‹ La laitière de MontfermeilChapitre 41 sur 102 · ESQUISSE D'ITALIE · texte numérisé non relu

ESQUISSE D'ITALIE

Auguste et Bertrand sont arrivés à Turin sans qu'aucune aventure nouvelle ait retardé leur voyage. ÏJ.s se logent dans un hôtel modeste ; avant do poursuivre leur route, Auguste désire faire connaissance avec cette jolie ville d'Italie, où l'on peut encore se croire en France, et où règne un aimable mélange des manières françaises aux mœurs italiennes.

L?s dames de Turin sont jolies, aimables, piquantes ; elles joignent à la grâce des Françaises plus de feu dans le regard, plus de yolupté dans la voix, plus d'abandon dans le maintien. Bertrand, qui s'aperçoit que son maître regarde beaucoup les Italiennes, ne cesse de lui répéter:

— Prenez garde à vous, mon lieutenant; nous voyageons pour faire fortune, et non pour tenter des conquêtes; nous ne sommes pas venus en Italie pour admirer des yeux noirs et des nez à la grecqti

— Non, Bertrand ; mais puisque nons les y trouvons, rien ne nous empêche de les admirer.

— Songez, monsieur, que les beaux-arts seuls doivent vous ccuper.

— La vue d'une belle femme enflamme le génie! Raphaël étaii amoureux du modèle de sa Madone.

— Ce n'est peut-être pas ce qu'il faisait de mieux, mon Lieutenant.

— Bertrand, tu n'entends rien aux arts.

— C'est possible, mais je m'entends assez bien à calculer.

— Je veux peindre une de ces jolies têtes qui ont séduit mes yeux, je veux prendre pour modèle un de ces visages piquants que m'offrent les jeunes filles de ce pays.

— Alors vous ferez comme M. Raphaël, vous deviendrez amoureux de votre modèle.

— Tant mieux, si cela me fait enfanter un chef-d'œuvre.

— J'ai peur que cela vous fasse enfanter autre chose.

— Les as-tu entendues chanter, Bertrand.

— Qui cela, monsieur?

— Les jeunes filles des environs, les villageoises, les simples ouvrières ; toutes chantent avec un goût, une harmonie!... en me promenant, j'entends tous les soirs des concerts délicieux. Nous sommes dans le pays de la musique, mon ami.

— J'aimerais mieux être dans celui des mines d'or.

— Ici les gens du peuple, les ouvriers sont nés musiciens; la petite marchande se délasse le soir de ses travaux en prenant sa guitare. Le batelier comme le grand seigneur, la paysanne comme la riche citadine, unit sa voix aux accords qu'elle tire de cet instrument.

— Il paraît que tout le monde en pince, alors.

— Et les Italiennes ont en chantant une nonchalance qui forme un contraste si piquant avec le feu de leurs yeux...

— Décidément, monsieur, je retournerai faire des culottes. Auguste quitte Bertrand et va se promener dans les environs de la

ville. La saison, plus précoce dans ce beau climat, offre déjà de la verdure, des bocages, des bosquets odorants que l'Italien regarde avec l'indifférence de l'habitude, mais qui font l'admiration de l'étranger qui voit pour la première fois ce beau ciel, ce charmant paysage, et ces orangers qui répandent autour d'eux un parfum délicieux.

Dans un séjour riant tout doit inspirer du plaisir : le climat de l'Italie semble être celui des amours. La vue d'un site sauvage, d'une nature âpre et stérile porte l'âme à la tristesse, à la mélancolie ; celle d'un frais bocage, d'une vallée émaillée de fleurs fait plus doucement battre notre cœur, et n'enfante que des idées de plaisir et d'amour.

Auguste, qui n'avait pas besoin d'être en Italie pour se monter l'imagination, éprouve cependant la douce influence du climat, il soupire en regardant des femmes charmantes qui passent près de lui; et comme le jeune Français est joli garçon, on répond à ses soupirs par des œillades très expressives.

Elle lui accorde un rendez-vous pour le lendemain. (P. 313.)

