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RÉSUMÉ DE LA THÉORIE DE LA LANGUE BLEUE

Tableaux Récapitulatifs. — Avantages généraux du B.

Je veux dans le dernier chapitre de la partie théorique du présent volume, résumer en quelques lignes le but de ma cri-ation et montrer les avantages offerts par ce nouvel idiome : La Langue Bleue.

La situation actuelle est la suivante :

Dans l'accomplissement de leur évolution historique (Quelques grands peuples ont fondu en un unique langage les multijjles dialectes parlés autrefois sur leurs territoires ; ils soidiaiteraient aujourd'hui d'imposer par tous les moyens leur idiome à l'univers, qu'ils civilisent peu à peu. Néanmoins, le règne d'une seule de ces langues sur la terre entière paraît improbable ; car chacun de ces idiomes est le produit naturel d'une certaine portion de l'humanité. Or, ces produits se ressentent forcément des conditions climatériques ou psychologiques, sous l'influence desquelles ils ont été créés, et par conséquent aucun d'entre eux ne saurait convenir à l'univers entier.

Les langues allemande, anglaise, espagnole, française, italieime et russe, sans parler des idiomes parfaitement vivaces de plus petits peuples, me paraissent irréductibles.

D'autre part, les découvertes scientifiques nous apportent et exigent en même temps des possibilités de plus en plus grandes d'inter-communication. Pour favoriser le développement rapide de ces progrès de la science un des facteurs moraux les plus essentiels serait évidemment un idiome commun & oral et écrit » adopté par toutes les nations. Par la fatalité de cette loi naturelle, c le besoin crée l'organe », une langue « neutre » (fui sera artilicielle surgira bientôt.

Le xx" siècle assistera à cette éclosion.

Les philosophes seml^lent avoir pi'évu cette manifestation de l'esprit.

Rexan : « Le progrès de l" rc'Jlc.rion amènera un autre àf/e' qui, de ■noutcau sera créateur, main librement et acec conscience. Au,v intuitions pui>i-

santés mais confuses de V enfance, succédera la rue claire de l'analyse inhabile à fonder ; à l'analyse succédera une synthèse sar an te qui fera avec pleine connaissance ce que la synt/ièse naïce faisait par une areuf/le fatalité. Un peu de réflexion a pu tuer l'instinct, mais la réjleœion complète en fera rccicre les nierceilles avec un dcf/ré supérieur de netteté et de détermination ». {Conclusion du traité : De l'origine du langage.)

C'est donc une synthèse savante (jui nous permettra de découvrir

un moyen international de compréhension en s'inspirant de la pensée de :

Descartes : « J'oserais espérer une langue universelle qui aiderait au jugement en lui représentant si distinctement les choses qu'il lui sei'ait presque impossible de se tromper. »

Malgré cet espoir, le rêve d'itne langue p/iiVosop/iiVyue ne pourra probablement jamais être réalisé ; l'homme sait que sa science se heurtera toujours à un trop grand nom])re de notions inconnues pour qu'un classement universel de ses connaissances puisse être rationnellement dressé.

Faudra-t-il donc « quitter ce long espoir et ces vastes pensers » et abandonner toute espérance d'entente commune ?

Si utopique que puisse paraître un tel idéal, de nombreux essais approuvés par d'illustres savants ont cependant montré qu'il est possible de résoudre pratiquement ce grave problème.

Si j'ai entrepris ce travail, c'est que je crois fermement avoir trouvé sinon « mieux », du moins « autre chose » que les précédents créateurs de langues artificielles. Aussi, quel que soit le résultat de cette tentative, suis-jc persuadé que quelques-unes des idées exposées dans cet ouvrage pourront servir au « Grand Œuvre » de l'Établissement du Langage international.

Nonobstant toute l'ingéniosité qu'ils ont déployée, je reprocherai surtout à mes devanciers de ne s'être occupé que superficiellement de l'édifice à bâtir, sans s'inquiéter des « substructions originelles ».

Tous se sont bornés à suivre le plan de la « Grammaire », régente de la langue, telle ([iCelle existe chez les divers peuples. Ils n'ont pas recherché si quelques changements rationnels ne devaient pas être apportés à cette construction vermoulue, dont les défauts se voient ainsi qualifiés :

Iîréal: « La grammaire traditionnelle foi'inulc ses prescriptions comme les décibels d'une volonté aussi impénétrable que décousue. >>

Ils se sont contentés de calquer strictement le plan déjà tracé des divisions du discours sous prétexte de faciliter l'acquisition de leur idiome.

