‹ La langue bleue - BolakChapitre 116 sur 136 · ADVERBES · texte numérisé non relu

ADVERBES

Le problème se restreint donc ainsi : comment attribuer des significations de îioms à des moules préalablement établis ?

On sait tout d'abord qu'un des desiderata d'une langue rationnelle doit être de contenir des racines monosijllahiques, par recherche de la concision. Ce sera donc dans des moules d'une syllabe que les significations des notions les plus usuelles devront entrer. D'après les règles orthographiques du B, «-es formes sont au nombre de i :

c-vc, — cca;^c, — c^^cc — cc-^cc.

Les 4 voyelles, les li consonnes simples, les 31 consonnes douilles initiales, les 59 consonnes doubles finales de la Langue Bleue ont été fixées dans l'ALPHABET : la solution du problème consistera donc simplement à savoir comment déterminer la signification des ao)/îSsoucJtes ainsi hypothétiquement créées.

Prenons par exemple la l"" consonne de l'alphabet B, on possède ". priori dans la i'" forme, les vocables possibles suivants avec la voyelle .1 . I»ab, bail, l»atl, liaf. bag, bal, bain, ban. bap, bar, bas, bat, bar, bas, bat, bav ; avec la voyelle E on aura de même : beb, bei|. bed, bef, bel*., bel, etc. ; avec la voyelle / .■ bib, blii, biti, bîf, b5B*, etc.; de même avec la voyelle O / bob, boii, bod, bol*, etc.

On a constaté en outre {V. p. oUOi que 55<s4 formes avec consonnes doubles sont ainsi prêtes à être utilisées et que, de même que dans l'exemple ci-dessus je peux en dresser la liste (i i.

.J'ai le désir d'employer les mots des langues vivantes dont la prononciation serait similaire à celle d'une de mes formes hypothétiques, spécialement si ces mots sont déjà presque internationalement connus.

Je pui'^ citer comme exemple dans la liste ci-dessus, le nva

(1) 7316 moulus moins 37"^ formes d'adverbes simples qui ont la structure spéciale : syllabe close terminée par la consonne q.

Egalement à diminuer des 7316 moules les 121 vocables qui pourraient être fournis par les lettres cvrf, puisijuii le </ final est la caractéristique des qualificatifs et que ceux-ci doivent avoir deux syllabes d'après les règles de formation du B.

C'est pourquoi des mots très pratiques tels que les vocaljles anglais ; ù/id, bed, hid ne trouveront pas place dans le vocabulaire de la Lorifjne Bleue.

■'liX LA LAXGLE BLEL E

(( bar ') que j'adopterai dans sa. signification presque internationale d' « endroit où l'on peut aller boire debout et munûer un morceau (1) ».

Ici une difficultc'- à résoudre : le son du mot « bar » en français (en écriture « barre «i signifie également « trait ou barrière », pourquoi alors adopter la signification anglaise?

C'est que, d'après une revue scientifique iSfiEXTiFic Amerk an) : sur les 5(M) millions de personnes parlant l'une des douze langues modernes, environ le quart, soit 125 millions, parlent l'anglais : viennent ensuite : le russe, î)0 millions; l'allemand, l'y millions; le français, •V» millions; l'espagnol, if) millions; l'italien, 35 millions ; le portugais, 12 millions, etc.

Or, comme c'est à ces peuples que s'adresse spécialement la Langue Bleue, il me parait pratique (sauf pour le russe dont l'alphabet est trop compliqué), de procéder dans le même ordre dans l'attribation de sens aux moules théoriquement formés.

Je dois dire aussi que l'anglais est le langage qui contient le plus de monosyllabes et que par là même, il est le plus pratique de tous les idiomes.

Il est bien entendu que je ne choisirai des vocables de cette langue qu'autant qu'ils rentreront dans les moules du B, préalablement fixés, et surtout lorsque leur prononciation concordera avec leur écriture.

Je rencontrerai ensuite en allemand de nombreux mots remplissant les mêmes conditions ; puis, beaucoup de vocaJîles français pourront ('■tre utilisés avec des rectifications orthographiques ou abréviatives; l'espagnol me servira ensuite avec l'italien.

