‹ La laitière de MontfermeilChapitre 67 sur 102 · UNE JOURNÉE DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

UNE JOURNÉE DANS LE BOIS

L'amour est le dieu qui charme le plus agréablement nos loisirs; il franchit l'espace, comble les distances, trompe le cours du temps. Jamais un amant ne s'ennuie, alors même qu'il n'est pas heureux. Les souvenirs, les projets, les espérances bercent continuellement un amoureux. C'est le dieu de tous les pays et de toutes les classes ; il pénètre dans les chaumières comme dans les palais. On aime aussi bien sur la fougère que sur le coussin le plus moelleux; quelques personnes prétendent même qu'on aime mieux aux champs qu'à la ville ; du moins l'amour doit-il s'y montrer plus naturel. Il n'est pas permis au montagnard, au bûcheron, au journalier, de s'occuper de beaux-arts, de projets de finances, de plans politiques ; il est permis à tout le monde d'aimer, et cela est fort heureux pour le genre humain. Je ne sais quel auteur a dit avec beaucoup de vérité : Le temps le plus heureux de la vie de l'homme est celui qu'il passe à faire la cour à sa maîtresse.

C'est bien dommage que ce temps soit si court!... C'est probablement pour renouveler leur bonheur que les hommes changent souvent de

5UEUR ANNE

La jeune fille va jusqu'à la lisière du bois. (P. 113.)

maîtresse. Les femmes ne traitent pas l'amour si légèrement. C'est l'histoire de toule leur vie, et pour nous ce n'est qu'un roman.

Mais Frédéric est déjà arrivé dans la vallée où Ton dansait la veille et qui est maintenant paisible comme tous les environs. Quelques laboureurs la traversent pour se rendre à leurs travaux; quelques villageoises t de loin à loin occupées dans des pièces de terre. Ici, le plaisir de la

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