‹ La langue basque et les idiomes de l'Oural structure grammaticale et déclinaisonChapitre 26 sur 27 · LANGUES FINNOISES · texte numérisé non relu

LANGUES FINNOISES

Instrumentiil

ka ou ga.

ïclieremisse ( romitatif-allatil ) ka. Ex. raika , de nouveau (rat, novum; mindir-ka, au loin (mindir, longinqunm).

Caritil.

ge.

Le k. linal marque la négation en Lapon. Ex. hôlek, non dictum, de kal, sermo; kerdok, non dnpiicatns, de kerdom, duplicatio.

2' Caritif.

en t ou tl ; e\. chatikett , boiteux , de chango, jambe.

Suomi II, tæ, marque la négation. Survène tag, sine. lapon tis, non, sinè.

Sociatir.

kin (comp. au Latin ciim).

Lapon, kum, ywoim.

l'Iuriei.

ak, a disparu aux autres cas que le nominatif; mais nous savons que cette forme qui existait primitivement à tous les cas s’est conservée dans un dialecte Basque Es|tagnul , pour le génitif et le datif pluriel qui sont en ak-en, ak~i.

Lapon-Suédois ak ou gak. Ex.

œdiiam, terre; noniiu. plur.

œdnamak; yurda , pensée; unmin. pinr. gurdagak. magyar ak, ek, ok, suivant les luis deriiarmonic des voyelles.

Ex. atya, pater; atyà-k, patres ; ember, Uomo, ember-ek, liomiues; dob, tambour, dobok, tainixuurs.

Enfin, pour compléter ce tableau des aflinités du Basque avec les langues Finnoises, nous mentionnerons même celles qui se produisent en dehors de la déclinaison.

Le nom de nombre bederatsi, neuf, est formé de bat, un, comme en Suomi ydexen, neuf, de yksi, un.

Certains noms de nombre ont en Basque une finale tsi, dont les autres sont dépourvus. Ex. :ortsi, huit, et bederatsi, neuf. De même en Lapon, pour la finale t. Par ex. akt, un. En Suomi, pour la désinence si. Ex. yksi, un, et kaksi, deux. Ceci nous rappelle (pi’en Tchercmisse, la dentale ou sifflante finale transforme les adjectifs numéraux et indéclinables en substantifs déclinables.

La finale infinitive Basque en te ou ize, par ex. ya-tea, manger, nous rappelle les noms verbaux en tacæ du Suomi. Par ex. dans syœlaeee, manger.

Nous pouvons rapprocher le adin, signe de l’optatif en Basque. Par ex. nadin, que je sois, du adagn qui a la même valeur en Ostyak. Ex. ma werem, je fais; ma adagn wcrem, que je fasse.

Le Mordvine jouit, mais dans une proportion plus restreinte que le Basque, de la faculté d’accoler le pronom régime, soit direct, .soit indirect, au verbe. Le Magyar incorpore aussi parfois le régime direct, mais seulement à la troisième personne. Ex. ir, il écrit (sens général), et ivja a levalet, il écrit la lettre (litt. il l’écrit, la lettre).

Enfin n’oublions pas l'existence en Eskuara, aussi bien que dans les langues Ouraliennes, d’une loi, en vertu de laquelle deux consonnes contiguës ne peuvent commencer un mot. Cette règle, aujourd’hui as.sez mal observée des Basques, s’applique rigoureusement à la plupart des mots anciennement admis dans la langue. Par ex. dechristianus, ils ont fait giristinno ; de cruz, khurutze, etc. Elle n’a sans doute fléchi que par suite de la pression qu’ont exercée les dialectes d’origine Latine.

.\joutons à tout ceci la communauté ou l’analogie d’un nombre fort restreint de radicaux, qui se trouvent à la fois en Eskuara et chez les Finnois ou les Turks, et vous aurez une idée assez complète des analogies existant entre les deux familles linguistiques qui nous occupent. Il est temps, à cette heure, de passer aux dissemblances.

§ II. — DES D1FFERENCE.S EXISÏA.NT ENTRE LE BASQUE ET LES IDIOMES DE L’OURAL

Le caractère essentiel de la langue Basque, c’est de pouvoir attacher certaines désinences, soit verbales, soit substantives, à tous les radicaux sans exception, et de les

répéter jusqu a l’infini. Par ex. errege, roi; erregea, le roi; erregearen, du roi ; erregearena, celui du roi; erregearentze, faire qu’une chose devienne celle du roi ; erregearentzea, l’action de faire qu’une chose, etc.; erregearentzearena, de l’action de faire, etc., etc. On pourrait continuer ainsi indéfiniment.

