INTRODUCTION
L'Euskara passe encore pour uûe langue étrange. On dit même que cet ancêtre méconnu, ce témoin vénérable des temps évanouis, est isolé au milieu des idiomes Aryens.
Il n'en n'est rien, cependant. Les langues aussi bien que les patois parlés en France, de Bordeaux à Briançon et de Bayonne à Nice; en Espagne, dans TAragon et la Catalogne et, en Italie, au moins dans le Piémont et dans la Lombardie, ont subi l'influence du Basque.
Nous nous réservons d'amplifier les termes de cette " proposition, lorsque nous publierons le tableau comparatif des termes communs à ces idiomes.
En attendant la réalisation de ce projet, nous ne résistons pas au plaisir de détacher de notre travail en préparation, le mot Basque Abu (bouche), qui est entré dans le lexique latin comme dans celui des langues néo-latines et des patois romans.
Composé de la réunion intime de deux thèmes : Kfia + Phu [démonstratif -|- onomatopée', ce vocable est, de beaucoup, le plus intéressant do tous ceux (|u'il nous a été donné de pénétrer.
L'un de ses facteurs, le monosyllabe Kha, que la rigueur de la méthode grammaticale nous oblige à nommer successivement démonstratif, pronom, article, etc., est celui qui aie plus exercé notre patience. — Insaisissable dans ses transformations diverses et ses rôles multiples,
il s'est dressé devant nous pendant vingt ans (août 1858novembre 1879), soit comme une pierre d'achoppement, soit comme une objection sans réplique.
Pourtant le succès a couronné nos recherches. Nous avons remonté jusqu'à la source de ce démonstratif. Nous avons, croyons nous, déterminé la valeur et l'emploi de cet appendice que le vocabulaire des premiers âges nous montre parfois si bien agglutiné aux thèmes radicaux qu'il semble en faire partie intégrante.
L'analyse à laquelle nous avons procédé, nous a fait mettre la main sur un fil conducteur qui facilitera les iavestigations ultérieures. C'est un pas de fait vers la solution du problème de l'origine des Basques.
La Co7idamine-Chatelard (Basses-Alpes),
le 7 Janvier 1885.
ET
JLISIBIOMIS A]RY1M@
Bouche. — Partie du visage de Thomme qui reçoit les aliments et donne passage à la voix; se dit aussi en parlant de certains animaux ; dans les patois romans = boiica^ bouco^ houque^ hoiUcha ; en Castillan et en Lombard &oca, etc.
Les lexicographes s'accordent à faire de ces vocables des dérivés du latin l)ucca{-=z bouche, creux des joues, cavité quelconque), dont l'origine n'a pas encore été trouvée^ autant que nous sachions.
Dans les dialectes basques, Bucca a pour équivalents : abii, ahic,^ ago^ au, ao, etc., dont les acceptions sont les suivantes : bouche — taillant, tranchant des armes et des outils — entrée, ouverture. Ce mot basque est méconnaissable, tant il est usé; heureusement qu'il est possible de retrouver ses éléments constitutifs, grâce à des mots simples et à certains composés que la langue possède encore.
Voici six mots composés à l'aide desquels nous arriverons à saisir la forme primitive de agii, etc.
1^ Kàbiirina (Saint-Jean-de-Luz, arbonne, Qic.) Kaburîna (urrugne, hendaye, Bidart, guethary) — gâurina (ascain) - habiirina (ainhoa) = écume de l'homme et
des animaux. Ce vocable se divise en Kabti-^-iir-^-în + a et signifie : bouche + eau .+ fait + cela, c'est-à-dire l'eau que la bouche a sécrétée = écume.
2^ Khàbii ( Saint Pée-sur-Nivelle , etc.) activité, diligence. Exemple : Khabii handia du laneko = il est actif, laborieux ; en d'autres termes : il a grande bouche pour le travail.
3^ Khàbotsu (Bidarray, etc.) intrépide, vaillant. — Formé de Khàbo^ bouche et de tsu, qui ajoute une idée d'abondances au terme auquel il est joint. On saisit bien la signification antique de ce composé : qui est bien pouri^ vu en fait de bouche, qui a bonne dent. Il est notoire que la bouche est une arme primitive.
k^ Khamuisa, émoussé, en parlant des outils tranchants: couteau, ciseaux, hache, faulx, etc. — de Khàbii-\utsa (bouche vide), par allusion à une bouche sans dents, qui ne peut mordre.
50 Biika-iu, finir, aboutir ; de là Biiha-iii-a = la fin, le couronnement, la conclusion.
Q^ Miiga, limite, frontière. Ce terme a fourni Miigarri, qui signifie borne, pierre des confins.
Dans les vocables qui précèdent nous avons les thèmes nominaux, Khàbii, Khabo, Khamu, puis Buka et Miiga. Nous n'avons pas à nous occuper de Miiga qui parait être une forme jumelle de Buha. Nous remarquerons, tout de suite, que l'une des syllabes Kha = Ka, placée tantôt avant, tantôt après Bu=/^o, est précisément le démonstratif qui nous a tant embarrassé et dont nous avons fini par constater la présence dans le néologisme et dans la partie purement Basque du vocabulaire ( v. pages 13, 14 et 15).