Parmi les jolis minois qui ont passé près de lui, Auguste a remarqué une jeune femme dont la mise est décente, mais modeste, et qui donne le bras à une femme âgée. La figure de la jeune personne est ravissante ; mais ses regards timides, loin de provoquer ceux du jeune étranger, se baissent avec pudeur lorsqu'ils se rencontrent. Cependant Auguste suit les deux dames; la vieille se retourne quelquefois, et, en apercevant le

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jeune homme, fait doubler le pas à sa compagne. On arrive dans un faubourg retiré de la ville, ces dames entrent dans une petite maison isolée. La jeune personne a laissé encore une fois entrevoir ses traits charmants, ses yeux se sont furtivement portés sur Auguste : mais la vieille a fermé la porte sur elles, et l'image enchanteresse a disparu.

Auguste est resté quelque temps devant la maison où vient d'entrer la jolie Italienne ; mais, las de regarder une porte et des fenêtres qui ne s'ouvrent pas. il regagne sa demeure, en se disant :

— C'est un ange! c'est le beau idéal, c'est le modèle de la Vertus Médicis, de la Galat^e de Girodet, de la Psyché, de la Didon;... et il faut que je fasse connaissance avec tout cela.

Le lendemain il retourne à la promenade, et revoit les dames de la veille. Plus hardi cette fois, il s'approche de la plus âgée, et, comme étranger, demande quelques renseignements sur tout ce qui frappe sa vue.

On lui répond avec politesse, et la jeune personne, sans se mêler à la conversation, porte quelquefois ses beaux yeux sur le Français. La vieille dame, qui est causeuse, a bientôt appris au jeune Français qu'elle se nomme la signora Falenza, que la jeune personne est sa nièce et se nomme Cécilia ; qu'elles sont peu fortunées, et se sont pour cela logées dans un quartier reculé, et qu'elles louent une partie de leur logement quand il se présente des gens tranquilles, parce que cela augmente un peu leur faible revenu.

La vieille n'a pas achevé, qu'Auguste demande à louer le petit logement en lui disant :

— Je viens en Italie pour me livrer à l'étude de la peinture, que j'ai un peu négligée; je n'ai avec moi qu'un ancien militaire; nous sommes sages comme des demoiselles. Je me flatte que vous n'aurez pas à vous plaindre de nous avoir pour locataires.

La signora Falenza fait quelques façons ; mais Auguste est si pressant, qu'elle consent à lui montrer le logement. On arrive à la petite maison; on fait voir au jeune Français l'appartement qu'on peut lui céder. Il se compose de deux pièces assez mesquinement meublées; il est vrai que le prix qu'on en demande est très médiocre. Auguste trouve le local charmant; il s'arrange de tout, et après avoir jeté un regard passionné à la belle Cécilia, court faire ses dispositions pour revenir le même soir habiter près de ces dames.

— Fais nos valises et paye notre hôte, Bertrand; nous déménageons.

— Est-ce que nous quittons Turin, monsieur?

— Oh! non pas, mon ami; je m'y plais plus que jamais!

— Et pourquoi donc aller quitter cet hôtel, où nous sommes bien et pas trop chèrement?

— Par économie, Bertrand ; j'ai trouvé un logement bien plus agréable et qui nous coûtera moitié moins; j'espère que cette fois tu ne me blâmeras pas.

Bertrand fronce le sourcil en disant tout bas : — Il y a du cotillon là-dessous je le gagerais.

Cependant il fait la valise, paye l'hôte et suit son maître, qui le conduit dans le faubourg.

— Il me semble, monsieur, que nous n'allons pas dans le beau quartier? dit Bertrand.

— Que nous importe, pourvu que le logement nous convienne9

— C'est juste.

— Tiens, voilà la maison !

■ — Elle est bien éloignée de toutes les autres. Souvenez-vous, monsieur, que nous sommes en Italie. Ça me fait l'etfet d'un coupe-gorge, çà!

