DES DIVERSES FORMES DE LA DÉCLINAISON BASQUE
Bien qu’il ne possède, comme nous l’avons dit, qu’un seul paradigme de déclinaison, le Basque n’en fait pas moins subir à la plupart de ses flexions casuelles, certaines modifications que l’ondoitattribuer les unes à des causes purement euphoniques, les autres au besoin de distinguer l’un de l’autre, les genres animé et inanimé, etc. Nous en allons donner ici un tableau aussi complet que possible.
A. Déclimisoninanimée et animée. Nous parlerons plusaulong tout à l’heure, de l’origine, au sein de la langue Basque, de ces formes affectées les unes aux objets doués de vie, les autres à ceux qui en sont dépourvus. Qu’il nous suffise de dire ici que les flexions variables suivant le genre sont :
— 1“. Le destinalif en tzat ou eutzat, pour les premiers ; et qui pour les seconds se confond avec le génitif; p. ex., gizonarentzat, pro homine, mendiko, pro monte. — 2°, L’ablatif en II/: on tarik, pour l’inanimé ; p. ex., menditik, menditarik, ex monte, et gizonaren-ganik, gizonen-ganik, ex homine.
— 3° L’approximatif ou allatif en tara, tarai, pour l’inanimé, gana, ganat, ren-ganat, pour l’animé; p. ex., mendirat, menditarat, pro monte ; gizonen-ganat, gizonaren-gauat,^TQ homine.
Déclinaison des radicaux à consonne où d voyelle finale. — Toutes les fois qu’un radical est terminé par une consonne, il prépose un e à la flexion casuelle de l’actif, p. ex., gizon-ek (par euphonie, pour gizon-k); du translatif, p. ex., gizonez pr. gizon-z, per hominem, et de l’inessif, gizon-e-ian, pour gizon-tan. Au contraire, si le radical est terminé par une voyelle, il prépose un r à la désinence de l’indéfini, du datif, du génitif et dos cas formés du génitif, p. ex., sot, vultur, lai-
rik, quelque vautour; aai-r-i, vulturi; sai-r-en provulture. Cet r se supprime quelquefois ; p. ex. on trouve dans M. l’abbé Inchauspe galdu-ekin, avec ce qui est perdu, pour galdu-r-ekin.
Nous verrons plus loin, au reste, que le Basque emploie volontiers la lettre r, lorsqu’il s’agit de séparer deux voyelles contiguës, p. ex. Ilirura et hirua, le nombre trois, sudura, le nez (pour sudua, etc.)
Enfin il ne serait pas impossible que le t, ta caractéristique, à certains cas, de la déclinaison indéterminée, et dont nous allons parler tout à l’heure, n’ait été également intercalépar un motif d’euphonie. C’est ce qui a lieu en effet dans un bon nombre de mots composés, p. ex. dans zezentaldé, troupeau de bœufs, ^onr zezenalde; — et à l’ablatif déterminé wieiu/itjAr, ex monte, pour mtndi-ik.
Déclinaisan définie et indéfinie. — L’état défini est celui du mot pourvu de l’article final, p. ex. gizon-a l’homme ; mendi-a la montagne. L’état indéfini est celui du mot dépourvu de cette même finale, p. ex. gizon, mendi, homme, montagne.
^ L’indéfini, aunominatif, se confond avec le radical, et n’a point de signe caractéristique. Il est certains mots toutefois dans lesquels cet a s’est si bien accolé au radical, qu’on le conserve même à indéfini, p. ex. aita, père ou le père — aita bat, un père; — errcgearen aita dator, le père du roi vient. Aux génitif, datif, locatif, suivant les dialectes, on redoublera l’a ou bien on lui donnera l’accent long, au mode défini, p. ex. amaaren ou amàren, matris (nomin. ama mère), — amaari ou amâri, matri.
Certains cas de la déclinaison indéfinie, le locatif p. ex., et pour les expressions désignant des objets inanimés, le destinatif, l’ablatif et l’approximatif intercalent entre la désinence et le corps du mot un t, qui n’est point employé avec le mode défini, p. ex. mcnditan, en quelque montagne, mendian, dans la montagne, et mendira, vers la montagne, menddara, vers une montagne, etc.