Beaucoup de mots appartenant à des langues moins répandues seront également élus, en raison de leurs structures similaires aux formes hypothétiques du vocabulaire B- Le suédois, le plus pur et leplus concis des idiomes germani(jues, me sera d'un grand secours ; avec ses consonnes doubles initiales dures ( V. p. 2981, le hollandais me viendra également en aide.

En cas d'embarras, je m'adresserai ]>our la création des vocables aux langues slaves, au latin ou au grec (2j, et même à d'autres langues;

(li Ici on peut dire ijuc si bib signifiera en B : « la boisson », la traduction dr. a l'endroit où l'on fait usage de boisson », devrait être bîbort, puisque ort est la l'-rniinaison secondaire indiquant « l'endroit ». Je renvoie à la théorie (page 108) |ii>ur les explications à ce sujet. Il est évident que bîbort sei'ait intelligible, car la traduction en est « lieu de boisson ». Si l'on ignore le mot bar, on peut ainsi le fabriquer; mais c'est une faculté, non une obligation et cette i)ossibililé de composition ii'imj)lique pas l'absence dans le vocabulaii-e d'un autre mot ayant le même .sens.

(2) Exemples : le mot <. fatalité », en B, iiaiik, on le mot a maladie», lalg, déjà cil<''s.

parfois j'aurai recours à des mots d'argot, si expressifs dans leur concision (11.

Enfin, mais en dernier lieu seulement, je fabri({uerai au besoin ('2i desmots de toutes pièces, en m'inspirant delà pensée de Max Muller : « L'idée que les langues peuvent être modifiées et perfectionnées par l'homme n'est rien moins que nouvelle. »

Ai-je besoin de dire que je procéderai par élimination de lettres initiales ou finales, ne gardant que le « cœur » des mots afin d'obtenir les racines monosyllabique?. indisj)ensables.

Je peux donner comme exemple le mot « constitution », si long en français, qui deviendra dans la Langue Bleue : sstit « action de constituer.

Le travail opéré par l'évfjlution des langages rappelle l'( euvre sourde lie la mer battant les falaises ; chaque vague désagrège le roc dans une action imperceptible, mais incessante.

Terrien-Poxcel ; La paresse uaturL-Ue des ur.uanes les porte à préférer des articulations qui exigent le moins d'énergie dans l'action; aussi l'histoire nous moatret-clle les langues usant peu à peu leurs aspérilés ».

Je ne ferai donc que suivre lexemple de cette fatalité dans l'histoire des langues, et on retrouvera en B l'exemple classique du mot latin : èpiscopus, évéque, réduit aux lettres : bisp, non par invention pure, « par artifice », mais par un simple emprunt fait à tme langue vivante : le danois !

Par suite de la rèale absolue : tout nom commence par une consonne, on constatera, dans le vocabulaire B de nombreux mots fournis par « soudure » de l'article avec le nom français.

On sait, en effet, qu'aucune des formes wc ou vcc ne peut exister dans la Lcuujue Bleue, afin de laisser un libre jeu à la Règle de La Marguerite : préfixation des interjections modulatrices.

Exemples : lart, traduction de a;-^, loi*, traduction de or (V^ p. ioUi.

On voit que les règles orthographiques de la Langue Bleue, ainsi que I'aspect « syllabe close » que doiv'ent forcément posséder les Xoms du B ) m'im jjoseront de très grandes déformations dans la contexture de vocaljles existant dans certaines langues; mais ces déformations seront de même nature que celles des mots des langues vivantes {V. p. 1.5Ui.

1) Exemples : « bob » qui signifie en argot anglais : «sergent de ville » ; bouil, eu argot allemand, dont la signification est « flâner». Dans l'argot français, je prendrai a paf » pour dire « ivrognerie » et « pif » jiour exprimer le sens « nez ». Cedernier mot peut paraître ridicule, mais quel mot i)onrrais-je choisir au milieu des vocables connus dont la prononciation est la suivante: ne (français , no-^e (anglais /ia:e (allemand', naso (espagnol), na:o (italien), nusus (latin) ?

(2) Exemple : \e mot Jils, les (prononcez : laisse) déjà créé, pour avoir un vocable pouvant se juxtaposer dans les relations de famille. A', p. lo3).

