III. — Formation des Modificatifs
Pour former tout modificatif {4^ classe des Granmots), dont l'Aspect caractéristique est, ainsi que nous le savons, la consonne finale i| ('son : tche), il suffit cVajoutei'aux quatre temps des verbes cette lettre if et l'on obtiendra tous modificatifs isauf adverbes simples) (1), c'est-àdire les gérondifs et adverbes de qualité du langage.
Toujours avec le mêm*- exemple, on obtiendra les quatre mots suivants :
lovi — »i, soit lovii[, qui voudra dire ; en aimant (toujours) (2). lovo-j- u, soit lovoii, — en aimant (en ce moment).
love-]- ![, soit lovei|. — aim,ément (?), avec amour.
lova-f- If, soit lovai|. — aimablement.
{V. exemple de krant, p. 92 ; tableau d'un mot B marguerite, p. 58).
On peut également considérer le Modificatif comme formé des Attributifs.
Dans le son i/ [tche) on peut retrouver le son d, plus un son chuintant ; Suit une forme abrégée d'une contexture hypothétique que l'on pourrait écrire d-ch, qui par contraction devient tch, soit n pour indiquer les modificatifs.
L'ensemble de ces trois paragraphes résume la formation de la Langue Bleue et permet d'énoncer les règles suivantes :
Régies comparatives des longueurs de mots.
A. — Le verbe a toujours une lettre i et en cas de passif, deux lettres : outil et voyelle) de plus que le nom dont il est dérivé. Le mot verbal a au moins quatre lettres et deux syllabes.
il On verra aux modificatifs (V. p. 226) que les adverbes simples ont une physionomie spéciale. Ce sont des mots de trois ou quatre lettres commençant par une consonne et finissant par la caractéristique de toute cette classe de mots (modificatifs) : la lettre q. Donc les adverbes simples se coulent (si de 4 lettres) dans les moules ceci/ ou cco/; ou (si de trois lettres) dans le moule cet/. Il n'y aura ainsi aucune confusion possible, entre ces mots d'au plus quatre lettres et d'une syllabe, avec les autres modificatifs qui auront au moins cinq lettres et deux syllabes, — sauf dans le cas assez i-are de margueritation d'adverbes simples de 4 lettres. Dans ce dernier cas les adverbes simples peuvent avoir cin(i lettres et deux syllabes ; mais leur physionomie reste encore différente de celle des autres modificatifs, puisque leur i)remièrc syllabe sera une voyelle, tandis que dans les autres modificatifs de deux syllabes, la première des syllabes sera toujours une syllabe close.
(2) Voir plus loin, page 230, les explications des sens des modificatifs.
En elïet, un nom étant une s]jllabe close ayant trois lettres au moins, un verbe sera forcément formé de
3 lettres -f- voyelle = 4 lettres = '2 sijllabcs. Ex. : lov-i.
donc un verlje a au moins 4 lettres et 2 syllabes.
Si un nom d'une syllaljc a quatre lettres au moins, le ver])C deviendra un mot de :
( 9|)il4-<0.
4 lettres -j- voyelle = .5 lettres = i syllabes. Ex. :-
Enfin, si un nom d'une syllabe a cinq lettres (ce qui pour les noms d'une syllabe est le maximum possible de longueur), le verbe aura nécessairement :
o lettres -j- voyelle = 6 lettres = 2 syllabes. Ex. : krant-o.
(A la voix passive l'outil u est compté pour une syllabe, puisqu'il n'y a pas de diphtongues en BO
l}. — Les attributifs et modificatifs ont deux lettres de plus que le nom-souche dont ils proviennent. En effet, les premiers ajoutent un d, les seconds un ii à la forme du verbe. Ils ont ainsi une syllabe de plus que le nom et le même nombre de syllabes que le verbe ; — ils ont également une lettre de plus que ce dernier (1).
Ceci n'a pas besoin d'être démontré plus longuement, mais explique pourquoi tous les attributifs et les modificatifs de première sorte (gérondifs et adverbes de qualité) doivent avoir au moins cinci lettres et être de deux syllabes dans la Langue Bleue. C'est pourquoi aussi leur avant-dernière lettre doit toujours être une voyelle.
Ces rèii-les de formations nous permettent de confirmer l'exactitude des Tableaux Gaufriers [W p. 62-(>'i), qui nous ont donné la preuve de la possibilité de reconnaissance dos mots précis par V examen de leurs seules extrém,ilés.