Quelle est l’origine de cette consonne intercalée? A-t-elle été
placée là pour satisfaire aux exigences de l’oreille? Mais alors pourquoi ne la voit-on jamais employée au mode défini ou cependant elle eât servi à prévenir le hiatus que forme la fréquente juxtaposition de l’article final et de la désinence, p. ex. dans mendiaan, in monte, gizonean, in homine, adoucis par certains dialectes, en mendiân, gizonen'i
Serait-elle le débris d’une ancienne désinence en te qui aurait servi à caractériser ce mode, de môme que l’article final à marquer le défini ? 11 serait bien difficile de comprendre alors pourquoi elle s’est si complètement effacée dans tout le reste de la déclinaison.
Son adoption ne serait-elle enfin que le fruit du caprice populaire, que le résultat du besoin que l’on éprouvait de distinguer d’une manière quelconque les deux modes en question ? Mais le peuple n’a point de ces fantaisies, surtout lorsqu’il s’agit de sa langue. L’on ne verra jamais les hommes s’entendre pour adopter telle ou telle forme grammaticale sans y être déterminés par un motif tout spécial, et qui pour échapper souvent aux recherches des linguistes u’en a pas moins agi avec une puissance irrésistible.
Quoi qu’il en soit, on ne saurait nier que la présence de cette lettre intercallée ne constitue aujourd’hui un énigme sinon inexplicable, du moins fort insuffisamment expliqué. Une autre particularité du mode indéfini, c’est qu’il possède dans sa déclinaison un cas de plus que Iç défini, celui que les grammairiens désignent sous le nom à'infinitif ou d'indéfini et dont nous parlerons plus loin.
Remarquons l’article qui s’efface précisément aux cas ou l’indéfini intercale le t. On dira donc Mendiko au lieu de Mendiake.
Il“ DB LA NATUaE DES DIVEHSES FLEXIONS CASUELLES
Sous le rapport des éléments qui servent à les former, elles se divisent en simples, comme le génitif, le locatif, l’actif, etc..
ou composées, lorsqu’elles résultent de la fusion de plusieurs désinences ou de différents mots accolés ensemble ; telle est, p. ex., la terminative de destinatif mediatif en ezko formée du ez mediatif et du ko destinatif dont nous parlerons plus loin.
Les flexions simples à leur tour se doivent repartir en différents groupes. Elles peuvent consister d’abord en une simple consonne à laquelle on ajoute au besoin une voyelle de liaison, telles sont celles de l’actif et du médiatif ou bien en une voyelle tantôt unique comme pour la désinence du datif, tantôt suivie d’une consonne, ainsi que cela a lieu pour la terminaison du génitif, du locatif, du contributif et de l’indéfini, ou même en deux syllabes. Lorsque le radical se termine par une voyelle, elles le font souvent suivre de l’une des consonnes euphoniques r ou r.
Quant aux flexions composées, elles peuvent résulter soit de la fusion de deux ou plusieurs flexions simples, telles sont, p. ex., celle.s du génitif prolatif en ren tako, au radical, soit de l’adjonction d’une postposition déclinée. Ainsi se forment l’allatif, le despectif, etc.
Il est à remarquer que celte sorte de dernière désinence est presque toujours spéciale du genre animé. Jointe à un nom d’objet dépourvu de vie, elle change de nature et entre dans la classe des terminaisons simples, p. ex., gizonen-ganat vere l’homme et Mendirat, vers la montagne.
Ces flexions servent également à rendre des rapports de diverse nature, et à ce point de vue se rapprochent singulièrement de celles des idiomes finnois. Nous distinguerons les terminations qui marquent le repos de celles qui indiquent un mouvement, une tendance. Par une coïncidence qui sans doute n’est pas le fruit du hasard, les secondes seules sont variables suivant le genre. Celles qui marquent un mouvement en se rapprochant- de l’objet emploient les désinences rat, ala, tara, tandis que celles qui indiquent un mouvement en s’éloignant de ce môme objet prennent la finale ik.
Au reste, sans entrer dans de plus longs délails à ce sujet, bornons nous à renvoyer le lecteur au tableau ci-joint, l'u seul
coup d’œil lui sera plus utile sur ce point que ne le pourrait être une longue explication et lui fera mieux comprendre tout le systfime de la déclinaison Basque.
III” DES AFFINITÉS DE LA DÉCLINAISON BASQUE AVEC CELLE DES IDIOMES FINNOIS.