Dans les langues Finnoises, il n’en va pas ainsi : si quelques désinences peuvent s’attacher à un grand nombre de radicaux, ce ne .sont guère que des particules postpositives et elles ne se répètent guère plus de deux fois de suite.

Les marques de temps, les désinences numérales, en Lapon, en Suomi, sont parfaitement distinctes des finales casuelles et ne semblent pas dérivées de ces dernières. C’est tout le contraire de ce qui a lieu en Basque.

Le verbe ne peut pas se décliner chez les peuples de l’Oural, comme il fait en Eskuara. Par ex. dans nizala, nintzan.

La méthode intercalativc est beaucoup plus développée chez les Ouraliens que chez les montagnards Pyrénéens. Les Finnois, les Turks, les Mongols rejettent à la fin la désinence verbale, lors([ue plusieurs verbes sont contigus et dépendants d’un même membre de phrase; c’est ce que les Basques ne font jamais, et, chez eux, la méthode intercalative ne s’appli(jue guère qu’à la déclinaison.

Il est douteux que les flexions multiples soient primitives dans les idiomes Finnois, tandis qu’elles le sont très vraisemblablement en Eskuara. Ici donc, il n’y aurait que simple coïncidence et ressemblance due au hasard. D’ailleurs, une assez notable différence doit être signalée dans la manière de traiter ces flexions multiples. La fusion des divers éléments est beaucoup plus intime chez les Ouraliens que chez les aborigènes de l’Espagne. En Ostyak, par exemple, dans. le dialecte Yétique, nous trouvons semivet, ex oculo. Le t marque une vieille forme élative que l’on ne rencontre plus que dans un petit nombre de locutions. Par

ex. tatt taghel, ex illo loco. La syllabe ci, qui n’est plus employée seule, correspond évidemment à la particule inessive be, du Magyar. Au contraire, dans le Basque Espanaratekoan (déjà cité), les flexions de l'illatif, du locatif et de l’inessif sont simplement juxla-posées l’une à l’autre sans mutilation.

Les idiomes Finnois ne connaissent pas ces consonnes euphoniques intercalées, comme dans le Basque yizona-r-i, honiini, et ne craignent pas au besoin d’élider les voyelles contiguës; ils n’ont rien non plus qui nous rappelle la particule infinitive intercalée dans l’inessif Basque indéfini en tan, l’illatif en tara. Ils ne possèdent pas davantage ces formes spéciales pour les genres animé et inanimé, dont la déclinaison Basque offre plus d’un exemple.

Le Basque a complètement perdu le duel, employé aujourd’hui encore en Lapon pour le pronom personnel et le verbe; dans un dialecte Ostyak pour le nom. Il est probable, toutefois, qu’il le possédait à l’origine et l’aura abandonné par la suite des temps.

Aucun idiome Ouralien, sauf le Mordvine, ne distingue le défini de l’indéfini , d’où l'on peut conclure, sans trop de témérité, que ce dernier ne possédait point cette double forme à l’origine, et qu’il l’aura acquise seulement après sa séparation des autres dialectes de la même branche. D’ailleurs, il ne traite pas ces deux modes de la même manière que le Basque. Le signe du défini Basque consiste en un a, qui disparaît à certains cas et précède le signe de la déclinaison. Ex. (jizon-a~ren. Au contraire, le signe du défini en Mordvine est un « ou < final, lequel suit la désinence casuelle. Ex. saelmen-t, de l’œil. Ce signe du défini dérive évidemment du pronom postposé se, le, celui. Enfin, le .Mordvine a un pluriel indéfini et un pluriel défini, tandis qu’en Basque l’indéfini n’existe pas au pluriel et eonstitue un troisième nombre.

Nous n’avons jamais rencontré le « postposé du Suryène

employé autrement qu’avec un participe, et nous ignorons s’il peut s’accoler au nom.

Il serait plus que téméraire de i-approclier, bien qu’il se ressemble singulièrement et pour la forme et pour le sens, le médiatif Basque en z du translatif Finnois en ksi; Estlionicn de Revel en ks; Esthonien de Dorpat en s. Ex. silmrc-ks, silme-s, per oculum, par la raison que la forme primitive est évidemment celle en ks, laquelle est une forme composée. Il est douteux , nous l’avons déjà dit, que ces formes composées fussent déjà en vigueur, lorsque les peuples des rives de la Baltique se sont séparés des autres tribus de même souche.

On ne saurait tirer aucune preuve d’affinité de ce fait qu’en Suomi, comme en Basque, le nominatif pluriel seul a une consonne pour carectéristique, tandis que les autres cas prennent une voyelle. Ex. Suomi, keede-t, les mains; kœtc-i-n, des mains (t marque du pluriel et n du génitif). Mous savons en effet qu’en Eskuara, à l’origine, le k, marque du pluriel, se montrait à tous les cas.

