ADRIEN
N éclair de bonheur
Comme le elin d'œil complice entre deux portes,
Un claquement d’aile du malheur
Comme la phrase musicale qui s’enfonce aux abysses du souvenir,
Font lever quelques bulles dans la pâte obscure
Et je contempie avec stüupeur
Ce visage que je ne reconnais qu’à travers un rêve épais,
Ces mains étrangères et sournoises
Et ce corps et ce squelette concentriques,
Je contemple ce moi
Comme le père lorgne son enfant nouveau-né
Avec je ne sais quelle horreur amüsée,
Avec le regard vide du joueur qui a tout perdu,
Avec cette politesse terrible que donne le goût de l’humour ;
Un frisson de la nuque aux reins,
Une crispation aux commissures des lèvres,
Un imperceptible battement de paupières,
Le tragique petit cinéma se met à ronronner dans l’ombre ;
Et déroule obatinément son film irréel,
es ondes ei ses spires,
es silhouettes entremélées,
Ses irisations à peite entrevues,
Ses yeux qui sont des yeux vus dans des yeux,
Ses papillotements de fatigue.
Ah Seigneur, Âvec quoi voulez-vous bourrer, Âvec quoi voulez-vous lester
Cette chrysalide sans contour où rien ne pèse ?
Ab Seigneur, comment pourrez-vous Sculpter en marbre
Ce souffle où l’instant ne peut même se poser ?
Comment pourrez-vous saisir avec vos lourdes
ROSE MYSTIQUE mains d’airain Ce sable qui s’enfuira entre les interstices de vos doigts ?
Ah Seigneur,
Cette pulsation
Plus légère que la goutte de rosée au fil de la Vierge,
Plus instable que le passage du Bien au Mal,
Comment pourrez-vous la soumettre à vos balances ?
Seigneur, Seigneur,
Comment pourrez-vous faire entrer dans cette âme
Tous les pesants mystères de votre éternité ?
PUNCTUM CAECUM
Deus in adjutorium meurm intende, * Domine ad adjuvandum me festina.
PsaumE 69.
mon Bien-Aimé,
Je t'ai donné mon amour sans marchander,
Je t’ai donré mon amour sans rien garder pour moi,
J'ai tout rempli de toi les souterrains de ma pensée,
Je me suis fondu dans l’anéantissement de tes confidences,
Je t’ai respiré dans l’air que je respirais
Et tu étais bien plus que mon Dieu, tu étais le Bien-Aimé.
À quoi bon te dire ces choses, que tu sais comme tu me sais ?
À quoi bon ce blasphème de te redire mon amour ?
C’est que je n’ai pas mérité
ROSE MYSTIQUE
Ce silence qui descend lentement sur moi comme un voile.
C’est que je cherche vainement
À comprendre les oscillations de ta grâce,
O mon Bien-Aimé,
Moi aussi je te crie le voglio de Catherine de Sierine
Moi aussi je veux que ton Amour réponde à mon amour.
Pardorine-moi s’il faut encore que tu pardonnes,
Mais, plutôt ne sois plus l’éternel pardonneur :
Ne t’ai-je point pardonné, sans retour, ‘de m'avoir fait naître ?
Ne sois ;plas le Rédempteür :
Qui pourrait me racheter moi qui mé ‘suis vendu à Toi ?
Que tes Bras en croix ne barrent plus la route à mon amour
Mais qu'ils s’ouvrent pour l’internelle Consolation.
Ne sois plus Celui qui va et qui ‘disparaît au loin,
——— LA LAMPE OBSCURE Ke sois plus Celui qui s’évanouit au moment où on va le toucher,
O mon Bien-Aïmé, ne sois plus le Dieu Prodigue,
Le Dieu qui revient juste au moment où il va être trop tard,
Car il est des instants où je sens
Le tourbillon de l’angoisse qui s’enlace à moi comme un lierre,
Et je tâtonne les yeux bandés comme en quelque cruel jeu d'enfants.
CG mon Dieu, hâte-toi, hâte-toi !
J'ai peur que mes yeux ne s’ouvrent sur une autre lumière
Sur une lumière plus aveuglante et plus crue
Que celle qui tombe à midi sur les déserts de pierres,
J’ai peur que ne vienne heurter à mon cœur le terrible pic-vert du doute,
J'ai peur d’imaginer que ce que j’aime en Toi
C’est le reflet de mon image dans la fontaine
de tes Yeux.