(1) En effet, si pour Attribulifs, on ajoute d aux verbes, ou a :
^'erbes de i lettres : loci -\- d = locid ; soit 5 lettres et 2 syllabes.
— h lettres : spiLo -f- rf = spikod ; soit G lettres et 2 syllabes, etc.
De même pour les Modiilcatifs, on ajouti; // aux verbes on a :
"S'erbes de i lettres : loci -|- 7 := lacli/ ; soit 5 lettres et 2 syllabes, etc.
Et par couséijuent :
Les Attributifs seront composés de :
Nom -f- vuyelle -\- d ; soit 2 lettres de plus que le nom.
Les Modificatifs seront composés de :
Nom -|- voyelle -}- (/ ; soit 2 lettres de jjIus que le nom.
L'étude détaillée de chaque classe des mots précis, — à laquelle nous allons procéder, — nous permettra de résumer, sous forme de Tableaux, tous les moules possibles des mots, et de démontrer exactement, par synthèse, quelles devront être, au point de vue de leur constitution intime, l'ossature complète de chacun des vocables du B ( V. Tableaux récapitulatifs, p. 253, chap. VIII).
Enlin, comme, pour l'enseignement, rien n'égale l'^-lspeci des choses, je veux aussi exposer la formation entière de tous les mots précis de la Langue Bleue, par le dessin ci-contre, auquel je donne l'appellation de Gril de Formation.
Je compare en effet l'ensemble des mots précis, — les Granmots de la Langue Bleue (2® catégorie du langage), — à un gril dont le nom serait le manche, et j'obtiens le graj^hique dessiné ci-après :
ec es
■s sr + +
S3aU3A
if.' .S
"S Cl,
rt
7J rt
jv ^ â
LA LANGUE BLLLE 99
Il ne reste qu'à approfondir les détails de formation de chacune des quatre classes de Granmols ; mais, comme dans chacune d'entre elles il sera fait mention de Terminaisons secondaires, il convient de donner auparavant une notion théorique générale de cette appellation et de la différence de ces suffixes avec les Terminaisons absolues obtenues par les règles grammaticales étudiées précédemment.
§ E. — Des Terminaisons absolues et secondaires.
Théoriquement, la dérivation régulière des classes de mots devrait suffire à la constitution complète d'une langue.
Pratiquement, nous voyons au contraire dans tous les idiomes qu'au mojen de certains suffixes sans signification précise, certaines associations d'idées sont établies ou rapidement conçues par ïassonance de certains sons finaux.
Ce physique des mots, cet Aspect caractéristique aide énormément à la compréhension dans toutes les langues et facilite la création de nombreux termes.
Malheureusement, en aucune langue vivante, cette règle de suffixation n'est observée d'une manière rigoui^euse. Aussi, au lieu d'être utile, devient-elle souvent une gêne de plus pour un étranger, qui ne saurait comprendre pourquoi, par exemple, un mot français tel que « ameublement » ne fait pas partie de la même classe de mots que « aimablement ».
Tous les créateurs de langues artificielles ont compris l'importance de cette fonction de la désinence; ils l'ont même exagérée à ce point, qu'ils en ont fait la base unique de la création de leurs idiomes, sans se soucier des autres moyens possibles de classification.
Ils ont même commis cette erreur grossière de donner à ces terminaisons secondaires un sens propre spécial ; bien qu'il soit prouvé que cette attribution est absolument contraire à l'évolution des langues (V. p. 104).
Vouloir donner un sens précis à ce genre de suffixes, c'est faire naître forcément une nouvelle source de confusions.
Si les terminaisons secondaires sont utiles dans une langue, elles ne doivent pas être la base même de la création d'un idiome artificiel.
On a vu, dans tous les précédents chapitres, que, pour la première Catégorie du B, — les Motules (les mots vagues), — je ne me suis servi que d'une manière incidente de cette fonction de la terminaison, et qu'il faut considérer la sonorité du mot pour différencier les Aspects
caractéristiques des quatre classes de Motules, formant les quatre premières jîarties du discours.
Au contraire, dans la deuxième Catégorie du langage qui nous occupe ici, la lettre terminale suffit déjà à elle seule pour faire la distinction entre les quatre classes de cette catégorie formant les quatre dernières parties du discours.