Kha =^ ha étant l'élément formel, Bzc est, par conséquent, le radical du mot Biiha = Kabu (bouche).
Recherchons d'abord la signification de Bu,
11^' Le radical PHU^=z BU,
Parmi les dérivés du radical Phn =: Bu^ le vocabulaire basque a enregistré, notamment : P/îi«/ Pu! Fu! Hul Cette syllabe, qui indique le mépris, la répulsion^ le dégoût, l'aversion que l'on éprouve pour les personnes et les ciioses^ est imitative du mouvement de souffler. Elle conserve sa valeur expressive dans les mots ci-aprês :
Phu-a^ Phii-a (urrugne) exhalaison, émanation, — respiration.
PU'Z'ta-tu^ mépriser, littéralement couvrir de vent = souffler dessus.
BO'Za (lab.) Bo-tza (Bas Navarrais et soûl.), la voix humaine.
BO'Z'tario, Bo-z-hario^ la joie, manifestée par la volubilité de la voix et par le chant.
Nous recueillons \çMza^=^za comme remplaçant du Ka démonstratif.
Les noms déterminés Phu-a et Bo-iza nous livrent, en partie, le sejis du primitif bu + ^d qui est « le Souffleur ».
Dans l'esprit de ceuxquiles premiers en ont fait usage, ces mots signifiaient la cause et l'efifet :
Bu + Ka ou Ka + Bu = bouche (cause) et Bo -\- za-=: voix humaine (effet).
Nous avons, d'ailleurs, pour appuyer notre manière de voir à cet égard, un mot très clairement construit, qui n'est que la métatbèse de Khabu, c'est Phu + Ka.^ par lequel on désigne le crapaud, à guethary, Bidart, arcangues, etc.
Ce vocable a pour synonymes : zaphu, zapu, zapo^ — apho^ aphu et apo. Le Ka final est le pronom démonstra-
tif, que nous avons vu se permuter en za. Nous savons aussi que le thème Phii =;= pu signifie souffler et soufflé (l'action et l'effet qui en résulte). Phic-ka veut donc dire « le soufflé, l'enflé »; Tel est. en effet, Taspect de cet animal et les Basques l'ont bien nommé. Dans le patois des environs de Bayonne, on dit d'un homme forcené de colère : qu'es hinglat coin un croj^aoïf^ = il est enflé comme un crapaud.
Zapo se trouve dans la langue espagnole et dans les patois romans. Le latin nomme ce batracien hufo.
Dans les mots habu et zaphu, hiiJia et phuka, nous avons le même radical Phu (=: Bu)^ qui est une imitation tellement naturelle que « si Ton réunit les mots ayant la t valeur significative de souffler et de soufflant, on a : € pour le patois poitevin btiffer, d'où le français bouffée^ f pour l'anglais piiffing et fuffing, le malais pupiit, le € tongan buM^ le vadiOTipupui^ l'australien bohiin, legalla € bufa, le zulu futa^ pupiiza ; le quiche puba^ le finnois « piihhia, l'hébreu piiach, le danois puste^ le lithuanien « pùciii^ le caraïbe phombae. »
« Vedgsword. Or. of. Lang. p. 33. »
— M. Zaborowski, l'élégant écrivain qui a publié r * Origine du Langage », — Paris, G. Baillère, 1879, -— ajoute à cette énumération (p. 141 de l'ouvrage cité) :
« En australien, poic-yu-piiyu signifie fumée ; le quichua € donne, pour allumer le feu, puhiœimî, pour enfler^ € pimquini^ pour un nuage, piiyu, piihnyic^ etc. — En « Zulu, puhii, puJiupu^ signifie mousseux, écume, d'où 4 piikupnkn. un individu vide et bouffi ;j^z(pi/ma, bouillie; ( /?<, un nuage ; fiimfu^ balancé comme Therbe haute par € le vent, d'où fumfata^ être troublé, jeté dans le désor- « dre; futo^ soufflet, fuba^ le souffle, la poitrine et au € figuré le sein et même la conscience. »
D'après les « Actes de la Société philologique » (Tome x. p. 85), que nous mettons aussi à contribution, l'action de
souffler se rend en Finnois : (suomi) par pûhum^ (ostiak) puein^ (magyar) Ai.
On peut encore rapprocher quelques vocables de ces npplications analogiques de la syllabe phu (bu).
Français
Bouffant, gonflé.
Bouffer, enfler les joues, bomber, souffler une bête tuée.
Bouffir, enfler.
Bouffoir, instrument pour bouffer la viande.
Bouffon, qui fait rire, etc.
Patois lombard
Bouffet, soufflet de cuisine.
Bouffaré, souffler le feu.
Patois romans
Fou ! (Bayonne) c'est le basque phu ! déjà cité.
Bouffé, soufflet, coup (Valensole, Basses-Alpes).
Buffet, id. (Ariège).
Bouha, souffler (Béarn et Landes).
Boufe, id. (Vaucluse).
Boiifo, id. (Briançon).