Les peuples Finnois ne poslposent pas, comme les Basques, an mot principal des suffixes pour exprimer tous les degrés de dimension ou de comparaison. Par ex. en Basque, gizon, homme; (jizoneghi, trop homme; gizonche, un peu homme, gizoncheghi , un peu trop homme, et ainsi de suite à l’inlini. Les idiomes de l’Oural se bornent aux suffixes du comparatif et du superlatif. Quelques rapports de comparaison sont, mais par exception, exprimés au moyen de particules postpositives. Par ex. en Suomi, uahingoko, un peu vieux.

Ce qui est surtout à remarquer, c’ést la profonde dissemblance existant entre les pronoms Finnois et les pronoms Basques, le pronom étant de toutes les parties du discours, peut-être, celle qui conserve le mieux sa physionomie primitive. Le Basque n’a point d’affixes possessives comme le Suomi ou le Turk.

Enfin, si les déclinaisons Basque et Finnoise offrent à beaucoup d’égards de surprenantes analogies, ces analogies sont beaucoup moins marquées en ce qui concerne la conjugaison.

L’Eskuara ne paraît point, à l’origine, avoir possédé de verbe substantif; il l’a formé vraisemblablement du pronom, et cela pour imiter les idiomes voisins, dans lesquels ce verbe existait. C’est ainsi que la langue Yucatèque s’est forgée, au moyen du pronom de la troisième personne, une sorte de verbe êlre dont l’ancienne langue était dépourvue, et ce changement n’est évidemment dû qu’à l’influence Espagnole. Aujourd’hui, la conjugaison régulière du verbe Basque se fait uniquement en accolant un nom verbal, muni de certaines flexions casuelles, aux auxiliaires être et avoir. Enfin, dans les auxiliaires et les verbes syncopés, conjugués les uns sur le modèle du verbe êlre, les autres sur celui du verbe avoir, le Basque prépose toujours le pronom au radical verbal. Ex. nayo, je demeure, pour eyoiten naiz, sum in mansione. Ce que ne font jamais les Finnois.

Au contraire, chez ces derniers, le verbe être paraît provenir non d’un pronom, mais d’un radical verbal ayant à l’origine le sens de vivere, slare. La conjugaison descriptive, formée d’un radical verbal, soit seul comme en Magyar, soit d’un radical verbal décliné comme en Lapon, n’est que d’un usage fort restreint. La conjugaison normale se fait, à peu près comme dans les idiomes Indo-Européens, par la réunion d’un radical et d’un pronom suffixe, souvent unis l’un à l’autre par une voyelle.de liaison. Ex. Suomi, oll-e-n, je suis (radical, oll; n pour m, de mince, je, moi, et e, ligature).

Le système suivi dans quelques dialectes de l’Oural pour la conjugaison, lequel consiste à remplacer le verbe par un participe, par ex. toi me conduisant pour tu me conduis, ne saurait se reproduire exactement en Basque, puisque le pronom régime doit s’accoler à l’auxiliaire. De là encore,

une difîérence notable entre les conjugaisons, toutes les deux d’ailleurs si riches et si compliquées, du Mordvine et du Basque. Le premier de ces idiomes accole directement le pronom régime au radical verbal.

Ajoutons enfin, pour être complet, que la loi ù’harmonie des voyelles, caractéristique des idiomes Finnois et Turks, et en vertu de laquelle les voyelles de la désinence doivent être de même nature que celles du radical, ne se retrouve point en Basque. Les travaux si intéressants, à cet égard, du prince Louis-Lucien Bonaparte, nous font connaître, dans certains dialectes Basques, l’existence d’une loi toute contraire, celle de la dissemblance des voyelles (1). Nous n’avons retrouvé dans aucun dialecte de l’Oural trace de cette règle, strictement observée en Basque, et en vertu de laquelle nul mot ne peut commencer par un r. Par ex. Erroma, Rome; erreye, roi (Lat. regem).

Pour nous résumer, la langue Basque offre avec les langues Finnoises beaucoup de ces affinités, qui tiennent à une manière analogue dans la façon de comprendre le système grammatical. La ressemblance formelle de certaines désinences déclinatives, et ce fait que la plupart de ces désinences, qui ne sont pas analogues à celles du Finnois, semblent empruntées aux idiomes Indo-Européens et Celtiques, constitue une particularité très importante à noter. Il en faut dire autant de la dérivation du nom de nombre neuf, tiré de l’unité. Mais, d’un autre côté, la profonde dissemblance qui éclate entre ces deux groupes de langues,- si nous étudions leurs pronoms, leur mode de conjugaison, etc., ne nous permet guère de les traiter comme sœurs. Somme toute, le Basque ne se rapproche pas plus, pas autant peut-être des idiomes Finnois, que ceux-ci ne se rapprochent du groupe Indo-Européen.