4, M I.A LANGUE Dl.KL K

Je modifierai souvent rortho£ra])he d'un mot, tout en tardant la signification <[ue son plionétisme lui donne, — tout au moins approximativement, — dans la langue vivante qui fournira ce vocable au Dictionnaire B-

Par contre, si le son d'un mot, traduit parles signes de l'alphabet de la Langue Bleue, en changeait totalement la i)hysionomie, je n'adopterai une telle contexture que s'il m'était impossible de trouver une représentation meilleure de ce sens.

Exemples : le mot anglais « prêtre », s'écrit : pricst, mais comme il se prononce prîst, et que l'orthographe en est peu modifiée, c'est ce mot qui aura la signification de « prêtre » en B-

Par contre, rémission du mot « peur » est firc (("longi en anglais, mais comme il s'écrit fcnr, le mot « lir » ne signifiera pas « peur » en B ; car, lors même qu'un Aniilais prononcerait le son « (ir », cette sonorité brève ne lui rappellerait en aucune laçon le sens de ce mot.

En résumé, et contrairement à la méthode adoptée jusqu'à ce j(tur par les autres languef; artificielles, c'est uniquement le phonêtisme des mots qui me guidera dans ces attributions de sens et non leur graphisme

De plus, dans ce travail, j'aurai toujours en vue la concision nécessaire dans un langage international, concision qui a d(''jà déterminé la plupart des modifications ap])ortées aux vocables de toutes les langues ilj.

Tkkkien-Puxcki. : « La loiulancc à resserrer les mois est la cause la jilus fr.'queiite des allératioiis ijue ceux-ci ont à subir; le i)euple, comme ou ilit, maiifje In moitié des lettres ».

Je sais d'avance que les critiques qui ont étr adressées au \'okq)uh ne seront pas ménagées au vocabulaire de la Langui; Bleue.

Il me semble pourtant ([ii'une distinction assez importante peut se faire entre ces deux dictionnaires. Tandis que Sciii.ever procédait arbitrairement à l'attribution des sens en changeant la physionomie des vocables connus pour des raisons que je crois mal fondées (2), dans la

(1) Voir rcxomiiledu mol « théâtre», page 11:^. Le mot « théâtre » deviendra «atr, les voyelles successives étant interdites en B- Celte contraction des voyelles est eonforme à l'évolution du langage; l'Ei-i-onT causé par la prononciation de deux voyelles successives, efîort qui fait rejeter tout hiatus de la poésie française, rendra nécessaire l'éliniination de vocables de semblatjle structure dans les langues vivantes, ainsi que cela a déjVi eu lieu dans les mots latins mi pour inilii, nil poui' nihil. Va\ frain.ais, le mois latin » Aufiustus » est devenu d'aliord f<-oaï, que chacun lirononce aujourd'hui: le mois à'ou >>. Le vieux français « cuic/c » s'est de rnêiiie translbrmé en « vicie ».

(i) Telle que la difficulté des Chinois ;'i pi-ononcer la lettre R, qui détermiiK' riuterdiction de cette lettre en volapuk cl change totalement la pjix sionomie des mots, lûxemjdes : /,lon au lieu dr- l»ron fcouronne;, foin au lieu de forin iforme).

LA LANGUE IJLELE 431

Langue Bleue les déformations des rp-aphismes des mots auront lieu ou pour Correspondre à des plionrtismes régulièrement transcrits, ou pour se conformer à des rèules grammaticales édictées dans le but de simplifier l'ortliograplie des mots, ou encore par phénomène de cunstriction, do resserrement conforme à l'évolution des langues vivantes.

Ces modifications de formes connues sont toutes efîectuées pour alléger Je travail d'acquisition ; et cette obéissance à la loi universelle du « moindre effort » fera apprécier leur utilité.

En opérant ainsi, j'espère avoir concilié, clans la mesure du possible, le dictionnaire du B avec celui des idiomes modernes.

Une des plus grandes difficultés de mon travail sera sans aucun doute la concomittance de sens différents pour une émission semblable en diverses langues, sans parler des significations parfois bien distinctes d'un même phonétisme dans une langue, tels que les homonymes français (1».

J'aurai toujours pour guide dans cette tâche : la série de langues dans laquelle le choix de vocables devra successivement être fait (T. p. 128 1 et surtout le principe fondamental de la recherche du sens « le plus saillant >>, de la signification la plus usuelle à traduire.