Bufa (r), souffler le feu.
Boiihit (Bayonne), enflé, bouffi, d'où puant.
Boiiheroc (anglet) vain, enflé.
Bouhonn, taupe (Anglet).
Bouhure, (Bayonne) enflure et mensonge.
Boujaire, boufaire, qui aime à souffler. (Diot. de M.
Mistral, en cours de publication).
Argot :
Bouffer, manger.
Bouffarde, pipe.
Nous compléterons cette brillante série à l'aide des mots Basques issus du radical Phu {Bu):
^w7i a/w, à Ustaritz, Bu-fa- tu \ à. Saint Pée-sur- nivelle Ufa-tu = souffler le feu.
Biiha-Kina (iSa^/îor), (Bardos) ce que la taupe a soufflé : taupinière.
^za/î^ (haut nav. du guipuzcoa) enfler, en parlant des bœufs, etc.
Buharot^noxiL creuse (Souletin) c'est le doiiheroc d'anglet., le biifo du Rouergue.
PuZ'M^ soufflant (guip. azcoitia).
Puz4u^ bouffir (Biscayen-Lequeitio).
Putz-ein souffler le feu (Biscayen-Lequeitio) etc.
A ceux qui croiraient voir dans Buha une imitation du roman Boufar. nous répondrions que Buha^ en Basque, est un affaiblissement de PhuKa désignant le souffle, l'action de souffler, aussi bien que l'organe qui le produit, (confusion inévitable dans l'enfance du langage) et que la .persistance du démonstratif A'«, lorsque la flexion verbale est venue s'ajouter au thème, s'explique fort bien par ce fait que son équivalent za,^ réduit à ;5 en composition, est resté dans Pu-z-ka^ Puz-tatu, Pu z-tii, eic.
Toutefois on pourrait soutenir que c'est le roman ha, far, faire, que l'on remarque dans Boiihar = Boufar dont la signification serait faire boic (souffler). Cette opinion n'aurait pour elle qu'une vraisemblance trompeuse. L'étymologie de Biicca et de Buha par Kha-hu étant admise, il n'est pas douteux que les patois romans n'aient accolé à Buha (souffle) le r final de far, faire, har, ainsi qu'ils l'ont fait pour Zarretar, scier (de zarreta, scier) ^n^car ; frapper (de truc, coup) Jogar, jouer (de jog, jeu) etc.
Nous avons d'ailleurs mieux qu'une conjecture à offrir, en ce qui concerne la composition du roman Bouhar (souffler) ; nous venons d'acquérir la certitude que ce verbe est formé de Bouha+far, = produire le souffle = exhaler = respirer. Dans les patois romans, on nomme la lessive:
hougade (Pyrénées-Orieatales) ; bugade (Alpes-Maritimes, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Landes, etc.); boua (Savoie) ; bua (Hautes- Alpes); buga (Alpes-Maritimes); bouaye et buaye (Basses Alpes). D'après Littré, buée=^ vapeur humide; buie, hugée = lessive (Berry); boiiie = petite lessive (Genev.) ; hdiiie^ lessive (bourguignon) ; boiiwêie, lessive (Vall.); &26^«rfa (provençal et et espag.); biccato (italien). Le grand lexicographe national voulait à ces mots un radical buca^ ou Buga. Or ce radical existe. La langue basque nous Ta transmis dans Phiia, corruption de PhiMia =:=: l'exhalaison, la vapeur, que tout le monde reconnaîtra dans les dérivés ci-après :
BoUa -f ta, la lessive, la buée.
Boha + ta+ tic, lessiver.
Boha + tari, lessiveuse.
Boka + tera. cuve à lessive, etc.
Les mots français Buée, vapeur humide — lessive et Buer\ dégager de l'humidité, de même que les vocables romans Bouha'r, Boujaire, etc. , nous paraissent devoir être ramenés au basque Phuhha. Cette dérivation, par l'intermédiaire des formes de Titalien, de l'espagnol, etc. nous la croyons inattaquable. La dernière syllabe de bokata est un affaiblissement du démonstratif A^ia que nous analyserons en son lieu.
On a essayé de rattacher le roman faire, far^ har, au latm facere. Dans le sens de faire, le sanscrit offre Kar et le basque possède hari, avi, qui signifie travailler, être occupé à. . . Ces mots ont, peut-être, un ancêtre commun. Dans tous les cas le /'initial, pas plus que le h de fa^ire et de har, hari, ne nous paraît primitif.
L'onomatopée Phu est donc employée dans les langues les plus diverses, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique etjusqu*en Océanie. On ne saurait, en bonne justice, en attribuer l'invention aux Basques seuls. Pourtant on ne peut contester à ceux-ci le mérite d'avoir fait
de Phu un mot significatif, à l'aide de Tinterjectif jK'/ta, et d'en avoir propagé l'usage, au moins dans la partie de l'Europe que nous avons indiquée [v. l'introd.].
Par conséquent, nous devons voir dans le latin Bueca le composé basque bu+Ka ou Ka+bti (de K/ia+Phu); dans le latin Bufo une imitation du basque Za -phii=PhU'Ka (crapaud), ou, plutôt, une rMuplication du radical Phu {=Bu).