Par contre, en leurs visées trop ambitieuses, ils ont perdu de vue le but qu'ils se proposaient d'atteindre ; et, en le dépassant involontairement, ils ont compromis leur œuvre elle-même.

En effet, tous ont voulu imposer à l'Univers entier l'obligation d'ex-

primer, dans un langage artificiel, toutes les pensées humaines d'une manière uniforme.

Ils n'ont pas songé un instant que ces pensées diffèrent de peuple à peuple aussitôt qu'elles cessent de s'appliquer au monde matériel, aux événements quotidiens en quebjue sorte tangibles.

Ils ne se sont pas souvenus que les métapliores des peuples, expressions de leur sensibilité individuelle, proviennent, dans chaque race humaine, de conceptions diverses du monde aminant.

Et c'est pourquoi leur prétention de « faire de la littérature » avec un idiome fabriqué artificiellement est particulièrement insensée. En agissant de la sorte, ils oublient du reste qu'ils exposent à une mort certaine leur création péniblement réalisée.

Jacob Grimm : « L'époque littéraire des langues est ordinairement celle de leur décadence au point de vue linguistique. »

Si tel était en réalité le desideratum à remplir, je n'aurais joas tenté de résoudre le problème du langage commun. Je crois au contraire que si l'on peut essayer de rendre d'une manière uniforme les notions matérielles, il ne convient pas de rechercher l'expression internationale d'idéales conceptions.

Brkal écrit : « Le langage ne s'adresse pas seulement à la raison, il veut émouvoir... il veut plaire. »

Brutalement, je réponds : La Langue Bleue ne veut pas émouvoir, elle ne veut pas plaire, elle a pour seule aspiration de donner la. faculté de « se faire comprendre ».

Il résulte de ces considérations qu'on devra créer cet organe neutre autrement c[ue ne se crée une langue vivante, afm de lui assurer la fonction « d'interprète immuable, dans tous les temps comme dans tous les lieux ».

Pour y parvenir , il a fallu, au point de vue philosophique, remonter aux origines, établir une théorie sur le développement du langage et étudier si quelque aperçu nouveau sur la génération successive des parties du discours ne pouri^ait servir d'aide à la compréhension du (' mot ».

Puis, rechercher si, par un classement rationnel de ces parties du discours, au moyen de procédés quasi matériels, révélant à première vue la classe de chaque mot, il n'était pas possible de se conformera i.a LOI DU MOINDRE EFFORT qui régit toutcs Ics forccs naturelles, à cette loi dont l'action a été magistralement résumée par Gastox Paris : « La nature qui dispose du temps économise l'effort. »

Aussi, pour éviter les reproches adressés à mes prédécesseurs, ai-je tenté de réaliser le programme tracé ci-dessus, en offrant par la méthode de La Langue Bleue :

iôi l.A LANdLE DLl-X'K

L'exposition d'une philosophie du langage de latmelle seiont tirées une grammaire et une classification nouvelle, penneltunt une diminution de FefTort spirituel, grâce à certains procédés rnntéricls.

Aussi discutable que puisse être cette théorie à son point de départ, si le postulat en est accepté, les conséquences rigoureusement "déiluites seront irr(''fu1ales et facilement compréhensibles.

Si, dans un langage quelconque, ainsi que le disent :

Uarmestetkr : « L'analogie subsiiliic ruuit('.' à la variété. »

CoNDU.LAC : u Les rondiliuns les plus esseiiliellcs d'une lan.iiue bien faite sont la parfaite détermination et l'analogie. »

je crois avoir complètement réalisé ces conditions. En ellet, j'ai olstenu :

L'analogie par une classification logique et par une génération régulière provenant d'une seule classe de mots.

La l'ARFAiTE DÉTEiiMiNATiox, nràce aux reliefs (lijférents donnés à chacune de ces classes, reliefs aux sonorités émissives toujours semblables, en tous points comparables aux lignes du phonogranime (|ui, sous la pression du stylet révélateur, répercute toujours ] es mêmes sons.

Après avoir ainsi étudié la tliêorie de ma création , je veux démontrer le bien fondé de ses prétentions pratiques, en examinant à nouveau i.a t.\ble de lois du B> dont le texte forme les quatre Régies-bases de la Langue Bleue :

l'^ 1 lettre, 1 son. ( P 1 son, 1 lettre.