En effet, nous venons d'étudier dans la formation du B que, dans tous les Granm,ots :
Tout mot terminé par une consonne quelconque (sauf
H et «1) ou par ii est un . . . nom ou nombre.
— par une des quatre voyelles
a< e, i, o, est un verbe.
— par la consonne il est un . . . attributif.
— — II est un . . . modificatif.
Nous avons constaté que, même pour les trois dernières classes nous pouvons obtenir des distinctions de terminaisons encore plus spéciales.
Ce sont ces distinctions mômes que j'appelle terminaisons absolues ; elles peuvent avoir une, deux et même trois lettres.
Les notions apportées par la terminaison absolue d'une lettre sont les suivantes :
Vu. final indique le pluriel d'un nom ;
ri final — l'éternel \
l'o final - — le présent I d'un verbe à la voix active
l'e final — le passé ( (ou réflexe) .
l'a final — le futur )
Parmi les terminaisons absolues de deux lettres :
Nous avons vu que, en outre de la fonction générale de la voyelle finale, caractéristique générale de la classe des Verbes et des voyelles spéciales attribuées à chaque temps, l'intercalation de l'outil m entre le nom-tige et cette voyelle finale donnait les sens suivants :
Les deux lettres finales wî indiquaient l'éternel
-- , uo — le présent
r'/A-'' ue — le passé
— ua —
d'un verbe à la voix
le futur P"'"''''-
LA LANGUE RLEUE 101
Nous avons constaté aussi qu'en outre de la fonction générale du d final, comme caractéristique générale de l'Aspect de la classe des Attributifs, par suite même de la formation, nous aurons encore les quatre terminaisons absolues de deux lettres suivantes qui, grâce à la voyelle précédant la finale générale d, vont nous donner ciuatre sortes bien tranchées d'Attributifs.
[ id \ indiqueront [ éternité dans la qualité.
, ^^ ' \ od / un attribu- ] fugitivité dans la qualité.
lettres - > . ( . .
j ed { tif (1) avec ] qualité intrinsèque, acquise par le passé.
'[ ad ) idée de : f qualité possible, impliquant une condition.
Nous avons vu également qu'en outre de la fonction générale du i| final, comme caractéristique générale de l'Aspect de la classe des 3/odifxcatifs, par suite même de la formation, nous avons encore les ciuatre terminaisons absolues suivantes de deux lettres qui, grâce à la voyelle précédant la finale générale i|, vont nous donner ciuatrc sortes bien tranchées de Modificatifs.
Les deux\
lettres
finales :
ii| \ indiqueront / éternité dans l'action. oii /un modifica-i fugitivité dans l'action. [passé.
eii ï tif (2) avec < modification intrinsèque, acquise par le ai| ) idée de : / modification possible, impliquant une conl dition.
Nous voici déjà en possession de dix-sept terminaisons absolues ; et il faut donner ici la définition de ce que j'appelle Terminaisons absolues, principalement afin d'avoir un terme de comparaison avec les terminaisons secondaires que nous allons étudier ensuite.
Définition. — Les Terminaisons absolues sont celles qui proviennent des règles de formation mêmes de la Langue Bleue, par suite de la dérivation adoptée pour les mots précis.
Un sens impliciuant une de ces terminaisons absolues ne peut être rendu autrement qu'avec cette terminaison en B-
Par exemple :
Quelle que soit l'idée spéciale que l'on ait à émettre, si cette idée
(1) Nous en étudierons la raison au chap. VII, p. 207. — (2) même observation, V. p. 225.
contient le sens de passivité verbale avec idée de futur, le vocable exprimé devra forcément finir par la terminaison absolue : m».
On verra plus loin qu'au contraire, des mots ayant des sens attribués à des terminaisons secondaires ne sont pas forcément terminés par les sujfixes affectés à ces sens secondaires.
En résumé, dans les terminaisons absolues : Je sens et le son sont un. Aucun sens autre n'est exprimé par ce son final. Aucun son autre (ainsi ptlacé) n'exprime ce sens.
En outre des dix-sept terminaisons absolues sus-énoncées, il en est encore huit autres qui existent en B 'soit en tout vingt-cinq). Nous les trouvons réparties dans la classe des Noms et Nombres; deux dans la sorte des nons et six dans la sorte des nombres.