Nous sommes également autorisés à dire que c'est le même radical Phu qu'on observe dans les mots néo-latins sur lesquels a porté notre examen, et il demeure acquis que, dans l'idiome Basque, l'onomatopée Phu (souffler, émettre du vent), a donné naissance aux mots suivants :
Ka+Phu (Ka-bu) = Souffleur = Bouche.
Phii+Ka et za+phu, le soufflé = crapaud.
Bii+ha, action de souffler.
Bu + ^^ + ^w, ce qui a été soufflé, enflé. De là Biatu (enflé, bouffi) en haut - nav. du Guipuzcoa — c'est le bouhit du patois, qui est devenu bouéil, bouelt, vide, vain (ancien français vuide), tout comme en Basque Phu-tza est passé du sens de vent à celui de vaia et de vide, ainsi que le prouvent les composés Kamhds-a^ (bouche vide) éinoussé et l*ani—phu—tsa^ = émoussé.
Nous irions ti'op loin, sans doute, si nous mettions en relief tous les mots que les liens d'une étroite parenté rattachent au radical P/îi^. Nous pouvons néanmoins signalera l'attention des liguistes quelques vocables rappelant l'idéa du vent, du souffle, de la vapeur et de la vacuité : Grec, psuhe, (originairement souffle) = esprit, {Fusses souffle, vessie, bulle d'air— Vanité, faste. G. de Gebelin— Tome II p. 2s0— Paris 1777) — Latin, vesica, vessie, en p.itois bechigue, e;i basque Bi^Q,diy q\\, puchihia, — Italien (dial. Lomb.) Boutché^ voix humaine (= basque Bo-tza et Bo-za; = Latin Voœ ; Béarnais, Bidz^ etc.
Le pronom démonstratif KHA = KA .
Nous allons exposer briivemeut ce que Tobservation nous a appris ail sujet du pronom démonstratif Kha, de son substitut za, et des fonctions dévolues à ces thèmes flexionnels.
Autant que nous pouvons en juger, le démonstratif ^/^a a été, à l'origine de la langue basque, un cri destiné à appeler l'attention sur un objet ou un sujet que l'homme, vraisemblablement, désignait en même temps d'un geste de la main. Quelques expressions témoignent que Kha est le résultat d'un effort des organes de laparole, soit pour par 1er, soit pour accentuer le coup porté à l'aide d'un outil — On dit. à Ascain, ez date izcin ha. bat errateko. — On n'a eu rien à dire (littéral : on n'a pas eu à dire ha), — à oyharzun, egitizii. a'tchoal faites un (petit) effort \ Enfin, dans le patois Bayonrîais, on appelle gagà^ par dérision, toute personne affligée du bégaiement.
Nous pensons que telle est la valeur primordiale de Kha qui est devenu :
1® L'une des formes du pronom démonstratif, aujourd'hui le plus éloigné, cela, celici-ld.
2® Article, le, la, etc.
Ainsi qu'il a été dit précédemment, le démonstratif jfiT/za est resté soudé à des mots qui remontent à Tune des phases les plus anciennes de la langue basque. — Nous le iYo\x\onsddiU.spintcho-ka{Bisc)Pintzan ga(L^h)=zPinson^ patois rom. pintzan, (Ce mot est étranger, selon toutes les apparences) — En outre, nous l'avons signalé dans Ka-{-hii et ses dérivés. — Le moment est venu de constater son identité avec Fadjectif numéral un, qui se trouve dans le Basque hame-\-Ka onze ( ^ dix-j-un) et dans le sanscrit. Ce rapprochement du Basque au sanscrit ehha, nous le faisons après l'ardent patriote Ghaho dont la mémoire vivra quoi que fassent ses détracteurs.
Toutefois, nous ne partageons pas de point en point Fopinion de ce linguiste. -— Nous voyons bien dans Kha (usé en Ka)^ le pronom que la numération a adopté pour représenter l'unité et ce primitif s'est permuté en ba, c'est notre croyance ; mais Bat contient u?i t étranger au thème qui est, d'après nous, le résidu d'un pronom encore inconnu et, d'autre part, il y a dans le sanscrit une voyelle {é) dont la provenance nous préoccupe.
La langue Basque peut présenter des mots où le Ka démonstratif n'a pas changé tout en devenant article :
Burii-Ka, l'épi de blé (glané).
Karra-Ka, la raclerie et aussi le racloir.
Miirru-Ka, le tas, lé monceau.
MotzO'Ka^ le potelé, de motz^ court, râblé. De Ikpiitzii -j-Ka,^ potzolo. C'est sans doute de jf?o^^o, dans le sens de potelé, grassouillet, que les labourdins de la côte ont tiré l'un des noms du chien. Si nousavonsbonnemémcire i?o^zo, n'est employé que dans les environs de St-Jean de-Luz comme synonyme de chien (Zakurra). De putziika^^oielé^ rondelet, on a tait piitzu-\-Kina, la mèche dont on se servait autrefois pour se procurer du feu, à l'aide du silex et du briquet. Elle était faite d'un linge roulé sur lui-même. L'expression est dans S. Pouvreau.