IL' I mot, 1 sens. ^ \ 11^ 1 sens, i mot.

IIP 1 classe, 1 Aspect. ^ j IIP 1 Aspect, 1 classe.

IV' 1 plirase, 1 construction. [ IV'' I construction, 1 phrase.

Ces quatre principes suffisent à remplir toutes les conditions exigées par le programme fixé.

Deux d'entre eux fournissent à La Langue Bleue des fondements inébranlables.

Grâce à la première régie-base, on pourra obtenir dans la langue nouvelle une auiutiox tou.jours îioale a la vision, ce qui assure une précision unique et évite toutes les équivoques où jettent les langues vivantes avec leurs sons différents des signes ou leurs signes non exprimés par des sons.

On verra de plus au chapitre de Y Alphabet \ Livre 11) que les prononciations même différentes ne ])Ourront (jue difficilement altérer la compréhension, vu les règles absolues de l'alphabet B, — absence de diphtongues, fixation des consonnes doubles, etc.

En raison de cette sévérité même, il s'ensuivra qu'mie « latitude d'émission » inévitable, étant données les habitudes diverses d'intonation des dilïerents peuples, pourra être permise sans inconvénients puisqu'elle n'empêchera pas l'intelliaence du discours.

La quatrième règle-base maintient également la clarté de la phrase, que certains auteurs dénomment : " un mot à la seconde puissance ». La rigidité absolue de la construction du B donnera à l'esprit une facilité inconnue dans tout autre idiome.

Lne fois ha]:)ituée à cette construction unique, la pensée n'éprouvera plus le malaise transitoire que cette règle apportera tout d'abord dans l'ordonnance des idées. Cette construction unique projettera une lumière éclatante sur le discours (1).

Brachet : a La différence qui distingue le latin de notre langue présente est que !e français exprime le rapport des mots par leur ordre tandis que le latin l'exprime l)ar leur forme. >>

D'Alembert : « La clarté consiste à se faire entendre sans peine et on y parvient par deux moyens : en mettant chaiiue idée à sa place dans l'ordre naturel et en exprimant nettement cliacune de ces idées. »

Si nous possédons déjà la piuaisiox dans les signes ({ui forment les mots et LA RIGIDITÉ daus VordonncDice de ces mots entre eux, il faut en outre que ces mots eux-mêmes isolés ouvrent à l'esprit des clartés nouvelles, lorsque l'on considère chacun d'eu.c, soit au point de vue du sens, soit au point de vue grammatical.

J'aurai donc nécessairement pour but :

1° La simplification de l'effort par suite de l'unité de sens d'un mot ;

2° La simplification de l'effort par suite de l'unité de forme d'une classe de mots.

Ces simplifications de l'effort seront précisément l'oljjet des deux autres Règles-bases : la 2« Règle : un mot, un sens et la 3* Règle : une classe (de motsi, un Aspect.

La IP Règle : un mot, un sens est évidemment la partie faible de la Langue Bleue.

Si un mot n'a qu'un sens, le phénomène de rayonnement qui permet

(1) Bréal écrit pourtant : « C'est le cas de rap]3eler la remarque d'un écrivain anglais qu'il en est de ceci comme des antipodes : chaque peuple est tenté de trouver qu'il met les mots à la vraie place. On peut fort bien, sans manquer à la logique, concevoir un autre ordre. »

Mais alors, poui'<iuoi les peuples rendent-ils tous hommage au français, en s'en seiTant dans leurs instruments de conventions internationales : les traités diplomatiques"? Sinon parce (qu'ils reconnaissent la supériorité de la clarté de la langue française, basée sur l'ordre naturel : sujet, verbe, objet.

de reporter à un son plusieurs acceptions diverses, ne peut plus se produire. De cette règle, semble résulter l'obligation de posséder un vocabulaire immense puisque toute polysémie se trouve interdjte en B-

L'effort de mémoire demande constituerait alors un obstacle insurmontable à l'acquisition d'une langue pareille ; et mon travail, sapé dans une de ses bases, demeurerait infructueux si je ne rappelais encore qu'il s'airit ici d'un idiome international ne devant contenir que les expressions les plus usuelles du langage, et dont le dictionnaire sera, par conséquent, limite aux besoins communs à tous les hommes.