A. Nominatif. En Ba.sque. comme dans la plupart des autres idiomes Touranicns, le nominatif (du moins celui de rindé(ini) ne se distingue en rien du radical. C’est par lui que les Basques remplacent l’accusatif inconnu dans leur idiome ainsi qu’en Suomi et en Esthonicn. Nous savons que les Finlandais emploient le nominatif pour l’accusatif 1° au singulier, lorsque le verbe régisseur est à l’impératif. 2” au pluriel lorsque l’objet entier est considéré comme dépendant du verbe. Dans les autres circonstances, ils emploient le génitif ou le partilif.
En employant toujours et partout le nominatif à rendre la notion objective, les montagnards Pyrénéens n’ont donc fait que donner plus d’extension à une régie déjà en vigueur cher, leurs premiers ancêtres. Les idiomes lénisséiens et parfois le Buruète ont recours au génitif en place de l’accusatif, p. ex., minagi signifie tout ensemble le fouet (reg. direct.) et du fouet. Sous ce rapport, les dialectes en question se rapprochent singulièrement du Suomi. Les autres langues Touraniennes semblent moins primitives dans leurs formes et se sont créé une flexion spéciale pour l’accusatif.
En Basque donc, l’on met au nominatif : 1° le sujet du verbe être, p. ex., ustea eztayakitea, opinion n’est pas science (opinio non est scientia) ; — 2“ le vocatif du latin et du grec, p. ex., zaldunà, egik semea duk», ezoïjuko, chevalier, fais ton fils duc, il ne te reconnaîtra plus; — 3° le régime direct, p. ex., errakegià, wkhu aite, dis vrai, tu seras pendu.
Il en serait tout de même, si le verbe était sous-entendu, p. ex., erhoartn sinheilen, zuhur vst o, la pensée du fol est qu’il
est sage (litt. insaiii cogitatio sapientis opinio). — Atzherri, olcherri, le pays étranger (est) pays de loups, etc.
B. L'actif & pour marque le k final, p. ex., gizon, homme, gizonà, l’homme, et gizonà-k, l’homme (sujet actif). L’origine de cette désinence est assez obscure, elle ne diffère que par l’accent de celle du pluriel; gizonak, p. ex. pourra signifier à la fois l’homme et les hommes. Elle résulte peut-être de la mutation du t, signe du pluriel en Suomi (p. ex. karhu, l’ours, et karhut, les ours) en k. Le Basque, en effet, admet assez volontiers ce changement de consonnes, p. ex., dans abaitorra et abazkorra, renvoyer, chasser ; — pertol et perkol, filet ; — tuntur et kunkur, bosse. Nous le retrouvons, d’ailleurs, dans plusieurs dialectes de l’Oural, p. ex., en Mordvine, paerk et paert, autour; — en Ostyak, kjelem et tjeUm, pleurer; — en Magyar, à hal, le poisson, et d halak (pour halat), les poissons.
On met à l’actif : 1“ le sujet de tous les verbes, sauf le verbe être, p. ex., arrain handidk yalen du ttipiak, le gros poisson mange les petits (litt. piscis magnus manducans est parvos), et non pas handià ; — 2° le régime indirect du verbe passif, p. tx.,jinkoak mundua egin deu (litt. Deus mundum factum est).
Dans l’hypothèse que nous venons d’émettre, on aurait imposé au sujet actif du singulier le signe du nominatif pluriel afin de le distinguer du nominatif neutre. Ce serait une métaphore analogue en quelque sorte à celle qui a donné naissance au pluriel respectueux de l’hébreu, etohim, les dieux, pour eloh, aux formes française vous, et allemande sic (litt. eux), au lieu du sing. tu, toi.
n se pourrait néanmoins que la désinence de l’actif eût une origine différente et se rattachât à l’intensif k, ke, ak, du pronom lapon, p. ex., tat, hic iste ; tatek hic idem ; — tan, istius et tanke, tanka ejusdem ; — tassa, isti ,et tasok, ipsi, etc.
