POSITION DU PROBLEME — SITUATION ACTUELLE
La TiiiJouiE générale de la Langue Bleue est dcciite dans le premier livre: il convient d'exposer maintenant la grammaire du B- H est nécessaire de commencer par l'étude des matériaux, avec lesquels ce nouveau langage va se trouver construit.
Il pourra, au premier abord, sembler extraordinaire que l'étude de la constitution de Valphahet n'ait pas été placée au début de cet ouvrage, et que VABC ne figure pas à la tête des connaissances à acquérir.
Si l'on veut réfléchir quelque peu, on comprendra aisément que l'examen théorique de l'emploi futur de ces matériaux devait être l'ait préalablement.
Les pierres de taille ou les briques apportées à des maçons ne leur <;ont d'aucune utilité si le plan de l'architecte ne se trouve sous leurs yeux; de même, les lettres de l'alphabet ne sauraient servir à la construction d'un idiome neutre, si, par avance, l'usage, auquel elles seront employées dans une telle création, n'avait été théoriquement établi par un plan logiquement dressé.
Il ne s'agit pas ici, en elîet, d'un langage qui se crée naturellement par la résultante des efïorts inconscients de tout un peuple, mais bien d'une langue artificiellement formée par un individu dans le but de servir de lien à des nations diverses.
Il est de toute évidence que la première condition de réussite d'une tentative aussi hardie est l'établissement d'un alphabet pratique et facile.
Ici, je rappelle que, grâce aux limitations pJujsiques établies par la théorie du B, le problème consiste à trouver l'alphabet nécessaire aux peuples de race blanche, en laissant de côté les complications qui surgiraient forcément s'il fallait s'occuper de modes de prononciation des races jaunes (li ou des « claquements» ou « clappements » inltgwables et imprononçables des Hottentots.
ili La lit niuu^iration de la iiécessitô de circonscrire lo terrain est faite par rexenii)le connu de Schi.ever, l'auteur du VolapuL, qui a su|)|Jiinié de son alphabet international, la lettre R, si utile, par suite de l'incapacité des Chinois de la prononcer. .Mors, pourquoi n'a-l-il pas supprimé le b et le d qui manquent ésalenient dans la lantîne cliinoise?
:>-[i . LA LANCiLE DLKUE
L'importance d'un oliihabet rationnel est capitale.
FÉi-iNK : « La création d'un alphabet intcies.se au plusliaut iioiiit la politique intérieure de tous les grands Etats. »
ArKKRM.\NN : a L'adopfion de l'alphabet rationnel ne .serait peut être pas moins utile on Europe que l'uni iVuinité des poids et mesures. La langue écrite doit être la reproduction de la langue parlée. »
VoLT.\iRE : « L'écriture est la peinture de la voix, plus elle est ressemblante, meilleure elle est. »
(JL-INTILIKN : « Chaque mot doit être écrit comme il se prononco, car la destination des lettres est de con.server la parole comme un dépôt sacré. »
I-Ikdan : «< La phonolypie absolue doit être le jioint de départ du lanirago. »
MoNTi^MONT : a La langue écrite se réduit donc à bien noter les sons que l'on entend prononcer, rjuand il s'agit d'écrire, et, quand il s'agit de lire, à prononcer e.vactement ceux qu'on voit écrits. »
LÉvY-Bi.NG : « Trouver le moyen de prononcer comme on écrit, de telle sorte qu'un signe représente un son unique. »
CuAVÉE : «' J'ajipelle ccriture naturelle l'art d'attribuer à chaque son et à «iiaque bruit de la parole un signe graphique rejtiésentalif d'une image qui, mise sous vos yeux, vous fasse penser tout bas ou prononcer tout haut ce même son, ce même bruit.»
Il résulte de toutes les opinions ci-dessus exprimées que la l*^" Règle- Base du ^ : « \ lettre-1 son », est bien le desideratum qu'il faut atteindre.
Cette identité du signe et du son n'a rien de chimérique, puisque, par les dernières réformes de VAcadémie espagnole, elle est complètement obtenue dans le langage de toutes les E.spagnes. De même : « Certains idiomes slaves, par exemple le bohème et le polonais, possèdent une prononciation conforme à leur orthographe. (ScuLEiciiEn.) »
Si une pareille conformité se rencontre dans des langues vivantes (ij, on peut admettre a fortiori qu'elle sera facile à établir dans une création artificielle. Aucun des créateurs d'idiomes internationaux n'a monqué à cette obligation.
Voi.NEv. après avoir constaté que « les alphabets français et anglais .sont de véritables caricatures » institua un concours en vue de remédier aux anomalies que nous allons constater.
En ce qui concerne le nombre des lettres, la comparaison des alpha- ])Cts des divers peuples donne des résultats déconcertants :
Hovei.acque: « Le sanscrit compte 17 lettres : 1 1 voyelles et 'Xi consonnes... L'al-
(1) Voltaire : « Du onzième au douzième siècle, le français s'écrivait exaclcment conune il se parlait. »
Erdan ajoute à cette citation : « L'italien et l'espagnol le font aujourd'hui. »
phabct turc se compose de 33 caractères... Le magyar a 11 voyelles et un certain nombre d<,' consonnes n'ayant pas de correspondante^ en français. »
Blijfnz ; « L'ensemble des langues slaves possède 9 voyelles et 33 consonnes. »
PoNcEi. : <• Les alphab-ns des langues vivantes actuelles varient de 20 à 3ri lettres diftërentes. »
Si nous vouloa.s observer les sons tirés (run inèiiie caractère, la cacophonie est plus indescriptible encoi-e.