Il est nécessaire de remarquer tout d'abord que, ce qui est appelle : « la richesse de la langue » n'est qu'une (jualité d'un ordre très relatif.

En effet, on peut constater ce fait bizarre :

Darmesteter : « Dans toute langue il y a des mots qui n'expriment pas exactement les mêmes idées pour tous et qui n'éveillent pas en tous la même image. »

Ainsi les mêmes mots n'évoquent pas toujours les mêmes idées, fût-ce chez les hommes d'un même pays !

Bréal ; a Chaciue science, chaque art, chaque métier, en composant sa terminologie marque de son empreinte les mots de la langue commune (1). »

Aussi, même en français, le dictionnaire ne saurait-il être ni parfait ni complet (2). Mais, ne peut-on s'appuyer sur cette citation du même auteur : « Le mot arrive préparé par ce qui le précède et ce qui l'entoure, commenté par le temps et par le lieu, déterminé par les personnages qui sont en scène i IJj » ?

Par conséquent, le sens pourra tout aussi l)ien s'exprimer avec un vocabulaire restreint, car le seul fait de renonciation d'un mot par un orateur déterminé sera évidemment un commentaire vivant de ce même mot. En B» le sens livré par ce cornmentaire sera moins vague, plus concret que dans toute autre langue.

(1) Darmesteter, dans sa Vie des mots, cite à ce sujet l'exemple caractéristique des diverses acceptions du mot « timbie ».

(2) On verra au Vorabulaire ("Livre III) que, même pour la traduction des mots les plus usuels, le Dictionnaire des langues modernes est des plus défectueux. Prenons en français la phrase : « J'ai quehjues beaux chevaux. » .Supposons qu'un étranger veuille traduire cette jjjirase. Il ouvre le dictionnaire français et constate ([u'aucun des mots de cette ]>hrasc ne s'y trouve inscrit I

(3) Darmesteter dit aussi : « Le nom n'a pas pour fonction de définir la chose mais seulement d'en éveiller l'miage. » Voir dans la Vie des mots, l'exemple du domestifiue qui va cherclier « un quart de café » (quart de livre) et « un quart de vinaigre » (fiuart de litre).

Qu'on ne suppose pourtant pas quo le \'ocabulaire de la Langue Bleue soit d'une pauvreté aljsolue !

Grâce à des moyens nouveaux (1) dont nous avons déjà étudié quelques-uns: MoTS-CADRES, RîiOLE DE l.\ MARGUERITE, TERMINAISONS SECON- DAIRES, DÉRIVATION RATIONNELLE, OU a au Contraire à sa disposition des outils qui peuvent rendre une infinité de nuances par des mots ne différant que légèrement. Cette faculté est la réalisation du principe posé par :

Leiiîmtz : « La richesse d'une langue a pour mesure, non le grand nombre des mots, mais le i)etit nombre de ses radicaux simples et la facilité avec laquelle on en forme des combinaisons précises. 1)

Comme i>reuve à l'appui de ces assertions, voir le tableau du mot lov marguerite (page 58), les terminaisons secondaires, les mots-cadres au Vocabulaire des tnotulcs et la Grammaire (livre II i.

D'une manière aussi simple sera traitée la question des idiotismcs des langues. Ces formules spéciales à chaque langage ne peuvent évidemment pas être traduites littéralement.

Il ne viendra à personne l'idée de chercher par exemple à traduire textuellement l'idiotisme français : « être mis à quatre épingles » ou une expression nationale telle que : « avoir l'air >). On s'arrêtera net avant de traduire les mots les uns après les autres et on interprétera, dans snpropre lanrjue tout d'abord, la signification Ksue/ie de semblables locutions. Il y aura, pour ainsi dire, double traduction, et pour transcrire en B I comme du reste en toute autre langue étrangère i, des phrases comme celles citées ci-dessus, il est hors de doute qu'on passera par l'intermédiaire d'une traduction française, qui sera « être très bien vêtu » et « sembler » ou « ressembler à » (suivant le sens de « avoir l'air » .

Cette soi-disant difficulté de la traduclion des idiotismes n'est donc qu'apparente.

Il faudra certainement apprendre par coi-ur quelques tournures de phrases usuelles en B-

La Langue Bleue est nécessairement un idiome qu'il faut étudier, mais son avantage incontestable sur toute autre langue est qu'elle peut être rapidement apjîrise, étant donnés sa régularité et le petit nombre <le ses règles grammaticales (V. Avantages, p. 267j.