(I) Voy. langue Basque et langues Finnoises, par S. A. 1. le prince Louis-Lucien Bonaparte.

Les pronoms personnels du Lapon mon, lodn, sodn, moi, toi, lui, par exemple, ressemblent prodigieusement au Latin me, te, se. Cependant, on n’oserait prétendre que le Lapon et le Latin soient unis entre eux par un lien quelconque de parenté. Je crois qu’il faut, jusqu’à nouvel ordre, en dire autant de l’Eskuara mis en parallèle avec les dialectes Ouraliens, et reconnaître que les affinités qui se manifestent entre eux proviennent d’un fait facile à comprendre. Les systèmes grammaticaux radicalement distincts l’un de l’autre n’étant pas nombreux, et pouvant se ramener aux trois grands types de la juxta-position ou monosyllabisme, de l’agglomération et de la flexion, l’on conçoit que deux peuples, sans communication l’un avec l’autre, aient pu, par hasard, tomber d’accord sur un certain nombre de règles essentielles; que même, par la suite des temps, ils aient développé un fond analogue, suivant des règles presque identiques, et qu’ils en soient enfin arrivés à offrir dans leur langage des ressemblances frappantes, bien que fortuites.

Des études plus suivies ont, jusqu’à un certain point, modifié notre ancienne manière de voir. A cet égard , s’il est téméraire, dans l’état actuel de la science, de rejeter toute idée de parenté entre le Basque et les idiomes Finnois, il le serait plus encore peut-être d’admettre cette parenté comme un fait certain ou simplement probable. S’il nous fallait opter à toute force, nous aimerions mieux voir dans l’Eskuara un congénère de certains dialectes du Nouveau-Monde , qu’un frère du Mordvine ou de Vogoulc ; C’est ce que nous allons tâcher de développer dans le prochain paragraphe.

§ 111. — DES AFFINITÉS DU BASQUE AVEC QUELQUES IDIOMES DES DEUX CONTINENTS

M. de Humboldt avait déjà remarqué la physionomie toute Américaine à certains égards de l’Eskuara, et il

expliquait ce fait, beaucoup plulôl par une similitude dans le génie des deux races que par un lien de parente primitive. Peut-être l'illustre savant ullait-il un peu loin; les alTinités qui se manifestent, par exemple, entre les dialectes du groupe Lenâpé ou Algonkin-Cbippeway et l’Eskuara semblent d'une nature trop intime pour être due au seul hasard.

Dans CCS dialectes Canadiens , nous retrouvons généralement, ainsi qu'en Basque, la structure agglomérante, l’emploi des postpositions, mais tout cela n’est pas le plus important. Il existe un procédé uniforme dans la manière de former les mots composés, tant en Lenapé qu’en Kskuara, et ce procédé semble étranger aux autres familles linguistiques. Lors, par exemple, que deux mots .s’unissent pour constituer un mot composé, la partie radicale de la seconde de ces formatives s’efface. Par ex. en Basque, ilhun, crépuscule, pour hil~e</un (litt. mortua dies). llemeretsi, dix-neuf, pour hamar (decem) et bederatd (novem). Orzanz, tonnerre (litt. bruit du nuage, de orz, nuage, et azanz, bruit, etc.) En Lénâpé, pilapé, jeune garçon , de pilsill, castus, et lenapé, homo.

On trouve des exemples de ce mode de formation dans les langues les plus diverses, mais seulement à l’état de très rares exceptions. Ex. en Latin , malo , pour nuujis volo. Nolo, poqr non volo. En Français (dans le langage vulgaire), mainzdle, mademoiselle. En grec, zopreà, prendre vivant, pour zôon agreô. En .Allemand, heim, zum, chez, auprès, pour hei dem, zu dem. En Flamand, vant, de, pour van het. En Espagnol, usted, pour ruestra nierced. En Arabe, raeoullah, prophète de Dieu, pour raçoul el alluh. En Japonais, anata, je, moi ; konnta, tu, toi ; Sonata, il, lui, pour ano kata, kono kola, sono kata (litt. cette place, cette place-ci, celte place-là). Koyé, cabane, pour Ao-i'ye (litt. petite maison).

