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MAGIE ET SORTILÈGES

En outre, V Alphabet de l'Auteur^ français, commentaire rabelaisien du xvii'' siècle, œuvre anonyme d'un Poitevin, donne l'explication des termes de divination cités par Rabelais, en l'agrémentant parfois de curieux détails du terroir (i).

La nomenclature rabelaisienne de la divination est une des plus amples qu'on connaisse. Toutes les époques y sont représentées et les sources de l'auteur, ici comme ailleurs, ont été des plus éclectiques.

En premier lieu, un grand nombre de ces termes dérivent des écrivains grecs ou romains, les multiples formes de la divination faisant partie intégrante des croyances religieuses des Anciens. La coscinomantie, « jadis tant religieusement observée entre les cérémonies des Romains », figure dans Théocrite, en même temps que Valphitomantie, « designée par Théocrite en sa Phavmaceutrie », et que Vaëromantie, « célébrée par Aristophanes en ses Nuées ».

Remarquons cependant que ce dernier ne « célèbre » point la divination par l'air, mais l'air lui-même, et que Théocrite se borne à décrire l'opération de la sorcière, mais ne donne pas le terme divinatoire lui-même.

Pline fait mention de Vaxinomantie (2).

Plusieurs autres noms sont tirés, on l'a vu, de V Occulta Philosophia de Corneille Agrippa, et il est piquant que Rabelais les fasse débiter par le médecin-philosophe lui-même (3).

La majorité de cette terminologie grecque reste inconnue aux Anciens (4). Ces noms ont été forgés à l'époque de la Re-

(i) Voici par exemple larticle sur Axinomantie : « Divination qui se faisoit avec une coignée... En Poitou s'observe une superstition par le moyen d'une coignée, pour conjurer un certain phlegmon, qu'ils appellent ineptement le chapple, et faut que cette conjuration se fasse par un qui soit charpentier de père en fils, lequel, marmonant quelques paroles, fait semblant de vouloir assommer le mal avec son instrument ».

(2) Le premier tome de l'ouvrage cité de Bouché-Leclerc cite et explique un grand nombre d'autres termes : u).t\)prj'^c/:j-:iLu (p. 182), «arpayK/optav-râa (p. 190), -Ay.-onTpoitu-nrEiu (p. 840), vJ.r.po^.u-j-zdot. (p. 184), TUjSopavTEia (p. i83), etc.

(3) « Voulez-vous (dist HerTrippa) en sçavoir plus amplement la vérité par Pyromantie , par Aeromantie célébrée par Aristophanes en ses Nuées, par Hydromantie, par Lecanomantie, tant jadis célébrée entre les Assyriens et exprovée par Hermolaus Barbarus... Par Catoptromantie (dist HerTrippa continuant)... ».

(4) Telles : anthropomantie, botanonantie, cephaleonomantie, etc.

naissance, et Rabelais les a probablement empruntés à un des recueils encyclopédiques de l'époque, du genre de VOfJicina de Ravisius Textor (1532).

La magie reste encore vivace au xvii® siècle. La croyance au loup-garou, aux sorciers est alors générale, et la littérature dramatique en fait foi (i). Molière reflète, dans ses comédies, comme Rabelais dans son roman, les croyances et les superstitions de son temps.

(i) Voy. les témoignages recueillis par Friedrich de i5i5 à 1687 {ouvr. cité, p. 65 à 76).

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