G. Le médiatif est marqué par la désinence z, p. ex., mendiz, mendiaz, per montem, per istam montem, ou tz, apiès une consonne, p. ex., gizon-ez, per hominem. « 11 marque, nous
« dit M. l’abbé Darrigol, le rapport par du mibeu que l’on « traverse, ou du moyen que l’on emploie, » p. ex., ororen nahiz oro gai, on perd tout en voulant tout avoir (litt. toti per cupiditatem, totum pcrdere); — betdurrez, par crainte. Quelquefois aussi il correspond au français en, à, de, p. ex., dignitaie guziz ororen gehiena, celle de toutes les dignités qui est, de tous poiuts, la plus élevée (litt. dignitas totum per, omnium altissima) ; — erraiien dngu Eskvaraz, nous disons eu Basque (litt. dicentes sumus Vasconice) ; nere usiez, i, mon avis. Cette flexion dérive du irnmlniif ou mutniif finnois en ksi, p. ex., kaentaeae suomeksi, traduire en Suoini ; minutie wahingoski, à ma honte (litt. à honte pour moi). Ce translatif est forme du k, qui marque mouvemement de l’extérieur à l’intérieur et de la syllabe se, caractéristique du mouvement vers l’objet et au dedans de lui. ,
Nous devons, suivant toutes les apparences, voir dans la gutturale une contraction du A/, extra, des Magyars; kindzae du Suryéne; kae, aller, du Tchérémisse uni au substantif également contracté sise, dans, intérieur des Lapons. Les Basques ont par euphonie, rejeté le k et conservé seulement la sifflante. C’est également ce qu’ont fait les Esthoniens de Dœrpat, p. ex. dans sUm, œil; translat. silmaes (pour silmaiks), et les Lapons, chez lesquels d’ailleurs ce cas n’a été observé que dans un petit nombre de mots, p. ex. dans ulkos, extérieurement (pour ulkoks).
D. Le génitif en en ou r-en, p. ex. gizon-en, d’homme, et yi- 2on-a- r-f«, de l’homme, se retrouve sous Informe d’un n simple dans la plupart des idiomes du groupe finnois. P. ex. enSuonii, korhu, l’ours; gen. kaehu-n; — Lapon, le père; gén. aUjen; — Tchérémisse, sinza, l’œil; gén., sinza-n; — Mordvine, saehnc, génit., suelme-n. En Turk, le génitif prépose une voyelle à la consonne finale p. ex., tv, la maison, genil. eo-yn.
De môme en Aïno ; p: ex. téké la meiin, génit. léké omi. Ces formes semblent les plus anciennes et ont sans doute été conservées en Basque, après s’ôtre altérées dans les idiomes de l’Oural.
Le n final des pronoms s’efface généralement. L’on dit p.
— iO —
ex., nerc de moi, pour. ncr«n; zure, de vous, pour zuren, etc.
E. Le datif {illatif des grammaires finnois) se termine en i, ou avec la consonne euphonique en n, p. ex., gizoni, mendiri homini, monti. Au premier coup d’œil, il semble différer beaucoup, et pour le sens et pour le son, de l’illatif Suomi en an, haen,aan (p. ex., kaesi, la main; illat. kaetaeaen, in manu, avec mouvement du dehors en dedans). C’est ainsi q>ie nous disons en Français, je vais à la ville. Il s’y rattache cependant par l’intermédiaire de l’illatif en i du Lapon, p. ex. atije, père; dat. attj-i, patri (litt. in interiorepatris); ae, oedes Suryenes, ae des Votuèkes — de l’allatif en a des Oslyaks, p. ex. sent, œil, et sem-a, à l’œil, vers l’œil, — du datif ïurk en eh., p. ex. ev, maison, ev-ek à la maison, etc., etc.
La marque distinctive de ce cas consiste, suivant M. Boller; dans la voyelle pure, laquelle indique le mouvement. Le Suomi y a ajouté la désinence n de l’essif et en a ainsi fait un cas composé.
Les Basques l’emploient généralement dans les mêmes circonstances que les Latins leur datif. P. ex. nori berea da ehuchen bidea (litt. cuicumque proprium est justi via).
F. L’infinitif ou indéfini est marqué par la finale ik, après une consonne, rik après une voyelle. Il a le sens du sujet français précédé de la préposition de ou du participe absolu du Latin, p. ex., yaa-ik ayant mangé; — chu yube-rik, ezla ke-rik pas de fumée sans feu (litt. ignis sine ex, non est fumus ex). — On l’emploie également dans certaines locutions telles que thai-ik gobe, sans cesse, pour thai-rik. (litt. remissione ex sine.)
