QUI DURE TROIS ANS
Laissons Auguste et Bertrand courir le monde, l'un en promettant de ne plus se laisser séduire par les œillades du premier joli minois qu'il rencontrera; l'autre se damnant parce qu'on n'écoute pas ses conseils, et pestant contre un sexe qui fait faire tant de folies à son maître. Il faut excuser Bertrand, mesdames, et lui pardonner sa mauvaise humeur : il avait bien quelque raison de se méfier de la beauté. Mais s'il avait eu vingt acs de moins, et que de jolis minois eussent entrepris sa conquête, qui sait si, comme son maître, il n'eût pas succombé? Retournons au village, près de la petite laitière, dont les folies d'Auguste nous ont trop souvent éloignés; et que le tableau de l'amour vrai, de l'innocence, nous délasse des passions, des intrigues des villes, de la fausseté, de l'égoïsme du monde. C'est passer à un joli paysage de Régnier après avoir considéré une tempête de Gudin; mais si la vue du combat des éléments nous cause de vives émotions, celle d'un ciel pur, d'une riante prairie, repose doucement notre âme, et nous fait souvent éprouver des sensations plus agréables.
Denise a apporté à sa tante les mille écus qu'elle voulait faire reprendre à Auguste ; elle lui a remis le sac d'argent en poussant un profond soupir.
— Il n'en a donc pas voulu, dit la mère Fourcy.
— Hélas! matante!... il n'était plus temps!... il était parti!... Il est allé faire le tour du monde !... et Dieu sait quand il reviendra!...
Schtrack fumait sur un banc devant sa loge. (P. 319.)
— Ça n'est pas noire faute, nia petite ; nous nous sommes pressées tant que nous avons pu pour réaliser celte somme ; mais, daine, mille écusî... ça ne se fait pas comme un fromage!... Puisqu'il est allé voyager, c'est que sans doute iJ n'avait pas besoin d'argent ; du moins nous n'avons rien à nous reprocher, et quand il reviendra nous voir, il verra que j'avons fait bâlir une iolie maisonnette à Coco.