LES INTERJECTIONS
/■■•' Partie du Discours. — Première classe des raotules. Définition.
Les interjections sont en B^ comme en français, des mots qui ont pour objet d'exprimer l'exclamation. Ces mots permellcnt l'expression concise d'une sensation vague.
On peut très bien concevoir une langue sans interjections. Dans une langue artificielle, cette « partie d'oi-aison » devrait même être supprimée. Je n'eus pas hésité à le faire, si les inlerjections n'allaient scr\ir dans la pratique à la création d'une des deux règles spéciales au B : la Marguerite iV. p. 54 et 326).
En outre, une raison plus sérieuse au point de vue théorique m'ubliireait à conserver cette classe : la méthode même de formation de la LauQue Bleue .
La théorie choisie de la >' sensation » impliquait l'établissement de l'interjection au « seuil » du langage, puisque l'interjection peut se définir : un cri, avec signification de sensation déterminée.
Cette sorte de vocables est, i)0ur ainsi dire, hi « résidtante » de la sensation d'un bruit perçu et de la notion de sens sj)écial que riKjnmie veut attribuer à un son inarticulé, parfois imitatif, émis.
Enfin, puisque la métliode adoptée dans la Lawjue Bleue consiste à créer le lanirage en passant d'une idée vague à des notions de plus en plus précises, les interjections étant les plus vagues des mots devaient constituer forcément la première partie du discours.
S'il est plus rationnel de conserver les interjections, il est du moins inutile, dans un langage artifieiellemcnt construit, d'en créer une irrande quantité.
Ainsi qu'il a été déjà exposé à plusieurs l'cprises, il sera attribué à cette classe un nombre de formes restreint.
Aspect
Les interjections du B seront coulées dans les deux sortes de moules suivants : l" vojelle ; 2° voyelle semblable répétée.
Cet aspect dos « exclamations » me semble conforme à la nature même de ces vocables qui ne sont que la résultante d'une émission brusque de sonorités vocales sans articulation précise.
Le nombre des voyelles étant de 5 en B, on voit que la classe des interjections ne ci:)ntiendra forcément que 10 vocables.
Significations des interjontions.
Dans le plan de création du B» les interjections doivent servir à l'établissement d'une règle grammaticale (la Marguerite) ; aussi le sens attribué à chacune de ces sonorités vocales se trouve-t-il édicté quelque peu arbitrairement.
La diversité des sensations exprimées dans toutes les langues par les interjections formées d'une voyelle (par exemple, les nombreux sens de o exclamatif français : ô, ho ! oh! etc.) m'autorisait à doter ces mots de significations arbitraires.
Le sens des interjections de la Langue Bleue sera le suivant :
a exprimera un sentiment de manque, et par extension de découragement.
e exprimera un sentiment d'exubérance, et par extension d'approbation, encourao'ement.
i exprimera un sentiment de paroxysme, et par extension de contentement, joie.
o exprimera un sf^ntiment de doute, et par extension d'avertissement.
Il — d'égalité, et par e:cfe)i.sio?i de consentement.
Les voyelles répétées auront le sens contraire des voyelles simples, ou, pour mieux dire, le même sentiment poussé à l'extrême dans un sens de péjoration :
aa exprimera donc : résignation, dégoût.
ee — : réprobation, mépris.
iî — : douleur, souffrance.
oo — : appel, prière, menace.
uu — : répulsion, contrariété, frayeur.
Ces dix vocables suffisent amplement à remplir l'emploi de toutes les interjections, d'autant plus qu'il est recommandé d'en faire le moindre usage possible. La véritable utilité des interjections est de contribuer, dans leur structure de voyelles simples (dont il est indispensable de connaître le sensi, à la formation de la Règle de la Marguerite.
.126 LA LANGUE BLEUK
Place dans le discours.
Les interjections se placent toujours au commencement des phrases. Elles sont suivies dans l'écriture du point d'exclamation.
Il est évident que certains mots peuvent être pris exclamativement ; dans ce cas, leur place est également au commencement des propositions.
Ces mots constituent à eux seuls ime phrase entière cl ne sont en quelque sorte que des interjections plus précises.
Ex. : Bravo ! bis! courage ! arrête ! etc.
RÈGLE DELA MARGVEIilTE
Cette règh' spéciale à la Langue Bleue, et qu'il faut de nouveau énoncer ici, puisqu'elle concerne les interjections, est la suivante :
Les quatre interjections a, e, i, o peuvent se préfixe rai\i\ mots précis du B> à savoir : les noms, verbes, atlributifs et modificati [s pour marquer une gradation morale dans le sens du mot auquel elles se préfixent.
Les sens ainsi apportés sont ceux mentionnés en premier dans la liste ci-dessus donnée des Interjeclions.
Cette règle permet, tout en n'étant maître que d'un lexique restreint, d'exprimer sa pensée d'une manière suffisamment précise.
Ex.: Si l'on veut exprimer la passion, l'amour avec exubérance et qu'on ne connaisse pas le mot précis, — un tel mot ])Ourrait ne pas exister dans le dictionnaire, — il suffira, si l'on connaît le mot : «r amour » lov, en B> de préfixer l'interjection e signifiant « exubérance » pour faire comprendre le sens « passion ».
Nous aurons en effet un nom ainsi composé : elo\', qui littéralement veut dire : exubérance-amour, : soit « passion ». IV. Dessin du thermomètre, p. 57.)
L'interjection u, sentiment d'égalité, conserve son sens seulement devant les attributifs et les modificatifs.
Donc, un mot tel ([ue : itloved peut se décomposer comme suit : égalité-aimé, c'est-à-dire « autant, aussi aimé ». iV. Règle de l'U, page 51 et page 318. j
Au premier abord, cette Règle de la Marguerite peut sembler difficile à comprendre ; elle sera au contraire d'une application très aisée dans lapratique. Elle donne avec élégance la faculté d'exprimer les gradations de la pensée pour tout mot abstrait, tout en n'ayant qu'une connaissance peu étendue du vocabulaire de la langue bleue.