A côté de Kha^ la langue nous a montré le démonstra-tif za dans Kha+Mi =Za-\-phii,
L'équivalence de ka et de za peut ètro établie par la flexion verbale et par la flexion nominale. Nous choisissons nos premiers exemples dans la flexion nominale.
Le même mot [Burii] va nous offrir presque toutes les modifications que le démonstratif Ka a subies, dans le temps et dans l'espace.
Bu7^u^ tète, suivi de l'article, est prononcé, selon les lieux : biiru -+- ya^ burii + clia^ hiiym + ba, huru -f- ica, bicrzc+Ja et buru + a. Lorsque biiru doit être appliqué à l'épi glané, il s'écrit btcru + ^^ et burii -f tc?ia.
Nous nous permettrons de nommer décadentielles ces formes où le Kha primitif s*est changé en za^ cha, ja^ ya, &«, wa et a. Il manque à la série la permutation de ha en ha et en fa ; nous la rencontrons dans hu + ^« + tu et li -{- fa -{- ttc^ souffler le fem
Nous observons dans bimi + àa une permutation du thème Ka. Dans certains vocables le démonstratif ha devient ma.
€ Ollo + &a, la poule, (Orozco).
f Ollo + ma. la poule, (Ergoyen).
c Le Verbe Basque par le
€ P. LL. Bonaparte L(»ndres 1869 » (page xxix
note 7 et 8).
Ce linguiste, qui a publié une collection précieuse et rare de livres basques a noté, que le b de ba (pour nous issu du hha = ha interjectif) s'affaiblit au point de se prononcer à peu près comme w anglais. Cette dégénérescence du b qu'on peut remarquer à Giboure, à Fôntarrabie, à Lequeitio et autres lieux, est surtout trèsfréquente dans le patois des Landes où le be final se prononce we. Ex : plawewe^ binewe, uwe^ bewe = pleuvait, venait, une, boire.
Les mêmes démonstratifs Ka = za ont trouvé emploi dans le verbe.
JaKA et JaKO (Bise.) zaYO (Lab.)=iil lui est; deuTSA et deuTSO (Bise.) = il le lui a.
A côté de ces formes, extraites des tableaux où le P. LL. Bonaparte a mis en ordre le verbe des huit dialectes de rf]uskara, nous placerons deux variantes empruntées à réloquent auteur du Guerogo Guero, etc.
P. XIII — Uala dabillanari gerthatzen ohi zai KAna. . . C'est ce qui aryHve^ ordinairement y à celui qui se comporte ainsi (qu'il a été dit).
P. 66 ... gezurra erran araoi derau KA,.. c'est ce qui Va poussé à mentir.
Jusqu'ici nous avons Ka =i Ko^==^ Yo, et tsa, le substitut de ha^ devenant tso, La flexion suivante réunit tous ces changements : Dlotza (Lab.), diozka (Guip), deiizo (SouL), dazho (Nav. Otchagavia), daizho (Lab.) et darotza (Nav. Espa gnol) = il les lui a.
Les deux dernières formes sont de la « Grammaire
€ comparée des dialectes Basques Paris —
Dans cet ouvrage, M. V.Eys a donné une interprétation du verbe qui n'a que très peu répondu à ses laborieuses tentatives.
Cette partie importante de la grammaire ne pouvant être saisie qu'à l'aide des pronoms, (démonstratifs, etc.) — il va de soi que Texamen de ces appendices, encore inconnus pour la plupart, doit précéder celui de la flexion verbale dans laquelle ils sont agglutinés. Mais avant d'abor der cette analyse, ou celle de n'importe quel mot, il faudrait se défaire de cette idée que telle voyelle est € intermédiaire de liaison ou neutre, » et telle consonne € une lettre euphonique. » (V. Gr. comparée p. 33 et 97) et se bien persuader qu'il n'y a rien d'adventice ni d'inutile dans les vocables de l'Euskara.
Quoi qu'il en soit, M. V. Eys avait mieux à faire que d'écrire que telle flexion « a dû être formée selon la règle de Zavala * (p. 257 de la gr. ) et que t il est possible que cet i (celui de ai=^aii et de naih = yiaiik des flexions souletines) « se soit introduit 7iahi7^elle7nent dans ces flexions, mais » que « il ne faut pas oublier la théorie des grammairiens basques qui voudraient considérer naîz et dut comme étant le même mot modifié de différentes manières, (p. 389) — r.vant de tenir un pareil langage, il devait s'assurer si, oui ou non. les former qui lui ont paru douteuses sont usitées, ou'
encore, si elles ont disparu après avoir eu une existence réelle.
Est-ce que' les formes verbales dont il s'agit seraient
incorrectes, etç précisément parcequ'elles ont été
indiquées par Zavala, Ghaho, Lardizabal ou l'abbé Inchauspe, qui on.t émis, sur le verbe Basque, telle ou telle théorie qu'elle paraisse soutenable ou non ? En ce qui nous concerne, nous n'hésitons pas à répondre néga tivement. D'ailleurs, à l'appui de ses hypothèses, M. V. Eys aurait dû fournir des preuves. Or nous n'en voyons pas une seule dans la « Grammaire comparée. » II* y a donc lieu de les considérer comme entièrement gratuites.