— Est-ce que tu as peur, Bertrand?

— Ah! mon lieutenant!

— Tu deviens d'une méfiance ridicule. Cette maison est très agréable : la vue donne sur des campagnes, des jardins. On y est fort tranquille ; c'est ce qui me convient.

— Ah! vous aimez la tranquillité, maintenant?

— Beaucoup.

Auguste frappe. La signora Falenza vient lui ouvrir, et à sou aspect Bertrand se dit :

— S'il n'y a que des visages comme ça ici, certainement nous y serons fort tranquilles.

La vieille conduit les étrangers dans leur logement en leur faisant beaucoup de politesses. En traversant un couloir on rencontre la belle Cécilia qui fait un salut gracieux au jeune Français. Alors Bertrand pousse un soupir en se disant :

— Yoilà l'économie dont mon lieutenant m'a parlé.

Les voyageurs sont installés dans leur appartement, et La sigmoara Falenza les quitte en leur disant :

— Quand ces messieurs auront besoin de quelque chose, ils n'aun>nt qu'à passer chez moi; moi et ma nièce nous nous emporesserotme GÙe leur offrir nos services.

— J'espère bien alors, se dit Auguste, que j'aurai seraient besoin de les réclamer.

Bertrand fait l'inspection des deux pièces et à chaque objet qu'il examine fronce le sourcil en murmurant :

— C/est bien soigné!

— N'est-ce pas, Bertrand?

— Oui, un méchant lit, point d'oreiller.

— Tant mieux ! nous irons en demander.

— Des chaises cassées.

— Tant mieux! j'irai les changer.

— Des armoires qui ne ferment pas.

— Oh! pour ce que nous avons à y mettre I

— Un secrétaire où je ne vois pas de clef.

— J'irai Ja chercher chez ces dames...

— Pas un flambeau sur la cheminée.

— Ces dames nous en donneront.

— Pas seulement un pot à l'eau.

— Ce n'est peut-être pas l'usage du pays.

— Eh bien ! il est gentil l'usage du pays, s'il ne permet pas de se laver les mains! Enfin, monsieur, nous manquons de tout ici.

— Nous ne manquerons de rien en demandant à ces dames.

— Ces dames!... ces dames!...

— Et le bon marché, Bertrand, comptes-tu cela pour rien?

— S'il n'y avait eu que la vieille hôtesse dans cette maison, vous n'auriez pas été tenté d'y habiter.

— C'est possible; mais je puis jouir de la société d'une jolie femme, et mettre de l'économie dans ma dépense, il me semble, Bertrand, que tu ne peux rien trouver à redire à cela.

Bertrand ne dit plus mot : il va dans un [coin bourrer sa pipe, et comme le jour baisse, Auguste se rend chez ses hôtesses pour demander de la lumière. La vieille dame est absente, mais la nièce y est, et notre Français, enchanté d'avoir un tête-à-tête avec la belle Cécilia, va s'asseoir près de la demoiselle, qui semble moins timide chez elle qu'à la promenade, et répond en souriant aux doux aveux qu'on lui adresse. Cette conversation se prolonge fort tard; Auguste a oublié Bertrand, qui est sans lumière : il serait disposé à oublier bien des choses, si la signora Falenza ne venait par sa présence lui rendre la mémoire; il remonte chez lui. Bertrand s'était jeté sur son lit et endormi. Auguste ne juge pas à propos de le réveiller, et, tout plein de l'image de la séduisante Cécilia, s'endort aussi tse persuadant qu'il n'a jamais été mieux couché.

Trois jours se passent dans le nouveau logement : Auguste ne sort presque pas; il guette l'occasion d'un tête-à-tête avec Cécilia; mais la

tante s'absente moins, et veille beaucoup plus sur sa nièce. Cependant Auguste a obtenu un doux aveu; il sait qu'il est aimé; mais cela ne lui suffit pas, et les yeux de Cécilia semblent lui promettre davantage.