Dans la sorte des Noms :
1° Les deux lettres finales in constituent la terminaison absolue indiquant le fémiriin de civilisation {V. chap. V, .^ B, p. 141.)
J'ai dit que cette terminaison absolue voulait dire « l'épouse de... ». Elle s'ajoute aux noms susceptibles de posséder ce sens et sert à exprimer la classe, le rang, le titre auquel parvient la femme par suite de son mariage iV. exemples, p. i2 d 1.3.3).
2° Les deux lettres finales an constituent la terminaison absolue indiquant v l'habitant de l'endroit » auquel est accroché ce suffixe.
Ex. : Parisan i i), Parisien ; Bcrlinan, Berlinois ; Iflaclridaii,
Madrilène.
Au féminin :
nParit^an, iiBerlinan^ iijfladridan.
Au masculin pluriel, ces mots df 'viennent : Parisanu, Berlinann, IVIadridanu.
Au féminin pluriel :
uParîManu. uBerliiiaiiii, u!fladi*idaiin.
(l) On verra plus loin que les noms propres ne sontré,i(is par aucune iéf,'leen b- Il est impossible de ré.irler eeUe question à l'heure actuelle. On iicut souliaiter qu'une unification d'orthofrrai)lie des noms se fasse dans l'univers, surtout au point de vue jréopaphique; mais, comme cette proposition rentre encore dans le domaine de l'hypothèse, j'adopte, eu attendant, cette terminaison absolue an que l'on ajoutera au langafre habituel.
Exemple : les Londoniens seront pour les Français, Londrosan, et pour les An^flais et les Allemands Londonan, mais toujours éciil avec une lettre majuscule, ce qui indique un nom propre non soumis aux régies générales du B
Dans la sorte des Xomhres les six terminaisons absolues consistent en ceci :
Pour former les nombres ordinaux des nombres cardinaux, il faut ajouter aux vocables exprimant les cardinaux :
1" Les deux lettres finales ani, pour indiquer une idée de collectivité vague numérique.
Ex. : dizaine, «lisaui; huitaine, lok.ani.
2" Les deux lettres finales emi, pour indiquer une idée de rang numérique.
Ex. : deuxième, cloveui : douzième, didoveni.
3'' Les deux lettres finales ip, pour indiquer une idée de multiplication précise numérique.
Ex. : triple, terip; quadruple, farip.
4° Les deux lettres finales om, pour indiquer une idée de division précise nmnérique.
Ex. : moitié, dovoni; quart, faroni.
5" Les trois lettres finales erl, pour indiquer une idée de sortes numériquement exprimée.
Ex. : de sept sortes, neperl? de neuf sortes, niferl.
6° Les trois lettres finalas oit, pour indiquer une idée de fois numériquement exprimée.
Ex. : cinq fois, k-elolt 5 six fois, gabolt.
Dans la classe des Attributifs, il n'y a aucune terminaison absolue spéciale autre que les quatre déjà connues : id. od, éd. ad.
A noter ici que, par exception au principe de l'incommutabilité des classes de la Langue Bleue entre elles, les qualificatifs des habitants de pays ou de ville pourront être remplacés par les noms eux-mêmes.
Réirulièrement de: un Parisien, Parisan, on devrait dériver : paritaneil. parisien (qualifîcatifj ; mais cette forme est si longue qu'on se servira, si l'on veut, du nom lui-même. Ex. : vie parisienne, lit' Pariean lau lieu de parisanedi.
Observer que, dans ce cas, il faut garder la majuscule et placer le qualificatif après le nom, suivant la règle de la place des attributifs (F.p. 2i3j.
Dans la classe des Modificatifs, il n'y a pas de terminaisons absolues autres que les quatre déjà connues : îr, 011, en, aii.
i04 1-A LANGUE BLEUE
Voici donc la liste des vingt-cinq terminaisons absolues de la Langue Bleue :
Cinq d'une lettre : « : a. e. à. o ; dix-huit de deux lettres : ua, lie. ui. «lo: ad. ecl. i«l. od ; ai|. ei|. ii|. oi| : au. iii: aan. ein, i|». op : deux de trois lettres : erl. oit.
11 est év'ident que ces oingt-cinq terminaisons absolues ne peuvent s'employer que dans des mots de deux syllabes, puisqu'elles ajoutent un sens à un radical donné (nom ou nombre). Si elles se trouvent dans des mots d'une syllabe, ce sont des formes de mots simples.