Ce cas dans certains dialectes est interrogatif. P. ex. gizonik, homme, est-ce l’homme? Il est d’ailleurs spécial au mode indéfini.
L’origine de la flexion infinitive est assez obscure. Peutêtre dérive-t-elle de l’actif par suite d’une mutation de la • voyelle a en i; peut-être au contraire, conviendrait-il de a rattacher à la flexion ablative, dont elle ne diffère que par
l’adoption du r euphonique au lieu de la dentale. Nous parlerons du reste de cette dernière un peu plus loin.
G. Le modal ou instrumental en ka correspond pour le sens à nos prépositions à, apres, à c»up de. P. ex., egur-ka yoan da muthüa, le domestique est allé au bois, ou chercher du bois (litt. ligno pro profectus est puer;) — mia-ka dafÀla, il va à la recherche des minerais, — harrika hautchi dute. Us l’ont cassé à coup de pierres. Il ne serait pas impossible que cette désinence ne se rattachât au kaets, voici, ici, du Lapon ; d’ou kaelskes, proche, etc., lequel dérive de la même racine que le verbe katsoa considérer, examiner du Suomi.
H. Le positif de M. Darrigol, inessif des Finnois; locatif des Indiens, rend l’idée exprimée par le in latin suivi d’un ablatif, ou par l’article préposition im de l’Allemand. U a pour caractéristique la (inale an, a A au défini, (an à l’indéfini et se rattache à l’inessif en n, en du Lapon-Suédois, p. ex. tjalmen, in oculo (tjalme, œU) ; — an du Suryène et du Votuèke (p. ex, sin, œU, contract. pour sinm; inessif sinm-un). Plus tard, le Lapon Finmarkois, le Suomi et l’Esthonien ont fait de ce cas, leur essif(p. ex. Suo., karhu, ours, et karhu-naen oürs, comme un ours), et adopté une nouvelle forme d’inessif composé du n essifavec le t initial de sisae dans, dedans; p. ex. Suomi, essif koira-na in cane, inessif koirossa (euphoniq. pour koiras-na). Cependant ce dernier idiome nous offre aujourd’hui encore un certain nombfe de locutions dans lesquelles la désinence na conserve son antique valeur inessive, p. ex. koto-na à la maison, dans la maison.
Parfois, spécialement dans la déclinaison pronominale, l’on intercale la particule intensive ba, bai, entre le radical et la désinence, p. ex. ni-baithan, en moi,' pour niian. L’emploi de ces intensives, qui peuvent consister en substantifs, se retrouve fréquemment dans les idiomes des peuples sauvages; p. ex. en Aïno, tekeani bttawa, près du fleuve (litt. manu cum fluvii). — De même en Aztèque, ilhuirat! itic, dans le ciel (litt.cœli ventre in;.jV« sign. ventre et c marque la préposition dans.)
I. Le caritif est marqué au moyen de la particule gabé, post-
posée au nom, p. ex., gizon-gabe, sine homine. La forme primitive était bage encore usitée dans quelques dialectes, et qui n’est qu’une contraction deôai-ÿe. (1)
Nous venons de voir à l’instant quelle est la valeur et l’origine de ce bai. Quant au ge final, il renferme seul le sens négatif; c’est ce que prouvent les exemples tels que le suivant : ezk' rge, ingrat (litt. sine gràtia).
Enl^pon, nous retrouvons également le A négatif final, p. ex kerdom, redoublement et kerdok, simplex, non duplicalus, — khal, sermo, et fiô'ek, non dictus
Un autre caritif qui n’est employé qu’cxceptionnellement, est celui quise termine end ou t, p. ex, cAanjo, jambe, etcAanhu, impotent, boiteux ; — on, bon, et ondikoa le malheur.
Il se rattache au caritif Suomi en ttà, p. ex, karliu, ours, et karhutta, sine urso ; — ha de l’Esthonien, — taka, tis du Lapon; p. ex, atijetak ou atje-laka, sine pâtre; — tœg, du Suryène p. ex. mort-tosg, sine homine, etc.