Bertrand s'est habitué à sa nouvelle demeure; mais il dit chaque jour à son maître :

— Monsieur, vous êtes venu en Italie pour étudier et travailler ; au lieu de cela, vous passez votre temps à courir après notre jeune hôtesse.

— Bertrand, Cécilia m'apprend à mieux parler italien ; et moi, je lui enseigne le français.

— Je ne vois pas ce que ce petit enseignement mutuel vous rapportera.

— Et le plaisir, Bertrand, n'est-ce donc rien?

— C'est donc pour avoir du' plaisir que nous voyageons ?

— Pas tout à fait; mais quand il se présente, pourquoi ne pas en profiter?

— Songez, monsieur, que vos plaisirs vous ont toujours coûté cher.

— Tu ne diras pas qu'ici je dépense mon argent; je n'ai jamais été si rangé, si tranquille; je ne sors pas. Ces dames, à qui j'ai offert de les mener au spectacle, n'ont pas voulu accepter.

— Je conviens qu'elles sont sédentaires, et ne cherchent pas à vous faire courir la ville. Mais je n'aime pas cette vieille Falenza, avec ses révérences, ses politesses...

— Ah! décidément, Bertrand, tu deviens trop difficile. Quand on voyage, mon ami, il faut s'accoutumer à rencontrer d'autres usages, d'autres mœurs.

— Oui, monsieur; mais j'ai bien peur que le fond ne soit le même partout! Des hommes égoïstes, des femmes coquettes; des intrigants qui affichent un grand luxe pour mieux faire des dupes , des fripons qui n'ouvrent la bouche que pour mentir; et, par-ci par-là, quelques bonnes gens qui cependant considèrent leur intérêt avant tout. Je crois que c'est ce que nous verrons en tous pays.

— Bertrand, les voyages te rendent déjà très éloquent. Ecris tes réflexions; je les lirai... à notre retour en France.

— Il sera bien temps, monsieur!

Auguste n'écoute plus son compagnon, il a entendu la voix de la belle Cécilia, et se rend près d'elle. Mais la jeune Italienne n'a qu'un moment pour lui parler, car sa tante va revenir. Cédant aux instances du jeune homme, elle lui accorde un rendez-vous pour le lendemain. Un joli bois situé à un quart de lieue de la ville est l'endroit où Cécilia doit se rendre en secret. L'heure est convenue, et Ton se quitte pour ne point éveiller les soupçons de la tante.

Auguste retourne dans son appartement avec cette satisfaction intérieure que l'on éprouve toujours à l'approche d'un momeut désiré. Jamais soirée ne lui sembla plus longue, et il se couche de très bonne heure pour être plus tôt au lendemain.

Enfin le jour a paru. Auguste se lève, soigne sa toilette, et sort, laissant encore Bertrand endormi. L'endroit qu'on lui a assigné pour rendez-vous est extrêmement éloigné de la demeure de la signora Falenza mais Auguste pense que c'est par prudence que Cécilia a choisi ce lieu. Il traverse une partie de la ville, suit le bord du Pô, et arrive enfin au petit bois, où il espère bientôt voir sa jeune hôtesse.

Auguste attend pendant longtemps avec patience ; l'espoir le soutient, quelque obstacle a pu retenir Cécilia à sa demeure. Mais plusieurs heures s'écoulent, et la belle Italienne ne vient pas. Auguste, las de se promener sans cesse dans le même cercle, se décide enfin à regagner sa demeure en maudissant l'événement qui s'est opposé à ce que Cécilia vînt au rendezvous.

En approchant du faubourg où il habite, Auguste aperçoit devant lui Bertrand, qui semble aussi regagner leur logis ; il double le pas pour le rejoindre. En le voyant, l'ancien caporal pousse un cri de joie en disant:

— Ah! morbleu! vous n'êtes pas blessé?

— ■ Pourquoi diable serais-je blessé? dit Auguste.

— Qu'y-a-t-il d'étonnant, monsieur, puisque vous venez de vous hattre?

— Je viens de me battre, moi?

