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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

II convient d'étudier tout d'abord la portée de la II' Règle-Base : un mot-un sens.

La prétention de créer un langage dans lequel un vocable ne rendrait absolument qu'un sens est théoriquement insoutenable.

La qualification « idéo-verbale » attribuée à la mf'-thode du B est elle-même trop vao:ue pour qu'il ne soit pas expliqué ici ce que j'entends par cette partie de mon programme.

S'il fallait noter par un vocable spécial chacune des idées que

lOS LA LANGUE BLEUt:

pourrait émettre chacun des individus de toutes classes, de toutes conditions d'ux peuple, un dictionnaire nntionol résultant de cette conception serait déjà pratiquement irréalisable.

Bréal : « Une laniruo qui représenterait ce (jui à uu moment existe dans notre entendement et qui accompagnerait d'une expression tous les mouvements de notre intelli.ïrencc, loin de nous servir, deviendrait ])our nous une gêne, car il faudrait dans l'émission de chaque notion nouvelle ou que la langue se modifiât ou que les «•pérations de notre es]irit restassent toujours, les mêmes pour ne pas briser le mécanisme de cette langue. »

Cette difficulté réelle dans toute langue devient encore plus délicate dans la formation d'un langage artificiel qui émet la prétention do servir de truchement aux « génies » de races diverses dont les expressions métaphoriques procèdent de concepts différents de la vie (1).

L'obstacle semblerait donc insurmontable s'il s'agissait de « fabriquer un idiome complet », mais on peut concevoir la possibilité d'une solution, si l'on se souvient du but proposé à la Langue Bleie : constituer « une langue artificielle destinée à servir d'instrument de compréhension pour les b(^soins les plus usuels des relations internationales. »

En affranchissant celte langue nouvelle de toute visée littéraire, voire même de toute spi'-culation philosophique, on comprendra que la formation d'un vocabulaire composé en grande partie de mots concrets est moins diificul tueuse.

La formule : « un mot — tni sens » n'est certes pas applicable avec une rigueur absolue; mais je crois qu'il est possible d'arriver à resserrer le sens d'un mot de manière à réduire considérablement les confusions produites par son émission ou par sa lecture.

En effet, un mot isolé, sauf pour certaines désignations d'objets matériels, ne possède jamais de signification bien précise, s'il n'est complété par d'autres mots ou tout au moins par la personnalité de l'orateur ou de l'écrivain. Le sens dans lequel un mot est compris pai- cet orateur ou cet écrivain peut du reste être différemment perçu par l'audi-

Cl) DuMÉRiL : « D'après les métaphores des peuples, on peut juger des caractères particuliers de leur pensée. »

On peut noter ici qii!' les sens abstraits semblent tous avoir été dérivés de mots concrets, et c'est sans doute cette formation qui involontairement peut pro-^ <luirc le rayonnement de perceptions diverses. Exemples : penser, du mot peser ; sacoir, de sapere, ffoûter ; comprendre, de prendre autour.

Darmesteter : « Dans aucune des langues dont nous pouvons étudier l'histoire, il n'y a de mot abstrait qui, si l'on en connaît l'étymologie, ne se résolve en un mot C(»ncret. »

Bréal : « Nous trouvons dans toutes les jirof.-ssioiis des noms abstraits devenus • li's noms de (jnelque objet tangible. »

WiUTNEV : « Une branche importante du transfert des mots de l'acception propre .i l'acception figurée est l'application de termes (|ui désignent des choses sensibles aux concepts purs.»

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tour OU le lecteur suivant la nature de leur situation sociale (1). Voir l'exemple du mot : racine, page i 10.

PoNCEi. : a Ou peut dire que le laiigag-e est tellement subjectif que j)as un individu ne donne exactement la même valeur au même mot. Le mol ne renferme pas <-n lui un concept tout faiL II est seulement le signe qui excite l'esprit à le former., »

Les mots ne peuvent nous donner une notion parfaite de leur signification qu'à l'aide de nombreux sous-entendus (2).

Whitnev : « Nos mots ne sont <pie trop souvent des signes pour des généralisations vagues, indéfinies...