Au point de vue mnémotechnique, je peux dire quej'ai pris certaines de ces terminaisons à certains mots du B-
Ex. : am est la finale de « grani », gamme; cm est la finale de « teni », thème; cm est la finale de « gikoni », division ; ip est la finale de « nilip », multiplication; eii est la finale de « lerl », choix ; oit est la finale de « volt », fois.
Comme il est expliqué ci-dessus, ces mots : snm. tent, skoni, etc., étant d'uNE syllabe, leur forme n'a rien à voir avec la question des terminaisons.
Il reste maintenant à étudier ce que j'appelle les Terminaisons secondaires et à montrer leur différence avec les Terminaisons absolues que nous venons d'examiner.
Dans toutes les langues, il existe des suffixes qui permettent d'établir certains groupements spéciaux.
Darmesteteii: « Créer ainsi de vrais mots, qui n'ont pcti- d'existence propre par eux-mêmes, que la langue n'isole jamais, qui ne vivent qu'à la queue des mots simples, voilà l'étonnant résultat auquel arrivent les langues quand elles créent les suffixes ».
On voit par là tout d'abord que, contrairement à certains projets de langues artificielles (Espéranto, Volapuk, Langue centrale de K. Lextzej, il est indispensable que ces suffixes n'aient pas de signification propre par eux-mêmes.
Bréal : « Les suffixes les plus usités dans les langues modernes sont ceux empruntés. Le besoin de formes explicites se détachant nettement aux yeux a procuré un tour de faveur aux désinences étrangères ».
La difficulté réelle consiste dans la définition exacte du sens de ces suffixes et dans leur répartition dans les groupements possibles du langage; car ils doivent être attribués à de larges << tranches » de l'entendement (1).
(1) Une erreur de ScnLEVEn est d'avoir pris un suffixe spécial « op » pour désigner les cinq continents! Cette terminaison très utile dans le dictionnaire se trouve annulée pour former un groupe de cinq mots, ... cinq noms propres!
Voici, en effet, le dilemme devant lequel on se trouve placé :
Whitney : « Il y a dans tout être, toute action, toute qualité, un degré qui lui donnerait droit à un nom séparé, ce qui rendrait le langage impossible ».
D'autre part, il est évident que tout mot est à lui seul la représentation d'un groupe de pensées.
LiEBNiTZ : « La richesse d'une langue a pour mesure, non le grand nombre do mots, mais le petit nombre de ses radicaux simples et la facilité avec laquelle on en l'orme des cumbinaisons précises c
Ainsi, il faudrait un nombre incommensurable d'appellations diverses et en même temps on voudrait la plus petite quantité possible de racines I
Le problème semble insoluble, à moins de créer une nouvelle langue agglutinante dans laquelle, à une racine, sans signification bien déterminée, viendraient s'accoler de nombreux suffixes à significations précises, à l'aide desquels tous les mots du langage seraient déduits.
Cette sorte de tentative (dont le prototype est la Langue Espéranto : a été faite, et, si je n'avais pas une autre solution à proposer, je n'aurais pas publié mon travail.
Par la division même de la Langue Bleue en deux catégories, par les Aspects bien caractéristiques des classes du B, sa forination régulière, ses deux règles si pratiques de l'Outil ii et de la Marguerite, nous avons déjà obtenu un résultat intéressant. Aussi, la question de la répartition des groupes de mots est- elle d'un intérêt bien moins considérable; puisquune langue pauvre pourrait, au besoin, subsister sans cette amélioration.
Néanmoins, cette nouvelle facilité de classification doit se rencontrer dans un langage nouveau. Pour en user dans une juste mesure, je crois qu'il faut adopter la méthode indiquée par :
La Grasserie : « Entrer dans la voie synthétique le moins possible et là seulement où l'analyse détruirait toute promptitude de la pensée et serait anti-naturelle ».
Ceci est évidemment conforme à la « loi du moindre effort » qui régit toutes les actions humaines.
En français, par exemple, on dit : « louable » et non « digne d'être loué », « acteur » et non « personne faisant (ou jouant) un acte ».
Par contre, ce qu'il faut essentiellement éviter, c'est l'obligation imposée par certains créateurs de langues artificielles pour la formation des idées simples.