— Du moins, c'est ce que m'a dit notre hôtesse, en m'assurant qu'un jeune homme était venu vous chercher au point du jour, et qu'à quelques mots qui vous étaient échappés, elle avait deviné qu'il s'agissait d'un duel.

— Parbleu! voilà qui est singulier!

— Elle m'a même enseigné plusieurs endroits où elle supposait que vous pouviez vous être rendus pour vider votre querelle; en sorte que depuis ce matin je cours de tous les côtés, et que je me fais rire au nez par tous ceux à qui je demande s'ils ont vu deux hommes se battre.

— Je n'y comprends rien, Bertrand.

— Tout cela n'est donc pas vrai?

— Il n'y a pas un mot de vérité.

— Ah! la vieille signora apprendra qu'on ne se joue pas ainsi de moi.

— Bertrand, doublons le pas.

— Qu'avez-vous donc, mon lieutenant, vous paraissez inquiet?

— Oui. J'ai peur que la nièce ne se soit aussi moquée de moi. Voilà trois heures et plus que je l'attends en vain à l'autre bout de la ville.

— Ah! mille boulets! il y a du louche dans cette promenade qu'elles nous ont fait faire. Quand je vous disais, mon lieutenant, que la vieille faisait trop de révérences.

— Nous nous alarmons peut-être à tort. Mais nous voici arrivés; frappe Bertrand.

Bertrand a frappé, et personne ne vient ouvrir. Il frappe de nouveau de manière à ébranler les vitres, et on ne répond pas.

— Qu'est-ce que cela veut dire, mon lieutenant? s'écrie-t-il en regardant Auguste.

— Mais cela veut dire qu'il n'y a personne, sans doute.

— 11 faut pourtant que nous rentrions.

En disant ces mots, d'un coup de pied il enfonce la porte, et, suivi de son maître, entre dans la maison. Elle est déserte; excepté quelques mauvais meubles, on atout emporté, et l'appartement des deux voyageurs est tout dégarni.

— Nous sommes volés, monsieur, dit Bertrand.

— Ça m'en a tout l'air, mon ami.

— Vous aviez laissé notre argent ici?

— Hélas! oui! dans le secrétaire. Excepté ces dix pièces d'or que j'ai sur moi, tout était là.

— Ah! les scélérates! Au diable les signoras, les beaux yeux, les révérences! Pourquoi avons-nous quitté notre hôtel?

— C'est ma faute, Bertrand, je le sens bien. C'est encore mon étourderie qui est cause de ce malheur. Mais que veux-tu? le mal est fait.

— Il faut aller nous plaindre, monsieur; il faut nous faire rendre justice.

— Nous plaindre, mon ami, dans un pays où nous sommes étrangers et lorsque nous n'aurions pas de quoi payer les fiais de la justice, qui coûte fort cher partout.

— Ainsi, monsieur, il faut se laisser voler et ne rien dire.

— C'est le plus sage ici, Bertrand.

— C'est bien amusant!

— Il faut même nous hâter de quitter cette maison dont nous avons enfoncé la porte, et que l'on avait sans doute louée à ces intrigantes; car on pourrait encore nous demander de quoi droit nous y sommes, et nous punir d'y être entrés ainsi.

— • Il ne manquerait plus que cela! Ah! mon pauvre Schtrack, il valait bien mieux rester avec loi !

— Du courage, Bertrand, soyons au-dessus des revers. Nous n'avons plus rien, eh bien ! Cela me force nécessairement à travailler. Nous voyagerons à pied, ce qui n'expose pas à faire de mauvaises connaissances comme en diligence. Enfin, notre bagage est plus léger; mais chacun de nous pourra dire comme ce philosophe de la Grèce : Omnia meciim porto.

— Il paraît que cela veut dire qu'il n'avait pas le sou, n'est-ce pas, mon lieutenant?

— A peu près, Bertrand.

— En ce cas nous devenons terriblement philosophes.

— Quittons Turin, et allons ailleurs chercher la sagesse.

— Ah! monsieur, où nous arrêterons-nous?

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