J. Le sonatif de M. Inchauspe, «mVi/de Darrigol, comitatif du Suomi, se forme du r euphonique suivi delà désinence kin, ki. Cette flexion est identique au Suomi kanssa, cum, ga ou ka de l’Esthonien, Arum du Lapon, Arord du Suryène; quelquefois la r euphonique disparaît, p. ex. dans galduekin pouv gal'u-rekin, cum perduto.
Peut-être devons nous voir dans cette syllabe rc la forme génitive contracte. 11 serait possible néanmoins qu’elle ne jouât qu’un rôle purement euphonique. La forme kin correspond plus spécialement à notçe particule avec, ki forme généralement une sorte d'adverbial, p. ex. erregeki, en roi, comme un roi.
R. Nous en arrivons enfin à ces flexions qtii marquent plus directement le mouvement vers un objet, ou en s’éloignant de ce même objet. Elles ont généralement, comme nous l’avons dit, une double forme, la première pour l’animé, la seconde
(1) Peut-être gabc est i! formé de gain, sur, dessus, dont nous parlerons plus loin, et du privatif àe, d’oiigine Aryàne, idcntiriue au ci, sans, du Sanscrit et du Zend.
pour l’inanimé. Une division générique analogue est, du reste, admise par plusieurs dialectes altaïques. En Roibale, l’accusatif des noms d’objets inanimés est souvent rendu par le nominatif. En BouruMe, du moins dans le dialecte Sélengique, tous les nominatifs d’objets inanimés dont le radical se termine par une voyelle, forment leur pluriel en ajoutant un / ou un r à ce radical.
L’Ostyak de l’Ienisseï donne au datif et à l’ablatif pluriel des noms d’êtres doués de vie, un n final, dont les autres sont dépourvus. Enfin le Kotte, vraisemblablement plus riche en cela que tous les autres dialectes Touraniens, possède nn paradigme complet pour la déclinaison animée, un autre pour la déclinaison inanimée. Nous examinerons en ce moment les désinences marquant mouvement vers l’objet.
Elles forment un destmaiif ou prolalif, un approximatif ou altatif et un contributif.
Remarquons, avant d’allerplusloin, quele sensd’ahord concret de ces terminatives a souvent fini par se modifier, et elles servent alors à exprimer un rapport abstrait ou moral, comme celui que nous rendons au moyen des particules afin de, pour, en faveur de, etc.
Le destinatif répond à notre français pour, afin de. Il est en tzat précédé du génitif pour l’animé, p. ex., gizonen-tzat, gizonaren tzat pro homine ; en tako pour l’inanimé indéfini, en ko, ako pour l’inanimé défini {menditako, mendiko).
Ces désinences, surtout les deux' dernières s’emploient fré ■ quemment là ou en Français, nous aurions recours au génitif. Ce qui a induit quelques auteurs à en faire une forme spéciale du génitif inanimé.' C’est, je crois, un erreur; le génitif même inanimé se termine toujours en rtn ou en, p. ex., mendinren itzula, l’ombre de la montagne ; seulement lorsqu’il existe un rapport de possession entre un être animé et un objet, ce dernier se met toujours au destinatif, p. ex., Kristoren soldodun, Nafarroako errege (Christi miles, Navarrâ pro rex).
11 est bien difficile de se refuser à admettre une parenté entre cette terminative ko et le relatif ka, kés de l’Eslhonien,
kuka quelque, que, qui duSuomi; ka quel? du Lapon. Cette coïncidence est d’autant plus singulière que le pronom relatif du Basque s’éloigne bien davantage du pronom Ouralien et a changé la gutturale initiale en sifflante.
Quant à la finale tzal, nous la trouvons quelquefois bien qu’exccptionnellement unie au radical, p. ex. dans handitzat, pro magno. Son origine nous demeure jusqu’à présent inconnue.
approximatif ou allatifse termine, pour le genre animé, en gnnat, s’il y a mouvement ; en gana s’il y a repos, et exige ' généralement la génitif du mot précédent, par exemple gizonen ganat , ad hominem. On trouve cependant les formes suivantes nausia- ganat , ad dominum; gu-gana , pro nobis, etc.
La syllabe gan est ici une contraction de gain, sur, dessus, et la locution basque se rapproche ainsi beaucoup de celle du Français counir shs à l’ennemi.
La racine gain s’efface au genre inanimé et il ne reste plus que la désinence tarat, tara pour le mode indéfini ; rn et rat pour le défini, comme dans hila lapera, bizink assera, le mort à la fosse, les vivants à la saoulée.