Dans les patois du Nouveau-Monde, la plupart des mots

sont formés ainsi. En Basque, ce procédé d'élimination, quoique moins souvent employé, l’est encore infiniment plus que dans les autres idiomes de l’Ancien-Monde, et s’il n’est pas aussi général qu’en Delaware, cela tient sans doute à l’influence Indo-Européenne.

Il y a, toutefois encore, une différence à établir entre l’Eskuara et le Lénâpé. Le premier de ces idiomes n’emploie guère le procédé d’élimination que pour des composés de deux substantifs on d’un substantif et d’un adjectif. An contraire, les dialectes Canadiens unis.sent par ce mode de composition jusqu’à des membres de phrase entiers. Ex. en Lénâpé, kitanniton'it , lui qui est le grand esprit, de kilchi, grand; manitou, esprit; et tint, désinence verbale. Kitagichgouk, espèce de serpent qui ne sort que de nuit, de kilamen, timere; gicliouh, soleil; et achgouk, serpent. K’ouligalchiz, nom d’amitié qui se donne aux animaux domestiques, de k', toi; woulit, jolie; achgat, patte; et chîz, signe du diminutif (litt. toi, la jolie petite patte). Il est vraisemblable qu’ici encore- le contact avec les peuples Indo-Européens a dû déterminer les Basques à restreindre l’emploi du procédé en question, tandis que chez les tribus barbares du ISouveau-Monde, il a conservé son extension primitive.

Très probablement ces règles décomposition ont été la conséquence du penchant qui porte les peuples sauvages à restreindre le nombre des radicaux, comme s’ils craignaient de charger leur mémoire, et par conséquent à multiplier le nombre des mots composés. Au contraire, les races qui ont toujours gardé un certain degré de civilisation ont aussi conservé un nombre considérable de radicaux, et se sont bornées à leur joindre des désinences dérivatives. Comme cet usage d’adjoindre des radicaux composants l’un à l’autre devait allonger le discours outre mesure, on chercha un moyen d’abréviation. Le plus simple consistait à éliminer une partie de ces mêmes composants.

On remarquera en effet que le Basque, comme les idiomes Américains, est fort pauvre en radicaux et a beaucoup de mots composés. Nombre d’idées rendues par un dérivé dans nos idiomes sont rendues, en Basque, par un double substantif. Ex. belhaun, genou, de belhar, front, et oin, pied. Hülargi, lune (litt. mortuum lumen), de hili, mori, et argia, lumen.

Les idiomes Canadiens admettent, comme l’Eskuara , la distinction entre le genre animé et le genre inanimé, mais ce qui les différencie de cette dernière langue, c’est que la distinction n’a pas lieu dans les noms pour le singulier. La désinence plurielle animée de ces dialectes est en ak, ek ou k; ce qui nous rappelle les pluriels en ak du nominatif Basque. Ex. Lenàpé, tcholens, oiseau; plur. tcholensak. Basque, gizon, homo; plur. gizonak.

La déclinaison disparaît à peu près dans la famille Lénâpé, ce qui serait tout au plus une preuve de l’altération subie par ces idiomes, sous la double influence du temps et de l’éloignement du séjour primitif. Ainsi nous voyons les idiomes Indo-Européens j)erdre leur déclinaison en vieillissant. L’Anglais, par exemple, ne possède plus ces flexions casuelles, encore conservées dans l’Anglo- Saxon. Il en est de même du Français actuel par rapport au Français du temps de saint Louis, qui admettait la distinction entre le cas direct et le cas oblique.

Le système de numération Canadien rappelle à plus d’un égard le système Basque. Tous les deux ils possèdent la numération par vingt, et disent trente et dix ou deux fois vingt pour quarante. Le système quinaire, presque toujours uni au système vigésimal , existe chez les tribus du Nouveau-Monde. Le Basque lui-même en offre quelques vestiges. Tous les adjectifs numéraux de cinq à dix sont caractérisés par une finale i dont les autrss sont dépourvus, par ex. sei, six; zazpi, sept; zortzi, huit; bederatsi , neuf. Ce qui paraît indiquer dans ce dernier idiome une

tendance à passer du système décimal pur au système mixte décimal et quinaire, la pure numération par dix paraissant avoir été, dans l’origine, commune à toutes les familles de langues, sans exception. Si elle s’est modifiée, si elle a en partie cédé la place aux systèmes combinés par cinq et par vingt, il convient, sans aucun doute, de voir là le résultat d’une décadence de la civilisation, la conséquence de cette tendance des peuples barbares à diminuer le nombre de leurs radicaux, et de cet affaiblissement si remarquable des facultés calculatrices chez presque toutes les nations sauvages.