Il ne faut pas oublier qu il s'agit seulement de deux à trois mille sens de noms à déterminer et que le vocabulaire constitué o priori met 12001) formes à ma disposition.

Pour terminer ce chapitre, je veux montrer que ce travail de collation, qui peut paraître gigantesque, me sera pourtant d'une facilité inouïe, grâce à la préparation matérielle des documents utilisables.

En effet, d'une part : je possède la liste complète <( en blanc » des formes qu'il faut remplir, puisque j'ai pu dresser la série de tous les mots hypothétiques de la Longue Bleue (W p. 414).

Tout ix Dictionnaire fltuh du B est donc établi à l'avance.

D'autre part, des extraits de dictionnaires des principales langues suivantes contenant tous les monosyllabes avec leurs sens ont été préparés par mes soins.

Pour débuter, par exemple, d'un simple coup d'œil, je vois les noms monosyllabiques commençant à la lettre B, par ba, successivement en anglais, allemand, espagnol ci italien, etc.

De plus, jai l'ait rédiger un résumé de Dictionnaire français avec les mots les plus utiles, et au fur et à mesure de l'attribution de sens aux « moules » de la Lancine Bleue, la traduction adoptée sera reportée sur ce dictionnaire français rudimentaire. Il ne restera donc qu'un petit

il) Si un Français se moquait devant un Annamite des tonalités nécessitées pour la compréhension de la phrase ha, ba, ba, bf( {V. p. 309), que dirait cet homme jaune s'il entendait la phrase : « le sein de cincj saints ceint de seeings »"?

iS2 LA LANGUE liLElE

nombre de vocables à « fabriquer », lorsque j'aurai ainsi parcouru les listes des monosyllabes de toutes les langues étrangères, tout en élisant, tant que faire se peut, les mots de notre a doulx parler de France ».

Afin de rendre le plus prati(jue possible le langage proposé, j'ai fait également préparer une liste des vocables de toutes les langues qui îi-aduisent i)ar un seul mot l'expression d'une idée simple française nécessitant un « groupe » de mots.

Il est évident que la notion de « Ix'U marché >i doit être rendue eu un seul vocable dans une langue pratique, aussi bien que l'idée coniraire de « cherté ». tCe mot sera traduit eu B par le mot anglais iilp un peu déformé dans sa prononciation). De m^me des notions telles que : « chemin de fer, gaz d"<''clairage, arc-en-ciel, cerf-volant » seront exprimées par un seul vocable dans la Langue Bleue.

Pour exécuter ce travail de la constitution d'un dictionnaire, je tirerai «'•iïalemeiit profit des recherches de mes prédécesseurs et tout mot exl>ressif, qui pourrait se couler dans les moules du B rencontre dans un des vocabulaires mondoUngua, espéranto, volapuck, novilatin, unirersala, ijasilingue, rnyrana, etc., sera immédiatement approprié sans scrupule et deviendra un mot « bleu ».

Suivant l'exemple de Moliicue : « je prends mon l)ien où je le trouve ».

L'originalité de la constitution de mon vocabulaire in+ernational est sans contredit la nécessité de « faire entrer des sens » en des « formes a ih<'-oriques établies pn'-alablement.

Cette entreprise exige un choix judicieux des vocables, une entente assez grande des langues vivantes, i)rincipalemcnt au point de vue .luditif, une connaissance des sens des mots dans toutes ces langues et surtout un esprit suffisamment pondér»'- pour mettre en balance les av^antnges et les inconvénients de l'adoption de chaque vocable.

L'ensemlde de ces qualiti'-s est difficile à rencontrer chez un seul individu, aussi dois-je terminer ce chapitre en priant à l'avance « de pardonner ;i l'auteur les erreurs .sans aucun doute commises. »

Ouoi qu'il en soit, les « noms » du B, créés par attribution, pourront <"tre acceptés tout aussi bien que d'autres « sonorités d'expression »,qui >ans rai>on api^arenie, traduisent de semblables significations dans les langues vivantes ; et, l'aide aj)portée par I'aspect de la contexturc irrammaticale compensera ampleiiient les défauts nonil>rcux que l'on Constatera iimnaiiquablement dans la nomenclature des mots du VOCMU'LAIR/: de la Langue Bleue.

Page 1