La désinence adjcctive tar ou dar qui marque l’extraction, p. ex., Orth'Z-tar, citoyen d’Orthez ; — Oloron-dar, natif d’Oloron et que nous retrouvons dans la flexion tur-zun des noms abstraits, p. ex. Yainko, Dieu, et yainko-tarzun divinité, dérive évidemment de l’allatif. •
Souvent ce cas s’accole la désinence diiio, ino contraction pour dm oro, p. ex. aænditaradino, mendiiariino, etc., usque ad montem.
Ce den signifie d,^, jusque, et se retrouve dans le Turk den ou don, dès que, ainsi que dans le Suryène din, proche, auprès, dina, à, vers. Joint à l’adjectif oio tout, il donne plus d’intensité à la notion du mouvement.
Cette désinence rat, rn, est évidemment formée du r euphonique et d’une sorte de désinence «, at, que nous- ne pouvons guère exiiliquer par les idiomes de l’Oural ; très-proba-
blement elle se rattache à la préposition a du Sanskrit, ad du Latin, at, à, vers, des dialectes Scandinaves.
Le contributif en alat, avec mouvement, en ata, avec repos, mendialat, handiala, usque ad montera, ad magnum, se rapproche beaucoup, pour le sens, de l’allatif intensif. Quant à la forme, ce n’est peut-être qu’une modification de la flexion allative en le de l’Esthonien, p. ex. (dial, de Reval), silm, œil, et silmale, vers l’œil. Cette dernière doit être rapprochée de l’allatif en lia du Suomi, p. ex., karhu, l’ours, karhulla, vers l’ours, n résulte lui-même de la fusion du l marquant rapprochement avec l’illatif hen. En Basque, nous trouvons également ce cas uni à la désinence no, pour den oro, p. ex. dans ene yitalano, jusqu’à mon arrivée. Le ai marque ici l’allatif.
L. L'ablatif ou élatif est en ganik, précédé du génitif, avec le genre animé ; en tarik, pour l’indéfini inanimé ; en tik pour l’animé, p. ex. mendi tik, mendiiarik, ex monte. Le génitif du genre animé est quelquefois remplacé par le radical pur, surtout lorsqu’il s’agit du pronom personnel ; p. ex., ni-ganik, ex me ; gu-ganik, ex nohis. On intercale parfois un d après le n ; p. ex., gizona-gandik, nundik, d’où. La forme ganik, gandik, n’est ici, on le voit, que le mot gain, muni de la flexion ablative.
L’origine de cette dernière doit être cherchée dans une trèsancienne forme ablative des idiomes finnois, que nous ne retrouvons plus guère aujourd’hui qu’exccptionnellemenl en Tchérémisse et dans un fort petit nombre de mots, p. ex. pelye-k, ex aure ; — fere-k, ex sanguine.
Peut-être bien se rattache-t elle à l’Ostyak kim. Magyar ki, hors de, extérieurement.
Partout ailleurs, le k n’est plus en vigueur que dans les mots composés, où il correspond au latin ex, et marque mouvement du dehors en dedans, p. ex,, dans le mutatif Suomi, karbuksi, en un ours (changé).
La déclinaison de ce cas offre un certain nombre d’anomalies. Le t reparaît ici même à la forme définie, et il y possède certainement une valeur purement euphonique. Nous avons
déjà parlé du d intercalé pour le Basque adoucissant toujours la dentale forte précédée d’un », p. ex., elefandi, éléphant; — thindii, encre (de l’Espagnol, tinto); — tiranier, longueur (de l’Espagnol tirantez) ; — landu, travailler, pour lanlu \ — enda et eta, et, aussi, etc.
M. Le causalifcilc despectif, tellement confondus ensemble qu’il est difficile de les distinguer, consistent, soit dans le génitif, soit dans le radical, suivis de gatik, nouvelle forme ablative de la postposition gain. Ces deux cas correspondent à nos particules pour, « l'intention de, malgré, p. ex. gizonen gatik, pour l’homme, en vue de l’homme ; — zure-gatik, malgré vous (litt. par-dessus vous). Ils ne s’emploient qu’au genre animé ; on les remplace à l’inanimé, soit au moyen d’une périphrase, soit par le destinatif. Leur mode de formation rappelle tout à fait celui des flexions précédentes. Ils conservent toujours le t euphonique.
