ précipité devait vous surprendre... mais quand vous saurez!...

— Te voilà, Bertrand, tout est oublié!...

— Od! écoutez-moi d'abord, et vous verrez ensuite si je me suis mal conduit. Vous vous rappelez que je vous laissai dans une salle de l'auberge du village où nous venions de déjeuner. Je venais de payer notre dépense, lorsqu'en traversant la cour j'aperçois un homme dont la figure me frappe, et que je reconnais sur-le-champ pour notre fripon de Destival.

— Destival!... s'écrie Auguste.

— Ton voleur!... dit Virginie.

— Il montait en chaise de poste au moment où je l'aperçus. Il n'avait pu me voir, mais la voiture était partie avant que je fusse revenu de ma surprise. Alors, sans me donner le temps de vous prévenir, ne voulant pas perdre une minute, de crainte que notre homme ne m'échappât, je cours à l'écurie, ie selle mon cheval, je le monte et m'éloigne au grand galop pour courir sur les traces de notre fripon. Je ne tardai pas à rattraper la chaise de poste ; mais en pays étranger, je savais qu'il ne serait pas facile de faire regorger notre coquin, et qu'il ne fallait espérer de justice que de moi-même. Je suivais donc, la voiture en attendant un moment favorable pour trouver mon homme en particulier. Pendant deux jours la maudite voiture ne fait que relayer; enfin, au bout de ce temps, en passant dans un petit bourg, on s'arrête à l'auberge de la poste, et mon fripop qui a sans doute besoin de repos, descend de la chaise et enti^ dans l'auberge. Je ne tarde pas à l'y suivre, et je demande à parler au vovageur qui vient d'arriver. On m'indique sa chambre. J'y jnonte, j'entre et je commence par m'enfermer avec notre homme, qui, en me voyant, manque de tomber en défaillance sur un fauteuil. Je vais à lui3 je lui prends le bras, et lui

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dis : — Vous êtes un voleur, vous avez ruine mon mï7mc, mais vous n'en ruinerez pas d'autre; je vous ai appris autrefois à vous servir dune arme, nous allons voir si vous vous souvenez de mes leçons... Voici deux pistolets, prenez-en un... Nous serrons très-bien dans cette chambre-., quatre pas de distance suffisent quand on ne veut pas se manquer. Dépêchons, Au lieu de prendre l'arme que je lui présente, le misérable se jette à mes genoux et me demande grâce. Moi, je lui redemande voire fortune, Il tire de sa poche un portefeuille, me fait voir dedans pour cent soixante mille francs de billets sur la Banque de France, et lut jure que c'est tout ce qui lui reste de ce qu'il a emporté de Paris. Je réfléchis que cela vaut mieux que rien, et qu'il faut d'abord vous rendre cet argent avant de tuer notre fripon ; je prends le portefeuille, et laissant le coquin plus mort que vif, je sors de sa chambre, où je l'enferme. Je remonte à cheval et reviens au grand galop à l'endroit où je vous avais iaissé; en y arrivant mon cheval crève, et je ne vous trouvo plus. Je cours de tous côtés, on ne peut me donner de vos nou velles. Je prends la route de l'Ecosse, où nous devions nous rendre. Je passe trois semaines à visiter jusqu'au plus petit hameau, je ne suis pas plus heureux ; enfin je me décide à revenir en France, et avant-hier j'étais à Paris. Mon premier soin fut d'aller questionner Schtrack, il ne vous avait pas vu, il ignorait l'adresse de mademoiselle; nous nous mîmes à battre le pavé pour tâcher de vous découvrir... Mais vous voilà!... je vous ai retrouvé... Je puis vous remettre ce que j'ai sauvé de votre fortune!... voilà ma conduite, mon lieutenant, maintenant m'en voulez- vous encore?

Pour toute réponse, Auguste tena sejs Dras a Bertrand, qui lui présente le portefeuille, tandis que Virginie saule dans la chambre, danse avec les chaises, et jette sa capote en l'air en criant : -— Vive Bertrand!... Auguste n'est dus oauvre!... nous allons joliment nous amuser!...

