‹ La laitière de MontfermeilChapitre 13 sur 102 · LIV. 258. — TAUL DE KOCK. — ÉD. J. ROUFF ET CiB. LIV · texte numérisé non relu

LIV. 258. — TAUL DE KOCK. — ÉD. J. ROUFF ET CiB. LIV

monsieur était tout bonnement... en Ecossais ! Ah! j'ai dit, c'est par trop sans gêne! Si c'est pour me séduire qu'il vient comme ça, un instant! Il ne voulait plus s'en aller; j'ai appelé le portier, et j'ai fait mettre le propriétaire à la porte de chez moi. Depuis ce temps-là, il est comme un croquet! Allons, je reviendrai incessamment Ah! je sais bien où je vais aller. Oui, ce gros Anglais, qui voulait absolument m'établir, à condition que... suffit. Je vais lui dire que j'ai trouvé un fonds de mercerie. Au fait ça m'ennuie de vivre comme ça; je veux avoir une boutique. Je ne serais pas mal dans un comptoir, n'est-ce pas, Bertrand! C'est égal, la voisine est joliment vexée ; elle est partie avant moi: d'abord il aurait fallu m'emporter pour me faire en aller la première, parce que, quand j'ai quelque chose dans la tète, je ne l'ai pas... Adieu, mon petit Bertrand...

M1,e Virginie enfile lestement la porte, et descend l'escalier en fredonnant.

— Ma foi, se dit Bertrand en la regardant partir, si mon lieutenant était revenu, je ne sais pas trop comment cela aurait tourné. C'est un démon que celle-ci, et l'autre, avec sa voix languissante, commençait aussi à faire des yeux comme des pistolets ! C'est égal, je m'en suis assez bien tiré ; du moins, cette fois personne ne s'esl trouvé mal, et c'est toujours là ce que je crains ; mille carabines! J'aimerais mieux avoir dix recrues à former qu'une femme évanouie à faire revenir. Avec ça, il y en a qui y mettent de la mauvaise volonté.

— Monsieur Bertrand, quand vous voudrez, dit le petit Toni en suivant l'ancien caporal dans le salon.

— Ah! c'est juste, mon garçon: je n'y pensais plus! Il te faut de l'argent! toujours de l'argent. Allons, viens, suis-moi, allons au coffrefort. Sacrebleu ! came fait mal d'y prendre toujours sans jamais y remettre, aussi nous sommes souvent à sec. Quand je dis cela à monsieur, il me répond : Va chez mon notaire. C'est juste ; je sais bien que le notaire en donne, mais à force d'en donner!... Enfin, mon lieutenant est le maître, et je dois obéir. Combien t'a-t-il demandé, Toni?

— Cinquante louis, monsieur Bertrand.

— Cinquante louis! il les avait hier dans sa bourse quand il est parti pour ce bal! Que diable font-ils donc dans toutes ces belles réunions pour manger tant d'argent en une soirée? Il paraît que chez ces Thomassinet... Thomassinière, il n'est pas plus heureux qu'ailleurs!

— Ah! monsieur Bertrand, c'était bien beau!

— Ah! tu as vu cela, toi?

— Oui, j'étais monté à l'office. On m'a donné des glaces, du punch, des brioches

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— Oh! je conçois que tu as trouvé cela gentil ! Mais sais-tu qu'avec les douze cents francs que monsieur a perdus au jeu, nous aurions eu ici de fameuses brioches? Tiens, mon garçon, voilà les jaunets; prends garde de les perdre.

— Oh! soyez tranquille, monsieur Bertrand, le cabriolet m'attend en bas.

— Et ne fais pas aller Bébelle trop vite, entends-tu?

Le petit jockey est déjà parti. Bertrand est encore devant le coffrefort, qui est ouvert: il compte ce qui lui reste en caisse. L'ancien caporal fronce le sourcil; il semble effrayé de la rapidité avec laquelle Dalville dépense son bien. Enfin, après avoir secoué la tête, Bertrand referme le bureau en disant : C'est à lui, il en est le maître.

Et pour éloigner de tristes idées, Bertrand descend à la cave, et en remonte une bouteille de vieux bourgogne, parce qu'étant chargé de l'inspection du vin, il veut s'assurer si le bourgogne ne file pas.

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