Il ne reste plus à commenter que la troisième régie-base du B :

(Il Ou pourra mlmo :i l'aide de certains mots-cadres \forme wi, introduire dans la phrase des mots si)éciaux, techniiiues, ou des expressions d'autres langues sans <|ue la conversation ou l'écriture en soit sensiblement ralentie et remédier ainsi à certaines défaillances de la mémoire. {V. Grammaire. — Mots-cadres.)

■2oS LA LAX(;LE iïlkle

une classe, uu Aspect, dont on a déjà étudié de nt)mbreux détails aux chapitres précédents.

On a vu que la théorie du Ki'- veil d'Adam n'a été créée que pour arriver à la formation rationnelle de cette nouvelle langue. Dans ce but, j'ai divisé tout le langage en deux grandes catégories, — Mots vagues et Mots précis. A chacune d'elles, tout d'abord, il a été attribué des (ovmvs matérielles bien distinctes ydiversité de longueur). Ensuite, pour parvenir à une classification exacte des vocables, la distribution des Parties du discours a été faite autrement que dans les grammaires des langues modernes.

Enfin, dans le même ordre d'idées, de Moides spéciaux ont été forgés pour chacune de ces classes afin d'obtenir le résultat préconisé par Brlal : « Le mot ne se fixe pas seulement dans l'esprit par le son, mais encore par l'Aspect, à

Quelle double victoire de la Langue Bleue : le son égal au signe et Venseignenxeat des mots par l'Aspect obtenu et dans la vision et dans l'audition !

Quelle nouvelle victoire encore, si la dilïicultf' d'ac({uisition du Vocabulaire pouvait être sensiblement diminuée en ne demandant à la mémoire qu'un effort bien mohis grand que celui nécessité pour connaître tout autre idiome !

Ce résultat est également obtenu. En effet, si on laisse de côté :

1" Les 300 motules, qui constituent la première catégorie du B, l''S tnots vagues : interjections, prépositions, conjonctions, les j)rononis et tous les adjectifs (sauf numéraux et qualificatifsi et qui auront tous (comme il est naturel, vu leur fréquent emploi) un aspect physique rourt, avec une physionomie spéciale variant selon leurs classes;

2° Les 70 adverbes simples dont la liste vient d'être établie i V. p. 241) qui ont également une physionomie spéciale ;

Je dis, qu'en dehors de ces 370 vocables qu'il faut évidemment apprendre par cœur (li, tous les autres mots de la Langue Bleue pourront être facilement «. fabricpiés », grâce à une dérivation absolument précise, si l'on connaît les seuls Noms-Souclies du B, ([^^U par conséquent, figureront seuls au Dictionnaire.

On a constaté en effet sur le Tableau de la Margueritation iV.p. 58) que sans faire encore usage d'aucune des 33 Terminaisons secondaires, qui peuvent donner au nom tellement de sens divers, il a déjà été

(1) Cet effort de uicinoiie est encore facilité jjai- la j)os>sibilité d'expriiner au besoin toutes les prépositions par la préposition générale io, toutes les conjonctions, par 1 conjonction jrénérale oi, et, dans la ]jlupart des cas, tous les Di'sif/nati/s pai' les niots-cadrus : ea et ac (Voir Moti-catJres,\i. 74; Connectifs,i>. 7(3; Dési'jnatiJ's, p. 77; et Grammaire, livre II).

possible théoriquement de créer à l'aide d'UX SEUL MOT plus de soiXAXTE-QUIXZE vocables différents, qu'on possédera sur-le-champ pour peu que l'on ait appris préalablement 5 règles : les quatre Règles de Formation et la Règle de la Marguerite.

Je prétends démontrer que cette méthode est non seulement conforme à ma théorie du développement de la pensée, mais encore qu'elle suit les lois de l'évolution du lan^-agv et ([u'elle constitue la formule idéaU- pour une langue artificielle qui doit classer ses parties d'oraison d'une manière tangible.

