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nant la main, car vous êtes la seule qui puissiez faire mon bonheur; et je ne puis douter de la sincérité de votre amour.
— Mais je ne suis qu'une villageoise...
— Que je préfère aux daines de la ville.
— Je serai gauche dans le monde.
— J'ai appris ce qu'il valait, et me soucie fort peu de ses5 jugements ; d'ailleurs, quand il vous connoîtra, ma Denise, il sera forcé de vous rendre justice.
— Oh! je ne veux pas le connaîtra, moi, mon ami; si vous m'épousez, convenons que je resterai toujours ici. Vous irez seul à Paris lorsque vous le voudrez ; quand vous serez las de la ville, alors vous reviendrez trouver votre petite laitière.
Auguste embrasse Denise, et l'on se met en marche pour la maisonnette. On trouve tout charmant quand on est heureux, pour les deux amants la maisonnette est devenue un palais ; mais Bertrand, qui n'est point amoureux, et qui songe toujours à l'avenir, dit à Auguste :
— Mon lieutenant, cette maison n'est pas asssz grande pour vous ; d'ailleurs elle appartient à Coco, c'est sa propriété. Il fauvous en acheter une fort jolie, et pas trop chère, que vous pont vez apercevoir d'ici, dans laquelle vous serez logé convenablement, et où vous pourrez recevoir quelques amis, parce qu'enfin il ne faut pas s'isoler de toute société, le moyen que votre amour dure longtemps n'est pas de vous enfermer pendant six mois avec votre femme. Maintenant que vous connaissez le inonde, vous ne serez plus sa dupe. Vous prendrez les hommes pour ce qu'ils sont, vous verrez ceux dont la société vous amusera, et vous ne jouerez plus s/ gros jeu, parce que voilà le cas. ou jamais, d'être sage.
Auguste approuve la proposition de Bertrand. La jolie maison est louée, ef,auboutdehuitjours, Denise, rayonnante d'amour et de plaisir, embellissant par ses grâces, par ses attraits la parure modeste qu'elle a choisie, est conduite à l'autel parl'homme qu'elle chérit Tousles habitants du village vont voir marier la petite laitière. Les paysans se disent :
— C'est pour le coup qu'elle va faire la dame à présent l elle épouse un beau monsieur !... comme elle va être fîère '
Mais les paysanne.1: se trompent : Denise, en devenant madame Dalvilie, reste aussi douce, aussi bonne que lors qu'elle était elle-même une simple villageoise.
M I a i,Af riF.RE
En ramenant chez lai sa jeune épouse, Auguste donne Lie;) encore par-ci, par-là, quelques regards à de jolies femmes qui se trouvent sur sa route, mais c'est seulement par habitude, et Denise seule a son cœur.
Fidèle à sa promesse, Denise ne veut plus quitter son village, ei pendant longtemps Auguste ne s'éloigne pas de sa femme. Mus tard, cependant, il fait quelques voyages à Paris. Dans une de ses visites à la capitale, Auguste apprend que la vive Athalie s'est séparée d'avec son époux, parce que la mère Thomas a fait un second voyage à Paris, et que M. de la Thomassinière, ayant fait à son tour de mauvaises spéculations, et s'étant laissé ruiner par M. de Gligneval, a été forcé d'abandonner toutes ses propriétés à ses créanciers, et s'est fait cocher de cabriolet, état dans lequel il semble beaucoup plus à sa place que lorsqu'il était au milieu d'un salon.
Le marquis de Gligneval s'étant permis , dans une partie d'écarté, de faire quelques tours d'escamotage, qui ne furent point du goût de la société a été forcé de se battre en duel et tué par son adversaire. Quant à Destival, ayant voulu faire en Angleterre des affaires dans le même genre qu'à Paris, un de ses clients, dont il emportait l'argent, lui donna un coup de poing dont il ne se releva pas. C'est M. Monin qui apprend toutes ces nouvelles à Auguste, non sans lui avoir demandé auparavant comment allait l'état de sa santé, et qui, après avoir visité sa tabatière, va rejoindre Bichette, qu'il a laissée dans un bosquet du café Turc avec M. Bisbis.
Auguste revoit aussi Dorfeuil et sa fille ; mais il ne va que rarement chez la jeune mercière, parce qu'elle est fort jolie. En evanche, il voit souvent Yirginie, qui n'est plus jolie, mais qui îst tout à fait rangée, et dont le cœur excellent fait oublier ses folies d'autrefois.
Lorsqu'il a passé quelque temps à Paris, Auguste retourne à Montfermeil ; c'est toujours avec un nouveau plaisir qu'il se retrouve près de sa petite laitière, de son fidèle Bertrand, et de Coco, qui, en grandissant, se félicite souvent d'avoir cassé sa marmite.