Quand ce premier mouvement d'ivresse est calmé, Auguste raconte à Bertrand ce qu'il a fait depuis qu'il l'a quitté. Il ne lui cache pas l'état misérable où il était réduit lorsque Virginie est venue dans son grenier. Il lui apprend ce qu'elle a fait pour lui, son travail, ses veilles, tous les sacrifices qu'elle faisait chaque jour pour lui avoir ce qui lui était nécessaire.

Pendant ce récit, Virginie veut faire taire Auguste en lui di-

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sant : — Ça n'est pas "rai ; il en dit beaucoup trop; ne le croyez pas, Bertrand : et d'ailleurs, si o'ai fait tout cela, c'est qu'appa remment ça me faisait plaisir.

. Mais Bertrand, qui n'a pu entendre sans attendrissement H récit d'Auguste, court à Virginie, l'enlève dans ses bras, et l'em* brasse en disant :

— C'est bien cela!... c'est très-bien!...

— Oui, mais vous me serrez trop fort, Bertrand.

Les tristes pensées ont fait place à celles du bonheur : ce n'est plus en soupirant qu'Auguste pense à Denise. Déjà il voudrait être auprès d'elle, il brûle de la revoir, de récompenser son amour : car. après tout ce que Virginie lui a dit, il ne doute plus du cœur de la jeune villageoise. Cependant il ne peut partir sur-le-champ pour Montfermeil ; mais, comme le bonheur rend vite la santé, au bout de deux jours, qui se sont passés en, projets charmants pour l'avenir et en emplettes pour le présent./ Auguste est en état de sortir. Avant d'aller au village, d'où i! pense ne revenir de quelque temps à Paris, Auguste termine ses affaires; il retourne chez son ancien notaire et le charge de lui placer convenablement ses fonds, dont il ne garde que ce qui lui sera nécessaire pour l'exécution de ses projets. Auguste veut assurer un sort à Virginie ; depuis qu'elle est moins jeune, elle désire avoir un petit établissement. Bertrand lui loue une jolie boutique; Auguste y fait porter un petit fonds de broderies, de nouveautés, et Virginie est établie lingère. Elle va s'asseoir a\ ec fierté dans son comptoir, et fait mettre sur sa porte : A la Pucelle! en jurant à Auguste que désormais elle ne veut plus s'occuper que de son commerce.

Auguste a reçu les remercîments de Virginie et ses compliments pour Denise, qu'elle ne veut aller voir que lorsque sa nouvelle conduite aura entièrement fait oublier l'ancienne. Il \( monter en cabriolet avec Bertrand, et partir pour Montfermeil, lorsque Virginie s'écrie :

— Ah ! mon Dieu ! ... j 'ai oublié la petite marchande au poulet. . . je voulais te la recommander pour que tu lui donnes au moin? ta pratique de gants.

— Quelle marchande? quel poulet? dit Auguste.

Virginie raeonte ce qui lui est arrivé le jour où elle a rencontré Bertrand. Auguste, après avoir encore témoigné à Virginie toute sa reconnaissance pour ce qu'elle a fait pour lui pendant

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sa maladie, veut connaître et remercier la jeune femme qui* mis tant de délicatesse à obliger. Il fait monter Virginie dans son cabriolet, o se dirige vers la demeure de la jeune marchande. Le cabiV 'et s'arrête devant la boutique de la mer «ère, le* trois personnes en descendent ; la jeune marchande esV étonnée, elle n'a jamais vu venir des gens en voiture pour lui acheter du fil ou des aiguilles. Mais elle rougit en reconnaissant Virginie, qui entre la première en disant à Auguste :

— C'est madame qui s'est montrée si bonne pour moi pendant que vous étiez convalescent.

Auguste s'approche pour saluer la jeune marchande, qui (a>i toute honteuse des remercîments qu'on lui adresse. Mais, avant qu'il puisse parler, un vieillard, qui était dans l'arrière-boutique, et qu'on n'avait pas encore remarqué, s'avance vers lui en s'écriant :

— Ma fille! mon Annal c'est nous qui devons remercier cet homme généreux!... C'est notre bienfaiteur!... c'est à lui que j< dois l'existence et le bonheur de te voir heureuse.