Sous le bénéfice de ces observations, nous i econnaissons volontiers que M. V. Eys, a fait progresser l'étude de la langue Basque.
Nous revenons à notie sujet.
Les formes verbales cUolza, diozha, deitzo^ dazho et darolzcf.cic. nous, donnent, pour le régime indirect de la troisième per-sonne, ha^^ho et les équivalents za=:zo et 2/0 = 0.
Nous devons prévenir une observation que Ton pourrait faire relativement à l'orthographe de >s^ = zo. Dans les exemples diotza, deitzo, le t qui précède z est un z que le voisinage a obligé à se permuter ; il représente le régime direct. Gela ressort clairement de la comparaison des formes similaires du pluriel dazho et daîzho avec celle du singulier daho. Ce changement, dû à la tendance du langage à se manifester avec le moindre effort, est nommé dissimilation par un linguiste dont le nom nous échappe.
L'intervention dans le verbe des formes pronominales Ko — zo, aux lieu et place du Ka — za primitifs, appelle aussi une explication. Nous allons la donner.
Dans la période immense qui a dû s'écouler depuis le temps où ils ébauchèrent leur langue, jusqu'à l'époque où
ils conçurent le plan merf^eUleusement simiHe de leur verbe, les Basques comprirent la nécessité de diviser l'espace que Toi distingue à Toeil nu, b chiuip de la vision, en trois points :
Ici Là Là-bas
Ils émirent, par suite, trois adverbes de lieux. Les voici tels qu'ils sont usités actuellement :
gemen gor gan
Iiemen hor han
emen or an
Les deux derniers sont dérivés des démonstratifs Ko et Ka que le verbe a utilisés et qui, de plus, oiit donné à la flexion nominale :
go + ya ga -^ i -\- na etc.
dont le sens : là et là-bas est aujourd'hui la hauteur = Vélévaiion,
Nous n'entreprendrons pas ici l'analyse de l'adverbe hemen{en souletin heben), ni du r et du n finals de horei de han. Jusqu'à présent, ces adverbes, les pronoms démonstratifs modernes.
haiir
hori
hura
gaii
gori
gura
au
ori
ura
et les prépositions.
huna
horra
hura
ont résisté à l'interprétation.
Le secret de la formation de ces composés nous appartiendra le jour où tous les démonstratifs basques seront connus.
Le démonstratif Ka = za, qui occupe la place la plus considérable dans la flexion, nous est devenu familier dans l'emploi qui en a été fait, comme pronom et article, dans la flexion nominale et, comme pronom, dans la flexion verbale. Le raisonnement nous le montre représentant l'unité dans la numération. Cependant le rôle impor-
tant qull a joué n'est pas épuisé. Il semble qu'il ait grandi avec les siècles. —Nous allons, de notre mieux, raccompagner jusqu'au bout dans son évolution.
A partir de ce moment, d'ailleurs, notre tâche sera considérablement facilitée par un document historique d'une valeur indiscutable. Nous voulons parler de la nomenclature géographique de l'Alava aux xi« et xiv^ siècles que le R. P. Fita. savant archéologue de l'Académie de Madrid, a eu la bonne idée de publier en y ajoutant des notes qui accusent un èrudit chercheur autant qu'un pionnier perspicace et hardi (Epigrafia Romana. — Madrid, 1883, p. 37-74).
Dans la revue que nous allons en faire, les noms patronymiques apporteront leur appoint de lumière concurremment avec les noms de lieux dont ils proviennent.
Les écritures coliigées par le R. P. Fita datent de 1025, 1063 et 1333 : Pour plus de commodité, nous les désignerons sous la rubrique : La Reja^ qui est leur nom en espagnol. Nons y voyons figurer :
P. 67. — Elgorriaga^ avec la variante Elhorriaga, — « Ce nom de lieu, d'après un acte de donation faite au « monastère de Acosla (Ocoïzià)^ dans Tannée 871 de « notre ère » a pour signification, en castillan : Espinar. c'est-à-dire roncière, endroit où il y a beaucoup de ronces et d'épines. Tel quel, ce mot est bien connu de nos jours} il doit être divisé en : Elhorri=^ épine et nga qui indique un pluriel.
Gomme noms similaires^ nous citerons les suivants, qui sont à la portée de tout le monde :
A7netzaga, Fagoaga^ Goroztiaga, Ithwriaga^ Urhiag a, Lizarraga, etc.
Aga est, par conséquent, le pluriel de ga. Le R. P. Fita s'en est douté puisque dans son ouvrage « Discursos « leidos ante la Real academia de la historia de Madrid — 1879 (p. 81), » il a cité et traduit les mots zuM + ac (los
puentes)^z^Zo + a^a, (las cuevas). — C'est une réduplication du singulier ga. La chute de la l»"® consonne de ga + ga^ ou plutôt sa rédaction en a^se comprend d*au tant mieux que le Kha = Ka primitif est aussi arrivé au nième point de dégradation.