N. Des flexions composées. Ce sont celles qui résultent de l’adjonction de deux ou plusieurs flexions l’une à l’autre. Citons, p. ex. le destinatif génitif handirentako, pro magno; Mariurtntako, pour Marie; — l’allatif destinatif locatif, Ezpanaratckoan, en allant en Espagne et en en revenant ; — le médiatif pronominal qui semble formé du pronom onek, celui, ce, et de la désinence médiative en ez ; il marque la réponse à l’adverbe norônz (quo versus). 11 est en onz après les radicaux monosyllabes, p. EX., errônz de ce côté-là: gorônz, du côté d’en haut, etc., etc.; — en eronz, après les mots de plus d’une syllabe au radical et terminés par une consonne, p. ex., Burgoseronz, vers Burgos; basterrerànz, vers le coin, vers le bord; — en rom, si la finale est une voyelle, p. ex., Ilemanironz y ers Hernani ; ech^ronz vers la maison ; — citons enfin les médiatifsgénitifs en ezko, qui indiquent la matière avec laquelle l’objet est fait, p. ex. leizar frêne et Itizar-ezko larday, timon de frêne; — urre, or, urrezko, aureus. Peut-être cependant le z ne jouet-il ici que le rôle de simple lettre euphonique, comme cela a parfois lieu devant la gutturale ou la labiale, p. ex., yuzka jocare, — chizpil et chiphil, ardere, etc.
Les quelques exemples ci-dessus rapportés et qu’il eût été facile de multiplier, nous font voir l’extrême facilité avec laquelle l Ezkuara combine ses diverses désinences casuelles. Sous ce rapport, il montre bien plus de flexibilité que le Suomi, chez lequel les cas composés ne résultent que de la fusion de deux éléments au plus.
O. Du pluriel. Ce nombre n’existe en Basque que pour le mode défini et à'certains cas il se distingue du singulier par une sorte de contraction ou d’abréviation, p. ex. giion-en, hominum, et gizon-a-r-en, hominis. Le même fait se reproduit, nous l’avons vu plus haut, chez divers idiomes de l’Oural, p. ex. en Saomi, talo-en, des maisons, et taloi-ten,àe la maison. De plus, les désinence des cas sont, au pluriel, identiques pour le fond, à celles du singulier. Elles n’en diffèrent qu’en ce qu’elles sont juxtaposées à la caractéristique du nombre. Ces caractéristiques sont en Basque, leslettre, e et A, p. ex., handia, le grand, (sing. sujet neutre) et handia-k, les grands (plur. suj. neutre).
Le k final n’est employé comme marque du pluriel qu’au nominatif et se rapproche de la manière la plus évidente du t pluriel du Suomi et de l’Esthonien, p. ex., karhu,. l’ours et karliui, les ours, lequel devient un h dans le Lapon Finmarkois et un k en Magyar, p. ex., az atya, le père et oz atyà-k, les pères. Certains idiomes finnois ne prennent également la consonne finale comme marque du pluriel que pour le nominatif, p. ex. en Suomi kaede-t, les mains, et kaete-i-n des mains, etc. Les autres cas, comme l’ou voit, intercalent un /, évidemment analogue au e basque, qui se trouve précisément employé dans les mômes circonstances. Cet e s’étant incorporé l’article précédent devient long et prend l’accent, mendiêkin, cum montibus, de mendiaekin. Tel est précisément le caractère par lequel les cas du pluriel se distinguent de la plupart de leurs correspondants du singulier, qui ne prennent pas l’accent sur la même sylkbe.
Par une anomalie assez difficile à c.xpliquer, mais dont nous avons vu un exemple dans la déclinaison du singulier, les destinatif, approximatif, causatif et parfois même l’inessif, bien
qu’appartenant toujours au mode défini, prennent l’affixe ta de l’indéfini. Enfin le nombre des cas est moindre au pluriel qu’au singulier et le despectif ne paraît pas s’y confondre avec le causatif.
Quant au duel, il a complètement disparu, ainsi que dans les autres idiomes Altaïques, sauf divers dialectes Samoyèdes, rOstyak Surgute, le Tchouktchi nomade et le Lapon. Encore dans ce dernier idiome n’est-il plus employé que pour les verbes et les pronoms.