Nous avons de ceci un exemple frappant, même au sein de la famille Altaïque; le Turk, le Suomi , le Lapon, le Mongol ne possèdent que la numération par dix. Chez les peuples du groupe Yénisseïen déjà, les nombres supérieurs à cinq peuvent se rendre, soit par un radical simple, soit par des expressions telles que cinq et un, cinq et deux, pour dix et sept. Enfin la langue Aino n’a plus conservé que ce dernier mode de procéder.

Ajoutons que, dans certains dialectes Canadiens, le nombre neuf, comme en Basque, comme en Suomi, semble avoir le même radical que le nombre un. Par ex. en Etchemin, bechkon, un, et pechkokem, neuf. Nous avons . de fortes raisons de croire que ce procédé a été, à l’origine, suivi par tous les peuples Lénâpés.

Les pronoms personnels de la première et de la deuxième liersonne, dans les langues Lénâpés, ressemblent beaucoup aux pronoms Basques: celui de la première personne est ni, nin ou n ; ni en Basque; celui de la seconde personne ki ou k’ ; ki en Basque (l’aspirée n’étant ici, suivant toutes les apparences, qu’un adoucissement de la gutturale primitive). Les pronoms se préposent au verbe, comme dans la conjugaison syncopée substantive de l’Eskuara. Ex. Lénâpé, n’pendamen, j’entends; k’pendamen, tu entends. De même en Basque, nator, je viens; liator, tu viens.

Un des caractères des langues Canadiennes, c’est d’être exclusivement pronominales. Je m’explique; ces langues peuvent dire, par exemple, noeh, mon père; k’och, ton père ; mais elles ne pourraient pas exprimer l’idée Acpère isolée et non accompagnée du pronom. Cela se retrouve egalement chez les peuples de race Moliawk, et à un degré plus ou moins prononce dans la plupart des dialectes de l’Amérique du Nord. Les missionnaires qui voulurent traduire les prières chrétiennes en langue Huronne ou Iroquoise étaient obligés de rendre ainsi le Gloria Patri : Gloire à notre Père et à son Fils et à leur Saint-Esprit.

Le Basque nous offre un exemple de cette particuinrité, mais seulement pour la conjugaison. Il dira, par exemple, yatcn dat oyia (lilt. je le mange, le pain), mais il ne pourrait rendre exactement et simplement netrc phrase: je mange le pain. Les Eskualdunaks ont tellement l’h,abitudc de sous-entendre le pronom régime dans le verbe, que si l’on demande à un Basque parlant Français ; .As-tu fermé la porte? il répondra; j’ai fermé, et non pas je l’ai fermée.

On reconnaît là cette répugnance des races barbares pour les idées abstraites, et cette tendance à ne considérer les choses qu’in specie, non in genere. Du reste, les progrès de la civilisation , le contact avec les Français et les Espagnols, ont dû restreindre l’emploi de ces formes pronominales au sein de l’Eskuara.

Les pronoms régimes, soit directs, soit indirects, sont toujours postpüsés au verbe en I.énâpé, comme en Basque, ce qui rend la conjugaison aussi riche que compliquée. Enfin le verbe être, qui, comme on l’a vu, ne semble pas primitif en Basque, et n’a sans doute été forgé que pour imiter les dialectes Néo-Latins, n’existe pas du tout dans la plupart des langues de Peaux-Rouges. Gela est si vrai, que M. Duponceaii c.ssaya vainement de leur faire rendre la phrase biblique :,/e suis celui (jui suis. Ajoutons que la

particule go, marque du futur en Eskuara, ex. yango det, je mangerai, paraît se retrouver en Chippeway, mais intercalée entre le verbe et le pronom. Ex. ninôndom, j’entends, et ningonôndom, j’entendrai.

Les dialectes en question ne jouissent pas d’une aussi grande facilité que le Basque pour transformer un nom en verbe, une particule en substantif, ce qui tient surtout à deux causes : qu’ils n’ont point d’article final ni de déclinaison ; cependant ils peuvent, à ce qu’il paraît, faire assez régulièremeiH des verbes de tous leurs adjectifs, et souvent un participe d’un nom. Par ex. tu mulieraia pour tu es inulier.

Lu distinction que font les adjectifs de bon nombre de ces jargons, entre le genre noble appliqué aux êtres animés et le genre ignoble réservé aux objets non doués de la vie, nous rappelle encore la différence reconnue en Basque entre les genres animé et inanimé.