La (piesîion à élucider consiste à concilier deux aspirations bien distinctes, dont voici les données :

i° Nécessité absolue dans un langage artificiel de distinguer nettement chacune des classes de mots ;

2° Tendance de tous les peuples vers l'unification sous un seul aspect de toutes les classes de mots, ainsi que l'affirment :

Bréal : « Nos lan,irucs ne sont donc pas si loin de l'état holophrastique où le mot était à lui seul toute une phrase. »

Pozzi : « Le chinois ne fait aucune distinction formelle entre le nom, le verbe, l'adverbe. »

Deschanel : « La lan,irue française avait dans le commencement plus de liberté plastique. Un mot n'était jjas exclusivement verbe ou substantif ou adjectif, il était tout cela ensemble et tour à tour. »

Le problème à résoudre est donc celui-ci :

Laisser l'idée principale toujours présente et lui faire subir des modifications à la fois simples et caractéristiques.

La solution que j'ai proposée me parait résoudre toutes les conditions du problème posé.

D'une part, nous avons la nécessité de modifier l'idée première si elle change de fonction, et on avouera que rien n'est plus simple que cette règle, qui consiste à ajouter / ou au plus 2 lettres à la classe choisie comme souche pour la faire varier dans ses acceptions i li.

Nous avons en B, en effet, comme résumé de formation des mots précis ({ui constituent les 999/1000 du langage les dérivations suivantes :

N (nom) 4- voyelle = verbe.

VT , 11 / -i , 1 4- d^ attributifs Tseit qualificatifs'!.

N^- voyelle (soit verbe) ,.^ p , . , ,

M- «i = modilicatits (soit adverbes I.

(1) N. L.vxDAis : « Ce n'est point la différence des objets exprimés qui constitue les différentes classes de mots, mais la différente manière dont les mots expriment leur objet et leurs différents emplois ».

o^jo L.\ L.L\GUE BLEUE

D'autre part, cette formation régulière, qui' conserve VintèijralUè du nom-souclic dans toutes les autres classes de mots précis, qui en dérivent, tout en n'en différant que fort peu, est évidemment conforme au desideratum de l'esprit humain, régi par la loi du moixdrl efkort.

La méthode employée dans La Langue Bleue concilie donc d'une manière satisfaisante les deux tendances mentionnées plus haut, qui se combattent dans la -pratique.

Il faut maintenant tenter de démontrer que la théorie nous conduirait a des résultats concordants.

C'r, en nous basant sur la pensée de Hkoel, « nous pensons en noms », ne voit-on pas qu'en « verbalisant », en « faisant verbes » ces noms, on ajoute une idée et que cette extension morale doit se traduire par une extension phnsiquc représentée par un signe physique?

On peut donc obtenir le schéma suivant (si N est le mot nomsouchej :

En théorie : En pratique le verbe est formé par

la suflixation d'une voyelle (Ij et nous avons en B '•

N -|- idée verbale N + voyelle = Verbe.

En accomplissant l'action exprimée par le verbe, l'agent peut ac([uérir certains caractères nouveaux, sous forme de qualité ou sous l'influence de modifications.

En continuant ces déductions, si cette action verbale se transforme en permanence de qualité ou en manière d^être (permanence d'' action), il y a là une extension morale nouvelle de Vidée qui doit se traduire matériellement par une extension nouvelle physique, au moyen de signes caractéristiques symbolisant ces idées nouvelles ; elles doivent donc mathématiqueynent enfanter des vocables encore plus longs que les verbes et posséder une finale bien spéciale pour chacune de ces deux sortes de manifestation de l'esprit.

On peut encore établir, comme suit, le schéma de cette nouvelle transformation :

(1) Le clioix des voyelles me parait également heureux ]iour eel eni])lui, vu le son vocal bien distinct des temps <]ui donne connue une sensation diverse des rlurccs d'action, firàce aux intensités différentes de vibration des voyelles y ajoutées (V. note 3, p. 173).

La Landelle dit aussi : « Les voyelles sont des sons existant dans la nature antérieurement à toute convention ».

En tliéorie :

N + vovcUe + idée de permanence de 1 .'■ ^V • ^--j n

' ' ' ^ ( action {mantere a être).

En pratique, en B :

^T , 11 I i j' 1 i «' = Attributifs, permanence de ciualité.

iS + vûvellc + son huai < «^ /-^ ■;•/> i. .•

' ' ' l ( // = Modijicatijs, permanence d action.

C'est là toute l'histoire de la formation de la Langue Bleue.

Dans la pratique aussi bien qu'en théorie cette création a forcément abouti aux mêmes conclusions.

Son maniement en est aisé puisque les phénomènes de dérivation s'opèrent avec des moyens peu encombrants (adjonction d'une lettre ou deux), bien que très caractéristiques (sons distincts, voyelles ou consonnes d et \\\.

