‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 40 sur 44 · AUGUSTE, DENISE · texte numérisé non relu

AUGUSTE, DENISE

AUGUSTE

Denise , vous ne m'attendiez pas dans cet équipage.

DENISE

Je vous attendais , n'importe comment.

auguste.

Les voyages ne m'ont pas réussi.

DENISE

Je n'ai pas le courage d'en être fâchée.

JLUGUSTE.

J'ai eu du malheur....

Du malheur! et vous ne m'avez pas écrit ! .* ,

AUGUSTE

Vous écrire! le pouvais-je? Devais-je entretenir un espoir que je ne puis réaliser?

DENISE

Que voulez-vous dire ?

AUGUSTE

Lorsque j'étais riche, mes professeurs m'avaient donné de mes talens une haute idée ; mais, quand j'ai voulu professer moi-même , je n'ai pas tardé à reconnaître que je n'étais qu'un écolier,., de première force.

DENISE

Pauvre monsieur Dalville ?

AUGUSTE

Ma vanité en a souffert autant que ma bourse. Mais ce n'est pas là ce qui m'a le plus affligé. L'ingratitude de mes amis , l'abandon de celui que j'aimais , que je traitais comme un frère....

"SfvandeStadBru**

DEINISE.

En elïet vous êtes seul.. . Qu'est donc devenu Bertrand?

AUGUSTE

Il s'est lassé de mes folies.

Bertrand vous a quitté? volontairement? Non,

non, ce n'est pas possible.

Air : De Psyché.

Gomme au village il a reçu la vie , Il a gardé les mœurs de son hameau , Il est resté fidèle à sa patrie, Il est resté fidèle à son drapeau.

En tout temps l'honneur fut son maître, Et je suis sûre qu'aujourd'hui, Quelque part où Bertrand puisse être , Il est toujours fidèle à son ami.

AUGUSTE

Et pourtant il m'a abandonné. J'étais à Londres ; je revenais de donner une leçon au fils de lord Falkland , la tête la plus dure des trois royaumes : le maître de l'auberge où nous demeurions me remit une lettre. La voici ; elle ne m'a pas quitté.

Il la donne à Denise.

denise, lisant.

(c Mon lieutenant , une expédition se présente où il y a gloire et profit pour votre fidèle Bertrand ; il n'a pu balancer un instant à tenter fortune aussi de son côté. Il part. Les circonstances peuvent le mener loin 5 ne vous gênez pas pour l'attendre... il vous retrouvera toujours bien. » Cet!** lettre n'annonce pas une séparation . . .

AUGUSTE

Mais depuis ce jour-là, j'ai vainement attendu son retour; et il y a de cela...

Près de trois mois..

Vous saviez?...

DENISE

Nous étions en correspondance ; et voilà près de trois mois que je n'avais reçu de vos nouvelles. Mais, Monsieur Auguste , pourquoi penser mal de Bertrand ? j e répondrais de lui. Dans vos voyages , si quelqu'un vous avait dit que Denise vous avait oublié , vous l'auriez pu croire ?....

AUGUSTE

Quoi! Denise, vous pensiez au malheureux Auguste ?

DENISE

Oui, Monsieur. Mais j'oublie que vous êtes fatigué; entrez... entrez donc... je n'ai pas besoin de vous dire que vous êtes ici chez vous.

AUGUSTE

Chez moi ?

DENISE

C'est avec votre argent que j'ai fait bâtir cette maisonnette, et vous n'avez jamais cessé d'en être, à mes yeux , le propriétaire.

AUGUSTE

Moi? Denise... Non, non , ne gâtez pas le peu de bien que j'ai pu faire : ce souvenir a tant de charme pour moi!... Loin d'ici il m'aidera à supporter...

DENISE

Loin d'ici!... vous ne partirez plus.

AUGUSTE

Denise, il m'est impossible...

Eh! quoi, Monsieur, vous ne vous rappelez donc plus votre promesse?

AUGUSTE

Ah! je dois renoncer au bonheur!

DENISE

Y renoncer!... et pourquoi? Qu'y a-t-il donc de changé entre nous? N'êtes-vous pas toujours pour Denise le seul homme qu'elle ait aimé ! Votre refus , votre éloignement la tueraient; et vous ne voudriez pas être cause de la mort de la pauvre laitière.

AUGUSTE

Denise , je ne possède rien.

DENISE

Ah! que je voudrais être à votre place, et que vous vinssiez me dire : Denise , vous êtes tout pour moi ; sans vous, point de bonheur; je mourrai de chagrin si vous n'êtes point à moi.... Comme je vous répondrais : Monsieur Auguste, ne mourez pas... Vous voulez ma main... la voilà, la voilà...

Trio , musique de M. Hus- Desforges.

Voilà , Monsieur, ce que dirait * La pauvre petite fermière.

AUGUSTE

Hélas !... que dois-je faire ?

J'éprouve uu embarras secret.

DENISE

La voilà cette main qui vous parut si chère , Prenez , prenez, prenez-la donc , entendez-vous.

Je n'y puis résister... je tombe à vos genoux.

Bertrand dans la coulisse , imitant Denise dans le deuxième acte.

Laitière.

DENISE

Laitière.

BERTRAND, toujours dans le lointain.

Laitière.

DENISE ET AUGUSTE

Ciel ! qu'est-ce que j'entends?

Bertrand dans la coulisse, imitant Denise dans le premier acte.

Hue donc ! Jean-le-Blanc !

DENISE ET AUGUSTE

C'est Bertrand.

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