SCÈNE VIII
BERTRAND, DENISE, COCO, qui va s asseoir à la table des domestiques et joue avec des cartes.
DENISE
Ça se passe, M. Bertrand.... c'est un éblouissement... un enfantillage!..
BERTRAND
Ah ! mademoiselle Denise , vous ne dites pas tout.
DENISE
Je me sens mieux.... il faut si peu de chose quelquefois.
BERTRAND
Oui , oui -, un mot ! ... il y a de ces nouvelles .... qui. .. «, quand on n'est pas prévenu...
DENISE
Et moi qui consentais à être sa fermière... qui m'exposais à le voir... tous les jours...
BERTRAND
Tenez, ma pauvre Denise , dans cette vie tout ne va pas comme on le voudrait bien. Il y en a qui ont du bonheur; mais il y en a qui n'en ont pas ; et ceux-là il leur faut du courage.....
DENISE
Oui , M. Bertrand.
BERTRAND
Je sais bien ce que c'est... ah ! Dieux ! si j'sais c' que c'est!.. On se fait des chimères... on se forge des idées... et puis un beau jour, tout ça manque à l'appel.
Air : Te souviens-tu.
Combien de fois , portant une ordonnance ,
Et fatigué , harassé d'être a ch'val ,
Je me suis dit , le cœur plein d'espérance :
J'aurai mon tour pour être général.
Pour peu qu7 la guerre un jour me favorise ,
Je march'rai d' pair avec tous ces gens-là....
Dans vot' villag , ma pauvr' mamselP Denise ,
N'auriez-vous pas rêvé quelqu' chos' comme ça ?
DENISE
C'est vrai , M. Bertrand...
BERTRAND
Eh bien ! quand le sort est là... qui va à l'encontre... quand on se dit : c'est fini... c'est alors qu'il faut avoir de la force.
J'en
aurai.
DENISE
.UEnTUAND.
Oh! non, M. Bertrand, on y pense toujours, mais on se dit...
BERTRAND
On ne se dit rien ; car si on se disait quelque chose > ça serait peut-être encore pour revenir sur le passé, pour entretenir des idées dont faut se débarrasser. Il faut trancher dans le vif avec les blessures 5 sans ça on n'en guérit pas.
DENISE
Oui! M. Bertrand... c'est vrai ce que vous dites là ,
faut trancher dans le vif. Dès demain je renvoyons
(se reprenant) ]e renvoie mon bail... Je ne veux pas avoir rien de commun... parce que... c'est pas sa faute... c'est la mienne... je savions bien que tous ces propos de Paris c'est des... Mais il était si bon!... Ah! voyez-vous c't enfant sera cause que je n' l'oublierai jamais.
BERTRAND
Qu'est-ce que vous dites donc, mamselle Denise?..
Air : Faut l'oublier.
Faut l'oublier , j' vous 1' dis d'avance, Faut l'oublier pour vot' repos ; Songez que le plus grand des maux Est un amour sans espérance.
DENISE
Monsieur Bertrand , j'y songerai :
Toute espérance m'est ravie ;
, Ah! soyez sûr j'obéirai
Je me dirai toute la vie :
Je l'oublîrai. (3 Jais.)
Etienne entre avec un platau. Tenez, tenez , mamselle.
coco > se levant.
J'ai bien soif aussi.
BERTRAND
Prenez , prenez , Denise... du courage...
DENISE
Oh ! j'en aurai.
Elle a bu à peine une cuillerée , qu'elle donne à Coco.
COCO
Il est bon le vin de ia ville.
s SCÈNE IX.