D'après leurs systèmes, il ne serait permis d'exprimer les notions de « première connaissance » qu'au moyen de mots composés formés d'une racine vague et de suffixes significatifs.
lOJ LA LANGUE BLEUE
La différence de la Langue Bleue et des autres idiomes artificiels est précisément la suivante :
Dans les langues artificielles proposées jusqu'à ce jour, il était toujours obligatoire de créer tous les mots au moyen de suffixes ayant des sens arbitrairement préétablis.
En B, s'il est nécessaire 'de garder les vinQt-cinq terminaisons absolument (p'ammaticales constituant la formation de la Langue Bleue, terminaisons qui consistent à distinguer nettement les différentes parties du discours, les terminaisons secondaires, au contraire, seront facultatives, et il se trouvera souvent dans le dictionnaire B des vocables ayant le même sens que ceux des mots groupés par le son du suffixe final.
Je m'explique : J'ai dit que pour les terminaisons absolues, — règles grammaticales du B, — le son ne peut avoir qu'un sens et le sens qu'un seul son pour l'exprimer; au contraire, parmi les terminaisons secondaires, si un son final ne peut toujours exprimer qu'un sens, ce même sens peut être exprimé d'une autre m,anière que par ce son.
Un cxemjjje fera mieux comprendre encoi-e cette distinction : soit, la syllabe olv, choisie comme terminaison secondaire indiquant « lieu planté de ». Si donc, je veux dire parterre de roses (rosj « roseraie », je devrai traduire par rosolv; car je n'ai pas dans mon dictionnaire un mot pjour dire spécialement parterre de roses ; mais si je veux dire « forêt », qui est un « lieu planté d'arbres », je ne suis nullement obligé d'employer le mot boliii, arbre, et de dire : bolmolv, pour exprimer le sens« forêt », car j'ai dans mon Dictionnaire, le mot: « forêt », valt.
Donc, s'il est vrai que dans tout mot fde deux syllabes au moins; la terminaison ou le son olv indiquera toujours la signification « lieu planté de », par contre ce sens « lieu planté de » peut être également compris dans d'autres mots qui n'auront pas cette forme terminale.
Ceci dit, je résume ma définition des terminaisons secondaires :
Les terminaisons secondaires sont des suffixes de deux ou trois lettres au plus, connnençant par une voyelle, qui, exprimés seuls, n'ont aucune signification, mais qui, placés à la fin des noms, donnent à ces noms un sens spécial de groupement déterminé.
Et pour qu'il n'y ait aucune confusion possible :
Aucun autre mot du B ne jjourra être terminé par aucune de ces terminaisons secondaires.
Par contre, d'autres mots dans le langage pourront avoir la signification exprimée par une de ces terminaisons secondaires, sans qu'il soit nécessaire que leur terminaison soit formée par le suffixe qui apporte cette même signification d'une manière précise.
Donc, ainsi qu'il a été dit plus haut, les noms terminés par un certain son de termiyiaison secondaire n'ont qu'un même sens ; mais ce
même sens peut être exprimé par d'autres mots, idées simples, qu'on trouvera dans le Vocabulaire.
D'après cette définition, on comprendra que ces terminaisons secondaires doivent commencer par une voyelle, ce qui est naturel, puisqu'elles « s'accrochent » aux noms (toujours terminés par une consonne). Il y est dit de plus que ces terminaisons secondaires doivent avoir au moins deux lettres et au plus trois, ce qui est également naturel pour raccourcir le plus possible la longueur des mots et pour obéir à la loi de détermination des syllabes i V. p. 93).
Deux voyelles successives étant interdites àl'intérieur des Grajuno^s, on voit que la forme des terminaisons secondaires sera forcément : V c ou -V c c fsoit : voyelle et consonne, ou voyelle avec consonne double).
Comme de juste, ces consonnes doubles ne pourront être que celles autorisées dans l'alphabet. Afin de prévenir les confusions de prononciation dans la mesure du possible, le nombre de ces consonnes doubles finales est fixé à (30 (V. Livre IL — Alphabet).
On peut constater ainsi immédiatement qu'il est théoriquement facile de déterminer le nombre total des terminaisons qui pourront entrer dans ces moules :
Nous négligerons les 3 formes de syllabes finales : outil u seul, voyelle seule et outil u plus voyelle, employées dans les terminaisons absolues exclusivement.