Cette formation est pratique })uisque ce système d' « adjonctions de lettres finales » est celui de la dérivation « développante « de toutes les langues modernes.

Cette formation est simple puisqu'elle suit le travail de la pensée ; à mesure que celle-ci s'accroît idéalement, le langage s'accroît 77ia^érieiiement tout en laissant toujours subsister dans sa pureté l'idée premièi'e : le nom-souche.

En effet, le nom B garde toujours son intégralité d'aspect et les différentes adjonctions qui y sont faites ne servent qu'à donner un aspect caractéristique à chacune des autres classes de la Langue Bleue. Aussi, dans mon désir de montrer jusqu'à quel point cette assertion est exacte, je veux employer ici une expression vulgaire du gamin de Paris, mais qui rend bien ma pensée, et je dis qu'on pourra facilement déterminer dans la Langue Bleue à quelle classe appartient n'importe quel mot donné « rien qiCà sa gueule ».

Pour toutes ces raisons, je crois cette formation rationnelle et indubitablement ciaiVe et facile à apprendre y ce qui est le point essentiel puisqu'il s'agit ici de proposer un nouveau langage international.

Et ce n'est pas seulement à l'état naturel des mots que cette divination sera aisée, mais bien encore à leur état formel.

Avec la seule possession de deux règles : « la Marguerite et l'Outil », presque toutes les situations des mots à VEtat formel seront aisément reconnues.

La Marguerite, avec son apposition des interjections (motules du B) devant tous les mots précis, peut faire varier « Vintensité » des mots, comme le serrement d'une clef jjcut changer le diapason d'une corde sonore.

L'Outil M, signe symbolique extrait de l'alphabet, se pose, comme

LA LANGUE HLKLE

un feu follet, à diverses places des mots, et on fait varier « la nature » selon le point qu'il y occupe. Il suffit à lui seul pour exprimer presque '.outes les variations ijrammaticales (li.

Pour terminer le livre I" de ce volume et afin de montrer les applications de tout ce qui a été étudié jusqu'alors, il ne reste plus qu'à présenter la théorie du B sous forme de tableaux synoptiques dans lesquels sera exposé renseignement par l'Aspect de « La Langue Bleue '), prouvant: que la classe d'un mot peut être toujours déterminée pjar la seule rontexture du mot, en dehors de toute connaissance du sens.

Et pour donner une preuve plus complète encore de l'application au B de cette théorie, je déclare qu'il m'est possible, à la vue de n'importe quel assemblage de lettres formant un mot hypothétique de proclamer immédiatement que V Aspect même de ce mot le fait fatalement rentrer dans « telle » ou « telle classe » de LA LANGUI-: liLEUK {Voir note page 2(^7).

il) Je rappelle les fonctions diverses de l'outil U (v étant voyelle, c consonne, u l'outil).

Placé ainsi, l'outil u Dans un mot formé comme Ce mot sera forcémer.t exprime et indique gramma

ci-dessous : en B nn : licaleiuent les idées de :

Place 1 Ucvc fsauf d et y) — 2 cvcU - 3 UcvcU

4 cvcUv

5 Ucvcv

6 UcvcUv

— 7 Ucvcv</

Ucvcv/

Ucv//

Ucvc/

Uccvc»/

cvcUcvc

nom au féminin ;

nom au pluriel;

nom féminin au pluriel (réunion des places 1 et 2);

verbe au passif;

verbe à la voi.v active, au temps antérieur ;

verbes au passif, temps antérieur (réunion des places (1 et 5);

attributif, avec idée d'égalité ;

féminité, jiluralité.

pluralité féminine.

passivité, antériorité, perfection.

antériorité, perfection passive.

comparatif d'égalité dan.'qualificatifs.

modificatif, avec idée comparatif d'égalité dansd'éiralité; adverbes.

mot composé;

trait d'union oral.

Dans les places 1, 5, 6, 7, 8, il faut regarder la lettre finale pour connaître l'emploi exact de l'outil ; dans place 1 : noms, consonne finale (sauf d et y) ; dans places 5 et 6 : verbes, finale v ; dans place? : finale d; dans place 8 : finale»/.

Dans les places .5 et 6, Vu initial remplace l'auxiliaire.

Tels sont résumés les services rendus par cet outil de la Langue Bleue; il est impossible de confondre ses emplois divers qui varient selon les différentes places que cet outil occupe.

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