‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 41 sur 44 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes, BERTRAND en habit de voyage.

BERTRAND

Oui, c'est moi-même.

DENISE ET AUGUSTE

C'est Bertrand.... cher Bertrand!

BERTRAND

Oui, c'est moi-même, Mon lieutenant , Oui, c'est Bertrand.

DENISE. AUGUSTE

Bonheur suprême ! Surprise extrême !

ensemble sur V air final du quatrième acte.

Point de chagrin qui ne soit oublié Entre l'amour et l'amitié.

BERTRAND

Je vous l'avais bien dit, mon lieutenant, que je vous retrouverais. Ah ça ! je suis sûr que vous n'avez pas été inquiet?

DENISE

Kon, non, Bertrand.

BERTRAND

Vous vous êtes dit : Si Bertrand ne revient pas , c'est qu'il s'occupe de moi; et vous avez eu raison. Dans le

(85) temps où vous couriez le caclietàLondres,moii lieutenant, j'avais remarqué à différentes fois un homme qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à un coquin de notre connaissance^ seulement je lavais connu blond... et il était devenu brun. Un beau matin le particulier, en passant près de moi , s'avise de dire à un honnête homme de ses amis, qu'il partait pour Calais. Bon , me dis-je, excellente occasion d'éclaircir mes doutes -, je rentre à l'auberge, je vous écris, et en route. Nous voilà sur le paquebot... je tenais mon homme là... en serre -file. Je l'aurais bien entamé chemin faisant ; mais j'avais mon plan , et je voulais jaser avec lui en tête-à-tête. Il m'échappe à Calais. On me dit qu'il a pris la route d'Amiens ; crac, dans la diligence. J'arrive à Amiens-, il venait d'en partir pour Strasbourg. J'y cours en poste. Là, je descends au même hôtel... cette fois je tiens mon homme. Je me présente à lui. Je m'appelle Bertrand, camarade, vous devez me remettre ? — Moi , dit-il, je ne vous connais pas. Je fais sauter sa perruque pour lui rendre la vue plus claire... il se fâche... je lui montre le bout d'un petit instrument de poche... il veut crier... je l'appelle par son nom... il paraît que c'est là ce qu'il craignait le plus. Son nom lui a fait un effet!... il faut qu'il ait regardé cela comme une fameuse injure. Monsieur Destival? lui dis-je...

DENISE ET ÀUGUTE.

Monsieur Destival !

BERTRAND

C'était l'individu. Nous avons des comptes à régler ensemble ; où est le porte - feuille de mon lieutenant, et ses deux cent cinquante mille francs i} — Je ne Ips ai pas. — Il me les faut. — Je ne les ai... — Point de réplique ,

(86) ou je te brûle. A ces mots, notre coquin transi de peur, m'avoue qu'il en a mangé une partie ; celle-là je la lui ai laissée. — Et le reste? — Le reste, le voici , me dit-il en tirant de sa poche un petit porte-feuille contenant quatre-vingt-six mille francs. Les voilà, mon lieutenant-, il n'y manque que les frais de route.

AUGUSTE

Excellent homme !

BERTRAND

Àh ! vous m'avez fait faire presqu'autant de chemin que le fripon...

Il va pour remettre le porte-feuille à Auguste , mais celui-ci lui fait signe de le donner à Denise.

AUGUSTE

Air : De Colalto.

Ce dépôt qui semblait perdu Détruisait l'espoir de ma vie ; Par l'amitié s'il m'est reudu, Désormais la prudence à l'amour le confie. Ah ! dans les jours de la douleur Mon cœur apprit à le connaître ; Et dans ses mains je vais remettre Et ma fortune et mon bonheur!

Et si maintenant que vous êtes riche , je vous refusais à mon tour ?. . . Mais non , je ne veux pas me punir.

BERTRAND

Comment! le mariage nest point encore fait?... moi qui craignais d'arriver trop tard ! . .

DENISE

INous vous attendions —

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