La géographie alavaise contient des noms terminés en za + ha dans lesquels on pourrait voir le thème za uni à ha, ajBfaiblissement du primitif JT^.
Nous en puisons quelques uns dans f La Reja » P. 68 as carzaha,
adiirzaha, P. 70 gersalzaha,
artazaha. ^ et oiazaha,
La signification de cette dernière appellation, tout le , monde la saisira. C'est celle que propose le R. P. Fita : Argomal = lieu couvert d'ajoncs nains.
Reprenons le thème pronominal primitif JT/^a =r Ka :
Dans la flexion nominale, la réduplication de ce pronom a produit la forme kaka ou gapa qui, d'abord destinée à donner une idée du pluriel, un plus un égale deux, en est arrivée à indiquer la pluralité sans limite, c'est-à-dire un nombre indéterminé.
Le vocabulaire basque nous nfôntre que, dans ce dernier sens, gaga ou aga a pour synonymes les suffixes actuels kada, keta et eta.
Nous y relevons :
Arrikada, tas de pierres.
Zaldi'kada, troupe de chevaux.
Urketa, affluence d'eau.
Arraîn-keia, quantité conoidérable de poissons.
Amez-keta^ plantation de chênes tauzins ( = forot de tauzins).
Harrieta^ monceau de pierres.
IJrritz'eia^ coudraie. .
« La Reja » , de son côté, enregistre les variantes ft^/a, heia, eta et eUa,
P. 47 Igelhegi-eta.
Mendarozketa.
P. 66 Bagoeta.
P. 67 Marieta. — Marieka. Mariheia.
P. 68 Gazaheta.
P. 69 Galharreia.
P. 73 Azazaheta,
Erroheta, Nous ne connaissons pas la valeur de Vh aspiré. Cependant dans les mots qui précèdent, il n'y a pas à douter que kha n'ait produit, par dédoublement, les formes kaet ha.
Nous considérons, ajuste titre, kM comme la racine du démonstratif au singulier et k/za + kha comme le pluriel de ce mémo démonstratif.
Un nom de lieu, connu à Saint Jean-de-Luz et à Biarritz, nous offre le curieux spectacle du contact d'un adjectif numéral, /?e?/« = deux, avec le démonstratif (aujourd'hui article) kha affaibli en ga, c'est Etchebiyaga (moulin et maison à Saint-Jean de-Luz ) dont les Biarrots ont fait Chahiague (nom de moulin et de quartier;.
Etche + Mya + ^adoit être traduit, de la fin au commencement, Cela ou la + deux + maison = la maison double. Il suit de là qu'un suffixe émettant l'idée de la pluralité, ou exprimant une collection, même l'adjectif numéral qui paraît provenir du redoublement du pronom démonstratif, doit être déterminé par l'adjonction de ce même pronom démonstratif devenu article.
C'est bien ce que nous vo3'on8 dans iMlketa-\' k, les
allées et venues, mandatukela -j- k. les commissions, etc.
Il semble que la construction de noms tels que : Etche-
Myaga = la maison double et Kahu-ka (aujourd'hui
abti-a) = la bouche, soit la conséquence d'un oubli total des éléments qui entrent dans leur composition.
Plusieurs fois nous avons vérifié des superfétations tout aussi extraordinaires. Nous n'en rappellerons qu'une à cette place. Nous la prenons à la 68<^ page de « la Ue-
gazaheta. aussi écrit, sagarzaeia et sagassaeta.
Parmi ces trois noms, nous choisissons le plus difficile à prononcer.
Sagarzaeia que nous lisons ainsi: sagar -{-za -}- ela=: les ou. quantité -^ la + pomme ou po7n?nie)\
Sagar-za-eta signifie donc « Les Pommes » ou plutôt t La Pommeraie *. Or, si nous mettons ce nom au pluriel, nous aurons sagar -\- za -\- eta + k. composé du radical et du démonstratif quatre fois répété. On y remarque, en effets — za^ le substitut de ka, qui est resté joint au thème,— eta, forme corrompue de ^a -\- ka - et enfin k, résultat de l'usure du même pronom ka.
Selon la règle de la formation du pluriel que l'analyse nous a révélée, nous devrions avoir :
1» Sagar + Ka + Ka.
2® Sagar + Za + Za.
ou en unissant le ka primitif à son substitut za^ 3<» Sagar + ka + za.
4<> ' Sagar + za + ka.
Nous n'avons encore trouvé aucun représentant de la troisième forme théorique, mais nous connaissons parfaitement la première et la quatrième, et nous remarquons le suffixe za + za de la deuxième forme dans le souletin Tzi. — Ce suffixe n'est pas inconnu au dialecte labourdin. Ex. :
Burdintze ederra^=:A77iaS:. d*ustensiles ou d'objets en fer.
Zer' gizon izeal = Quelle mnliîtude <t hommes! etc.