PoNCET. : « Les mots n'expriment jamais (ju'une partie de nos idées et celui qui les emploie de même que celui qui les reçoit est forcé de compléter dans sa pensée l'idée indiquée par les mots qui lui sont transmis. Le langage n'exprime jamais rien complètement, mais seulement h- point le plus saillant des choses »

C'est donc la fixation de ce « point saillant des choses » qu'il faut essayer de déterminer; toute tentative ayant pour but de simplifier un vocabulaire doit suivre ce principe.

Pratiquement, il est permis de concevoir im lexique dans lequel seraient éliminées certaines classes de mots « moins saillantes » du langage.

On verra qu'en B les verhes, qualificatifs et adverbes de qualité ne trouveront pas place au dictionnaire.

Mais pour rendre possible la disparition de ces mots du vocabulaire, encore faut-il donner la faculté de les réta])lir instantanément. Grâce à la connaissance de quelques règles de formation, on pourra reconstituer presque mécaniquement tous les mots supprimés.

Cette eontexture du dictionnaire va être exposée plus loin, mais avant d'indiquer la théorie et la raise en pratique du vocabulaire proposé, il convient de rappeler le but delà Langue Bleue, admirablement résumé dans la définition suivante :

De Beaui-'ROXt : « La langue internationale doit être l'idiome neutre facilement accessible à tout civilisé d'instruction moj'enne pour ses relations internationales.

Si l'on veut que « l'instrument de communication » internationale soit

1) Bré.m. : « Il y a des langues où les différents actes de la vie ne sont pas désignés de la même façon, s'il est question d'un personnage élevé en dignité ou d'un homme ordinaire. »

Par exemple, chez les Cambodgiens; ceci existe dans beaucoup de langues lorsqu'il s'agit des animaux; en français, on dit « crever » au lieu de « mourir >•; les Allemands ont un mot spécial pour indiquer que les animaux « mangent, boivent », etc.

(2) Bré.vl : « C'est parce que le langage laisse luie part énorme aux sous-entendus qu'il est capable de su prêter aux jn^ojets de la pensée humaine. »

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d'un maniement facile, il faudra évidemment se conformer au prognxmme suivant :

LiPTAY : a Uno langue concise et épurée des anomalies et des absurdités inhérentes à lous les idiuiiips enipirifiues sera la ian.iïue de l'avenir. »

La gi-ammaire du B a déjà montré la régularité qui préside à la f()rmation de ce langage ; le vocabulaire du B va nous apporter une grande clarté dans les moyens d'expression.

On saisira facilement que les « nuances » du langage pourraient rtrc proscrites d'un tel idiome; elles devront tout au mnins être remplacées par quelque mode d'expression très aisé.

Dans la Langue Bleue, ces subtilités du langage seront mises ;'i la portée de tous, grâce à une règle nnuvelle dont il a été maintes fois question : Ln Morgueritation.

Enfin, si dans une langue vivante « la multiplicité îles acceptions d'un même mot peut être la preuve d'une culture avancée (Bréal) », dans un idiome artificiel, il est au contraire de Toute nécessité de n'attribuer, autant que possible, à un mot qu'un seul sens, afin d'éviter les nombreuses amphibologies résultant forcément de l'accumulation de sens divers en nn seul vocable.

Si l'on entend, par exemple, le mot « racine » prononcé isolémenten français, il ne donne aucune indication par lui-même, car la signification de ce vocable sera tout autre s'il sort de la bouche d'un jardinier, d'un linguiste ou d'vm mathématicien.

Nous allons don<" étudier successivement: la théorie d'un dictionnaire rationnel et la mise en pratique des principes de cette théorie.

Auparavant, un court historique de la créatifjn de la Langue Bleue me paraît nécessaire, non que ce résumé soit 1res intéressant par lui-même, mais parce qu'il montrera par quelle série de raisonnements a été déterminée la formation du vocabulaire idéal, qui, en permettant une certaine restriction dans le roiyo/iner/ienf produit par 1' « association des idées j), apporte la justification partielle de cette trop ambitieuse formule : un mot — un sens.

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