Enfin, l’on peut signaler certaines ressemblances de lexique assez importantes entre ces deux familles linguistiques. Par ex. Bascpie, agam, nourrice ; Algonkin, oge'ma, mère. Narangansett, aroim, chien ; Basque, ora. Lénâpé, tcholens, oiseau ; Basque, chori. Sankhikhan ou Etchemin, ainomon, enfant; Basque, hume. Menomène, pékots, un; Basque, bakhar, unique; Knistineau, pyaA, un; Canadien propre, be’gou, un; Sankhikhan, bechkon, un. Cinq, Basque, borlz ; Sankhikhan, parenach. Main, Basque, eskua, la main; Lénâpé, nachk (avec n préfixe euphonique), etc., etc.

Il semble, en un mot, que le Basque ne soit qu’un idiome Américain, modifié suivant les exigences de la civilisation. Il est probable, en tout cas, qu’au moment où cette langue s’est formée, le peuple qui la parlait n'était pas beaucoup plus avancé que les Peaux-Rouges, au moment de la découverte. C’est ce qui paraît résulter de sa tendance à adopter les systèmes vigésimal et quinaire, de

son mode d’élimination des radicaux composants, de son incapacité à séparer le pronom régime direct du verbe avoir, de la manière imparfaite dont elle a composé son verbe être. Mais si l'on admet une fois la parenté des Basques avec une seule race Américaine, le problème du peuplement du Nouveau-Monde (1) sera plus qu’à moitié résolu. Il est impossible, en effet, de ne pas le reconnaître. La plupart des dialectes Américains situés aux deux extrémités du nouveau continent, comme l’Eskimau et le Péruvien , l’Araucanien du Chili et le Dolaware de la Nouvelle-France, s’ils diffèrent entre eux beaucoup sous le rapport du lexique, se ressemblent tellement, quant à leur structure grammaticale, que la parenté des peuples qui les parlent ne saurait guère être mise en doute.

Les affinités du Basque avec les idiomes Indo-Européens, sauf les cas d’emprunt dont nous avons signalé quelquesuns, semblent se réduire à peu de chose, quant à la grammaire; il en est autrement, si nous considérons le vocabulaire. C’est le contraire de ce qui a lieu, par rapport aux dialectes Américains qui ont beaucoup d’affinités grammaticales avec l’Eskuara, mais peu de ressemblances dans les racines. Il semble que, chez les peuples sauvages, les racines n’aient que peu d’importance, qu’elles s’empruntent, SC perdent et se modifient avec la plus grande facilité, et que la structure grammaticale seule conserve son importance au point de vue ethnographique.

Abstraction faite des mots pris aux dialectes Néo-Latins, la plus grande partie des racines Basques semblent se retrouver en Sanscrit, en Zend, dans les idiomes Slaves, sans que l’on puisse s’expliquer comment elles se sont introduites dans la langue. Tel radical qui ne se retrouve dans aucun des idiomes voisins coexiste en Eskuara et en Sanscrit. Ex. Basque, erdi, moitié; Sanscrit, ardah.

(I) Voy. la note A in fine.

Basque, a^, roc ; Sanscrit, asman, pierre. Basque, zakhur, chien ; Polonais, suka, chienne, etc., etc.

Ces racines ont-elles été de tout temps communes à ces deux familles linguistiques? Il serait bien diflicile de comprendre par quel hasard cela a pu se faire. Les ancêtres des Basques ont-ils été en contact avec les races Indo- Européennes avant d’avoir quitté les régions de l’Asie occidentale, ou bien les radicaux en question existaient ils dans les anciens dialectes Celtiques , et ont-ils passé de là en Ibérie? C’est ce que le défaut de documents anciens ne nous permettra sans doute jamais de savoir.

Nous n’avons pu saisir d'affinités sensibles entre la grammaire Egyptienne et celle des Basques. En revanche, quelques mots Kophtes sont aujourd’hui encore en vigueur chez les indigènes des Pyrénées. Ex.

BASQUE

KOPHTE

Nouveau,

ber ri,

berri.

Aimer,

maitha,

mai.

Femme,

eme.

imé.

Petit,

kichi.

koudehi.

Pain,

ogi (/ eu

phoniq.) oïk; vieil Egyptien, ak, ek.

Renard,

atcheri.

atchari.

Comment ces mots ont-ils passé d’un idiome à l’autre? C’est ce que nous ne pouvons expliquer. L’on peut supposer là-dessus tout ce que l’on veut: que des colonies Egyptiennes se sont établies chez les Ibères ; que les Basques, comme l’ont prétendu quelques auteurs, sont entrés en Europe par le nord de l’Afrique. Deux de ces mots Kophtes, d’ailleurs, se retrouvent chez les peuples Finnois : warras, en Lapon, signifie nouveau ; akchar, en Ostiak, est le nom du renard.