Auguste regarde le vieillard, il reconnaît le pauvre Dorfeuil et, avant qu'il soit revenu de sa surprise, le père et la fille sont à ses pieds, et couvrent ses mains des pleurs de la reconnaissance.

C'est alors Bertrand et Virginie qui demandent des explications. Auguste veut s'y dérober ; mais le vieux Dorfeuil le retient. Il raconte tout ce qu'il lui doit, et termine son récit en disant à Auguste :

— Vous le voyez, vos bienfaits nous ont porté bonheur. J'ai payé ma dette; et, depuis trois ans, mon Anna ayant réussi dans toutes ses entreprises, a pu enfin s'établir en ces lieux, où, près d'elle je passe en paix mes vieux jours.

Bertrand embrasse encore Auguste; Virginie embrasse tout te monde, puis on se sépare en se promettant de se revoir. Tirginie retourne à sa boutique, qu'elle ne veut plus quitter, H Auguste conduit enfin son cabriolet vers le village de Denise.

En approchant de Montfermeil, Auguste sent son cœur battra ivec force ; il regarde Bertrand en lui disant :

— Nous tllons te voir!... Ah! si tu savais comme ils m'ont reçu, comriie ils m'ont fêté quand j'étais malheureux 1

— Et vous les avez quittés?

— Mon ami, je n'avais plus rien à offrir à Denise.

— Et maintenant <iue vous êtes beaucoup plus riche qu'elle.

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bî elle allait vous refuser à son tour, il n'y aurait plus de raison pour que cela finisse. Les amoureux n'ont pas le sens commun. Au lieu cle suivre la route qui le conduirait au village, Auguste ne peut résister au désir de prendre par le sentier du bois où il a embrassé jadis la petite laitière. Arrivés près de l'endroit où Jean le Blanc s'est emporté, Auguste aperçoit dans le bois un petit garçon sur un âne; un peu plus loin, une jeune fille est assise au pied d'un arbre.

— Les voilà ! s'écrie Auguste.

Et déjà il a sauté hors de son cabriolet; il court dans le bois il est près de la jeune fille. Il se jette à ses genoux, couvre ses mains de baisers, et lui dit :

— C'est moi, Denise, je reviens près de toi, et pour ne te plu* quitter.

La jeune fille doute si elle veille; elle regarde Auguste, qu'elle voit élégant comme autrefois, et Coco accourt en disant:

— Yoilà mon bon ami! il est mis comme le jour où j'ai casse la marmite.

— C'est vous!... ait Denise. An: si vous saviez tout le chagrin que votre lettre m'a fait! Méchant! me quitter parce qu'il est pauvre! oser dire que je ne l'aime pas! qu'il ne reviendra me voir que quand il ne m'aimera plus!... Est-ce que c'est comme ça que vous revenez?... Ah! dites-le-moi tout de suite, ne me baissez plus espérer le bonheur... cela fait trop de mal d'être trompée dans ce qu'on désire!...

Pour toute réponse, Auguste la presse tendrement contre son cœur; et ses yeux disent à l'aimable fille que ce n'est pas l'amitié seule qui le ramène.

Bertrand, qui a quitté le cabriolet, vient saluer Denise.

— Bertrand aussi! dit la petite, il est revenu!...

— Oui, et c'est à lui, que j'accusais de m'avoir abandonné, que je dois aujourd'hui mon bonheur.

Quelques mots ont bientôt mis Denise au fait debout, elle tend la main à Bertrand en disant :

— Ah! mon cœur n'a jamais douté du sien!... Est-ce que l'on peut cesser d'aimer les gens parce qu'ils sont malheureux?... Puis, réfléchissant qu'Auguste a recouvré une partie de sa fortune, elle s'écrie :

— Oh! mon Dieu! je ne pourrai donc plus être votre femme!

— Si, Denise, vous serez ma femme, dit Auguste en lui pre-

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