HovF.i,AC(jL"E : I chacun des caractères de l'alphabet turc a 1"^ signes modilieatils. »
WiiiTNEV : « Les voyelles anglaises ont chacune de 3 à 9 valeurs diJ^'érentes. »
D'autre part, la transcription d'un même sena lait assister à des constatations stupéfiantes :
PoMEi. : '< En chinois, "..'17 mots différents ont le même son. »
Le français, avec ses homonymes ( homophones i, permet un jeu de société inintelligible à tout étranger.
Enfin, la représentation d'un même son donne également nais.sance à des bizarreries incroyables :
L.\ L.VNDELi.E : <' En français, les règles de la grammaire ordonnent de représenter la syllabe phonétique AV de 92 manières diftërentes. Il y en a clairement .5(> pom" l'a nasal (an) bien que Volnev n'en ait signalé que 37. »
Si on se souvient aussi que « l'on peut écrire en français le son 0 de 43 manières différentes (de l.\uture) a ce dénombrement suffit à faire apprécier au point de vue international l'incohérence de notre graphisme.
liOrsque le monde savant répondit à l'appel de Voi.ney, on vit encore se produire des appréciations inconciliables sur cette question de l'alphabet rationnel : Buttner compta 300 articulations différentes, et EiciioFF seulement 50 !
Whitxey admet aujourd'hui 4i sons et caractères dissemblables en anglais et déclare que : « l'immense variété des sons du lansfage humain se compose de trois à quatre cents différents sons ».
La Laxdelle prétend que l'orthographe française exige 40 caractères et que les seules diphtongues ont 528 sons divers.
Aussi, cet auteur, essayant d'établir d'une manière i^arfaite la représentation de tous les sons, en arrive-t-il à dresser un tableau général comprenant 38 lettres et 135 caractères!
Si une telle agglomération de signes peut théoriquement être utile à la notation des sons de toutes les langues, pour obtenir une transcription quasi musicale, ne comprend-on pas que pratiquement ce n'est pas
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dans cette direction (|ue l'on doit cliercher à ivaliseï- un al|)lial)et international?
Renan : « S'il fallait représenter par un siiine dislinct tous les deiii-és tle l'échelle vocale, il faudrait des séries infinies de signes distincts. On n'arriverait jamais à lixer les articulations d'un langage parlé avec une perfection absolue. Un tel alphabet est donc une chimère. »
A ce problème qui paraît insoluble, il est pourtant indispensable de trouver une solution. Tout idiome artificiel n'ayant pas pour base un alpliabet court est condamné à l'avance (l).
Lors(pie LF.inxrrz écrit : « Donnez-moi un bon alphaljct, je vous donnerai une langue bien faite » (2), que veut dire : « un bon alpliabet » ?
Le grand philosophe a-t-il voulu exprimer c(ue cet alphabet dût être celui qui représenterait toutes les articulations du langage humain?
Rien ne justifie une telle explication. Un « bon alphabet », dans rhypothè.se d'un idiome artificiel international, sera celui qui permettra de se faire comprendre avec le minimum d'edbrts.
De ce fait, il devra être facile, et, pour être facile, il devra forcément contenir peu de lettres.
Il est aisé de couq)rendre avec La Grasseuie : « (pi'un langage international ne doit contenir aucun son qui ne puisse être prononcé par tous ». Il faut substituer pour la Langue Bleue aux mots « partons» la phrase : c |)artous les peuples de race aryeimc. »
Théoriquement cette prétention n'a rien d'irréalisable.
Que faut-il, en efîet, pour con.stituer un langage? La r('|)onse à cette question a déjà été donnée par WnirxEv : « Il ne faut (pie 12 ou 15 sons articulés pour parler une langue » (o).
Nous voici arrivés à cette conclusion qu'il est peut-être possible de tenter l'établissement d'un alphabet rationnel international, non pas par une profusion de lettres (signes-sons) qui permettrait à tous les peuples d'exprimer dans cet idiome commun tous les sons contenus dans chacune de leur langue, mais au contraire pai- Vélimination suc-
(li Je signale ici, en me plaçant au point de vue des iM'aiiçais, les diflicultés suivantes daus certains idiomes artificiels :
Espéranto.' un f)J, deux L', prononcés : on long cl ou IniT il les signes suivants : c, ô. H, j. S-
VoLAPUK : les voyelles (i, o, ii ; un I)J (rei>résenlé pai' le signe r), la J (jui se prononce Cff.
(2) LEiiîNrrz conclut :« Dniine/.-iimi une' l;nigu<- bien f;iiie et je vous donnerai une bonne civilisation » !
(3) Max Mui.ler : « Uii aljdiabel imparfait jx ni siilfiri' jimii- ]'■ coinme'iicemenl de la pensée et du langage. >,
oessive des sonorités particulières à chacune de ces langues, afin de ne garder que le minimum de sons nécessaire à la constitution d'un langage.
L'auteur d'un projt-t de langage international, * La Langue Catholique », avait admirablement compris cette méthode.
LiPTAV : « L'alphabot serait parfait si chaque son correspondait à un signe et cliaque signe à un son. Au lieu de compliquer l'alphabet, on devrait tenter de le simplifier, i»
Ce qu'il convient de rechercher c'est donc un alphabet facile, court et aisément prononçable par toutes les nations auxquelles est offert ce nouveau Langage international.