Les dialectes Berbers ne nous ont offert avec le Basque qu’un seul point de ressemblance, mais celui-là très important. Les pronoms personnels , chez les Chellouks du

Maroc, se rapprochent beaucoup de ceux de l’Eskuara, et ils ressemblent plus encore que ceux de ces derniers aux pronoms des peuples Canadiens. Ex.

BASQUE

CHELI.OUK

DIALECTES LliNAPËS

Je, moi,

ni,

nek.

n’, ne, nin.

Tu, toi.

hi.

ki.

k f kl.

II, lui.

nclham,

nekhama.

Celte affinité dans les pronoms ne semble pas fortuite, ou bien il faudrait reconnaître avec M. Pictet que le hasard se plaît à jouer de singuliers tours aux linguistes. .Mais comment expliquer une ressemblance sur un point aussi essentiel entre des idiomes qui d'ailleurs n’ont rien de commun.

Les Chellouks auraient ils pris ces pronoms à des nations de race Ibérienne? Les Muthurguri, par exemple, que Strabon place dans le royaume actuel du Maroc, étaient sans aucun doute des Ibères. Leur nom le prouve, il signifie aujourd’hui encore visages rouges, en Basque, et convient à des peuples dont le teint devait être fort bruni par le soleil. La désinence même du nom de Mauritanie nous rappelle étrangement celles de nombreuses tribus Espagnoles, les Cerretani, les Lacetani, les Bastitani, etc. Mais comment s’expliquer que les Chellouks aient pris aux Ibères précisément la partie du discours qui se transmet le plus difficilement, et ne leur ait point ou presque point fait de ces échanges si fréquents entre races qui se trouvent en contact? En tout cas, remarquons que le Chellouk seul, parmi les dialectes Berbers, semble manifester ces analogies pronominales avec des races étrangères. Nous n’avons du moins rien observé de semblable dans l’idiome Berber également, des Tamacheks. Toutefois, le k final marque encore la deuxième personne chez les Arabes.

Les dialectes Berbers ont encore, dit-on, de commun avec le Basque de ne point commencer leurs mots (sauf

— un -

ceux pps il l’Arabe) par la lettre r, mais nous n’avons pu vérifier ce fait. Enfin, il est certain que là où le système de numération Berber n’a point subi l’influence Arabe, il est resté quinaire et vigésimal.

(Juoi qu’il en soit, espérons que des comparaisons plus étendues, faites entre le Basque et les idiomes de l’Amérique, de l’Afrique et même de l’Europe, pourront jeter quelques lumières sur une des parties les plus obscures de l’histoire primitive.

Note A

Sl'R I.’OIUGINE DES AMÉIIICAI.XS

Plusieurs érudits, notamment M. Adair, avaient fait <les Américains les descendants des anciens Juifs; ils alléguaient, à l’appui de cette façon de voir, i|uelqucs coutumes assez peu probantes. Par exemple, l’exclamation allrlayah, en vigueur chez certaines tribus du sud des Etats-Unis, et qu’ils rapprochaient de V alléluia Hébreu. Les Indiens du Canada regardent, ainsi que les anciens Juifs, les femmes nouvellement accouchées comme impures; mais que conclure d’une opinion (|ue la nature elle-même a pu suggérer à des peuples isolés l’un de l’autre?

L’hypothèse la plus généralement adoptée aujourd’hui est celle de Smith Barton, celle que Malte-Brun a admise du moins en partie. Elle consiste à attribuer le peuplement de r.Amérique à des colons qui auraient émigré d’Asie par le détroit de Behring. Cette opinion ne nous semble pas fort probable. Pour notre part, nous serions porté à croire que l’Amérique a été peuplée par l’Atlantique, à une époque où l’Europe occidentale était encore occupée par des peuples de race Ibérienne. Voici quelles seraient les raisons sur lesquelles nous pensons pouvoir nous appuyer :

1” Les langues Américaines n’ont pas d'allinité sensilile avec celles de l'exlrènie Orient; elles en ont, au contraire, lieauconp avec le Basque actuel, du moins sous le rapport grammatical, ainsi que nous l’avons déjà vu ;

2" Les dialectes (Canadiens sont de tous les idiomes Américains ceux (|ui présentent le plus de ces allinités, d’où la conclusion naturelle que les peuples <pii les parlent se font moins éloignés que les autres ilu foyer primitif de dispersion ; que les rives du Saint-Laurent pourraient bien jouer le même rôle, dans l’histoire delà race cuivrée, que la Bactriane dans celle des peuples Aryens.

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Mortagup. ■ — lmp. Daiipeloy FrCrps, pIaco<l Armes. {Fé\r. 1SC6.)

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