Mais, sans contredit, c'est dans la Soûle que Ton fait le plus grand usage du suffixe za + za dégénéré en tze. tzi, car, dans cette partie du pays basque, on l'emploie « pour f former les noms de tous les arbres fruitiers par l'idée € de l'abondance ajoutée au nom du fruit dont ils sont f ordinairement chargés. » (GFiaho. Dict. p. 9)
Ainsi de sagai\ les Souletins ont fait sagar-tzi-a, le pommier. Nous avons là un nouveau mot qui vient à Tappuidece que nous avons annoncé, en tète de cet opuscule, au sujet de Kàbii ou Buka^ à savoir qu'à l'époque de l'imposition des noms, les Basques ne distinguaient pas la cause de l'effet. On conçoit que sagar,+ za =: sagay^r + « ait, tout d'abord, été pour eux aussi bien l'arbre que le fruit, (le producteur et la cbose produite). Plus tard, lorsqu'ils voulurent donner à ces mots la forme du pluriel, ils firent sagar -^ za+ za, corrompu depuis en sagartza, signifiant Pomme + plusieurs et Pommier + collection, et enfin ils déterminèrent sagartza, àl'aide de l'article Â'«, d'où sagartza + ka qui s'est usé en sagartzi + a. — Le pluriel de ce mot sagartziak (les Pommiers) est l'éqnivaent exact de TAlavais sagar zaetak (les Pommeraies).
Les dialectes souletin et biscayen offrent de nombreux cas d'affaiblissement en e et en î de l'a précédent l'article final qui est a.
En voici un exemple emprunté au dialecte biscayen : .
Aiia — père — y devient aite-a (au lieu d^ aita-a, le père). A son tour, aite-a passe à aiti-a et môme à aià-e, notamment à Ubide. L'affaiblissement de i + a final en ^ +^ a été noté, il y a longtemps^ par le P. LL. Bonaparte.
Le suffixe ha + ^^> à qui nous donnons pour rivaux za + za et za + ha (ancien alavois za + ha, souletin moderne tzi, labourdin tze) a acquis lui aussi, le sens de collection, assemblage. Mais, au moment où nous pouvons
le suivre historiquement, il revêt les formes kada. kela, heta, eta.
Une seule de ces transformations, celle qui a trait à la substitution de rf, t au k thématique, exige une preuve que nous montrerons décisive dans Fadjectif numéral &i^a où, fort henreusement, c'est bien le thème ka(runité^, que l'on surprend faisant mutation avec da. Dans les variantes de cet adjectif, on retrouve presque tous les changements observés dans les noms suivis de l'article ka.
On constate en effet que Mga est prononcé, suivant les dialectes :
Bida, bicha, Mja, Mya et Ma. etc.
Les témoignages de la chute du k médial organique en d abondent. Celui que nous signalons dans l'adjectif bîga appuie suffisamment notre thèse.
L'examei de la flexion nominale nous a fait dire que le démonstratif klia est tombé, par la suite, enzaeida. Pour que rien ne manque à la certitude de nos déductions à ce sujet, nous apportons une dernière preuve que le thème démonstratif kha s'est transformé en za et rf«, dans la flexion verbale. Nous la trouvons dans le ver)»e auxiliaire être, à la 3® personne de l'indicatif :
Da (il est) = cela, celui-là; celui qui est, ce qui est; et à l'imparfait dudit verbe :
• Za + 71 (il était) cela, celui-là était, qui est composé de za, il est, et de 7i, caractéristique du passé. L'usage qui a affecté da au présent et za au passé est relativement moderne. Les formes dialectales conservent encore le souvenir d'une phase de la langue où cette spécialisation était absolument inconnue. Dans za + ^î? c'est à la particule n, qui est le résidu d'un pronom démonstratif, qu'il appartient de préciser le temps. — Qu'on ne dise pas que n est une lettre adventice, redondante, etc. Il n'y a rien de semblable dans l'Euskara, nous le répétons.
On remarque le ?i démonstratif dans les adverbes composés ha + n + ^a + n; he7ne + w + ff^^e + ^i-, etc.
L'éloignement dans le temps pouvait bien naturellement être rendu par le pronom qui indiquait déjà Téloignement dans l'espace, et c'est ce qui a eu lieu dans l'élaboration de l'idiome basque. Cela n'a pas échappé à l'abbé Darrigol et M. V. Eys l'a fort bien remarqué après lui. Mais il est évident que le pronom démonstratif 7ia (réduit an) ne s'est pas borné à indiquer l'éloignement ou les objets éloignés. Ses fonctions, que nous entrevoyons à peine, sont encore à étudier. Na est peut-être la dernière transformation du aha primitif, un de ses représentants dégénérés auquel Vfza aurait donné le jour.
Telle est )a provenance de ce d que l'auteur de la « Grammaire comparée, p. 135 » a vu dans doa = il va, et qu'il présume être le dernier vestige d'un pronom démonstratif perdu de nos jours. Nous terminerons en remarquant dans bat un i représentant le d du démons tratif da, qui s'est durci après la disparition delà voyelle. bai zz: un viendrait donc de ba + da (ce qui est, la chose qui est, celui qui existe positivement).
Il y a lieu de distinguer ici ba + cZa(d'où bat = un), de ba + ^^ == il y a, qui vient de bai ==: oui -j- da=: il est.