Il reste donc 14 consonnes qui peuvent être précédées d'une des 4 voyelles, soit: 14 X '^ ^= ^^ et 60 consonnes doubles finales également fjrécédées d'une des 4 voyelles, soit : 60 X "^ = ^40
Donc, un total de terminaisons possibles de. , . . 296
Sur ces 296 terminaisons possibles nous en avons déjà uiilisé 14 dans les terminaisons absolues de deux ou de trois lettres (je ne compte pas les 4 terminaisons absolues : outil u et voyelle, qui servent à l'expression du passif des verbes), soit un restant de 282 possibles.
Sur ces 282 formes, je vais en choisir 33 pour remplir l'office de terminaisons secondaires, dont liste ci-après {V. p. 109j.
Il restera donc, pour les noms de deux syllabes qui seront éventuellement créés, un total de 249 terminaisons indifférentes, c'est-à-dire qui n'auront aucun sens précis spécial.
Je dis intentionnellement : « pour noms de deux syllabes », car il est évident (je le répète encore), qu'un nom quelconque d'une syllabe n'a aucune corrélation avec cette notion de terminaison secondaire. En
effet, tout mot d'une syllabe peut se terminer par les mêmes lettres que des mots dérivés, qui, forcément, ont deux syllabes au moins: nom-tige (au moins 1 syllabe) -}- terminaison (1 syllabe) = 2 syllabes. Donc, la similitude de terminaison n'impli(|ue pas qu'un mot d'une syllabe de cette forme rentre dans le groupement des mots dérivés (!'. p. 104).
Exemples : dort, endroit ; mort, mort, n'ont rien à voir avec ndée contenue dans des mots dérivés de deux syllabes, tels ({ue : I>ir4»rt, ])rasserie ; kafort, café ; paiiort, l)oulangerie, etc., qui proviennent de l'addition de la terminaison secondaire o ort », signifiant « lieu oîi se trouve » aux mots : liîp, bière; kaf, café ; i>an, pain.
Il convient maintenant dresser la liste des trente-quatre terminaisons secondaires établies :
La plupart d'entre leurs sens existent déjà dans les langues vivantes pour distinguer divers groupements bien distincts. Quelques nouvelles notions ont été ajoutées, soit pour distinguer les divers états d'une action [V. en, ig. isi, soit pour dégager la confusion d'une même terminaison appliquée, dans beaucoup d'idiomes, à diverses situations. La terminaison ter, dans les mots français, indique le commerçant le fabricant, et l'ouvrier qui s'occupent d'un même métier : faïencier, bottier; ou d'autres sens encore, cavalier, etc.).
Ces terminaisons secondaires du B n'impliquent pas, comme nous l'avons dit, que tous les mots ayant ce sens se terminent par ces suffixes ; mais elles seront très utiles pour « fabriquer t» des mots, si l'on ne connaît pas suffisamment le vocabulaire.
Je donne un exemple: Si l'on sait que « coupement, action de couper » est, en B, le mot: Mot, que la terminaison il est l'instrument et que et est le diminutif en général ; si l'on ignore le mot B : M-iiif, « canif », il est évident qu'on pourra le forger avec les suffixations suivantes :
Mot ( coupement), — il (instrument), — et (petit); donc : Motilet. — canif.
Mais ceci n'est autorisé qu'au cas fVoubli du mot précis. Aussi, afin d'empêcher de retomber dans l'erreur repi-ochée aux langues artificielles fabriquées par agglutination, est-il absolument interdit de se servir de plus de trois terminaisons secondaires consécutives, afin de n'avoir pas des mots interminables comme en vol.m'uk ou en ksi-ehanto.
Il est même recommandé de n'ajouter aux noms-souches qu'une sewfe terminaison secondaire. Les mots ainsi ci'éés peuvent eux-mêmes subir les transformations successives occasionnées par les dérivations grammaticales du substantif B, f't cette croissance dans les autres parties du discours engendrera des mots suffisamment loncrs.
LA LANGUE BLEUL
Liste alphabétique des 33 terminaisons secondaires.
Un mot de la Langue Bleue, pouvant servir de moj-en mnémotechnique pour se souvenir de l'idée y contenue, est indiqué en face :
La lerminaisoQ sccoDilairc ak
art as anl
atr
av
ef
eiik.
erli.
et ibl
is ik ir
a une sisuificaloii de :
Mois du 6
Fn français :
■ Slll
fait de, composé de.
maladie .