‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 2 sur 44 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

AUGUSTE, BERTRAND, Choeur.

Au lever du rideau , on entend chanter en chœur dans la coulisse :

Air : Ah l ï bel étal*

Ah ! 1' bel état

Qu l'état d' soldat!

On risque chaq' jour sa vie Pour la gloir' de sa patrie.

Heureux celui qui peut mourir Pour la défendre et la servir.

On entend encore ces mots :

llie , front l Reposez armes l En place > repos !

Bertrand, dans la coulisse.

Hé! hé! doucement, la Grise...

auguste , entrant en scène.

Attache-la , mon vieux,... Le temps est superbe ; nous ne sommes plus qu'à cinq lieues de Paris, tout près du

château d'Estival. ... -, et, puisque le détachement fait halte , je veux me recueillir un peu.

BERTRAND

Il pose son fusil et son bonnet près d'un arbre. Mon lieutenant, la Grise est au repos.

AUGUSTE

Ton lieutenant !... Mon brave , je vais bientôt cesser de l'être.

BERTRAND

Mon lieutenant , si c'est pour passer capitaine... L'avancement est agréable. Quand ça serait major !...

AUGUSTE

Non, du tout. Je me retire du service ; j'ai envoyé ma démission au ministre de la guerre.

BERTRAND

Pas possible , mon lieutenant !

AUGUSTE

Air : Vaudeville du Mariage à la hussarde. Eh quoi , Bertrand , veux-tu que j'aille Languir encor pendant long-temps, En attendant que la mitraille Vienne un jour éclaircir nos rangs ?

En temps de paix, un militaire Ne peut trouver à se pousser ; Du moins, Bertrand, pendant la guerre Le canon nous fait avancer.

Il va s'asseoir sur le banc et quitte son bonnet» BERTRAND.

Eh ï mon Dieu , Monsieur , le canon a encore ses préférences} il fait des passe-droits comme un autre... Je suis payé pour le savoir.

Air : Vaudeville de la Petite Gouvernante* Les boulets, dans nos jours de fête, Dans nos rangs pleuvaient par milliers , Ou bien ils passaient sur ma tête,

Ou bien ils tombaient à mes pieds.

Chaqu' fois qu'un' bomb' v'nait emporter la cuisse D'un vieux troupier ou d'un jeune soldat , Je me disais : R'tirons-nous du service , J' n'aurai jamais d' bonheur dans mon état.

Mon bâton de maréchal, à moi', c'est les galons de sergent... , et encore, quand je saurai lire... Ah Dieu! si mes parens m'avaient seulement appris récriture!... parce que la lecture, ça serait venu tout seul après... Pour en revenir à vous , mon lieutenant , qui êtes jeune, avec ce que vous avez attrapé d'éducation, vous avez tort de dire adieu au service, vous y perceriez!...

AUGUSTE

Non!... J'ai vingt-cinq ans... Un oncle que j ai eu le malheur de perdre, m'a laissé vingt mille francs de rente....

BERTRAND

Oh Dieu ! il ne m'en faudrait que la moitié d un oncle comme celui-là.

Je veux vivre indépendant... goûter un peu des plaisirs de la capitale.

BERTRAND

Mais , mon lieutenant , il me semble que, jusqttà présent , F uniforme ne vous a pas trop gêné pour ça. Dans toutes les garnisons où nous avons été , en ai-je porté de ces billets doux!... Le service est dur de ce côté-là.

AUGUSTE

11 se lèv4 Tu te plains, mon vieux camarade ?

BERTRAND

Du tout, mon lieutenant.

AUGUSTE

Est-ce que tu voudrais me quitter?

BERTllAND.

Moi, vous quitter ! jamais, mon lieutenant ; mais je me disais à part moi : Le lieutenant aurait bien dû se borner à une demi-douzaine par garnison, ça eût été honnête et moral. Par exemple, dans la petite ville d'où nous sortons, à qui n'avons-nous pas fait la cour? Cette marquise d'Harviliers...

AUGUSTE

Les plus beaux yeux noirs !

BERTRAND

La femme du contrôleur

Les plus jolis yeux bleus !

BERTRAND

La nièce du sous-préfet....

AUGUSTE

Une coquette délicieuse !

BERTRAND

La sœur du receveur particulier....

AUGUSTE

La naïveté la plus aimable !...

BERTRAND

Oh! alors..., si c'est ainsi , mon lieutenant , rien de plus juste... , vous ne pouviez pas faire autrement..., la raison est de votre côté. Je conviens que le nouveau a bien des charmes!...

Air : Vaudeville de Partie.

Mon lieutenant , il faut m'en croire , De bons principes je suis imbu ; Aussi le vin que je vais boire Vaut toujours mieux que celui que j'ai bu.

( 7 ) auguste.

En amour , aussi (T ordinaire , Pour peu qu'on soit mauvais sujet , La femme à qui l'on cherche à plaire Vaut mieux que celle à qui Ton plaît.

Connais-tu rien au monde de plus séduisant que le sourire de l'objet qu'on aime , de plus enivrant que celui de l'objet dont on est aimé ?.. Quant à moi, je ne puis voir impunément une jolie figure. Deux beaux yeux me mettent hors de moi ; l'amour que j'ai pour les femmes est un sentiment général qui s'étend à tout le sexe. Et toi même , Bertrand ,

Air : Du Bouffe, Quand tu vois du Champagne , BERTRAND.

J'en bois.

AUGUSTE

Bordeaux et vin d'Espagne , BERTRAND.

J'en bois.

AUGUSTE

Verse-t-on le Madère ?

BERTRAND

Je P bois.

AUGUSTE

Et quand vient le Tonnerre ?

BERTRAND. ' '

Je V bois.

AUGUSTE

C'est comme moi.

Même air.

Ou vive ou languissante ,

Ma foi, Toute femme est charmante

Pour moi -

Aussi je te l'atteste ,

Mon cœur jamais ne reste

Vacant. / ^^

BERTRAND

Pour ce qui est de ça , mon lieutenant , si vous aveu besoin d'un certificat...

AUGUSTE

Tu vois que nous nous entendons bien...

dewise , dans la coulisse.

Hue..., hue... donc, Jean-le-Blanc.

AUGUSTE

Ils remontent la scène.

Qu'est-ce qui vient là? une paysanne..., c'est tout jeune!...

denise, brusquement.

Veux- tu ben trotter, méchante béte!...

AUGUSTE

Des yeux charmans!...

BERTRAND

Et une voix de tambour-maître.

Denise entre en scène une boîte à la main,

Page 1