THÉÂTRE POPULAIRE
sent ces monuments, pour éclaircir certains passages de Rabelais, sont des données parallèles, et non pas des sources.
Quant aux Farces — en dehors bien entendu de celle de Patelin — leur date est généralement trop tardive pour avoir pu exercer une influence quelconque (i). Celles que Rabelais cite sont ou trop vagues — « Farce jouée à trois personnages » {Epitre à Odet) » — ou ne sont pas arrivées jusqu'à nous, comme la Farce du pot au laict (1. I, ch. xxxiii), source traditionnelle de la fable de la Fontaine et thème connu un peu partout (2).
Ajoutons que Rabelais possédait du théâtre des connaissances professionnelles. Il a joué après 1530 à Montpellier, avec ses amis, la «morale comédie dtCeluy qui aooU espoasé une femme mute ï) {^) (1. III, ch. xxxiv), et il était parfaitement familiarisé avec les détails de la mise en scène: « Entre les jongleurs, remarque-t-il (l. III, ch. xxxvii), à la distribution des roUes, le personiage du Sot et du Badin estre tousjours représenté par le plus périt et perfaict joueur de leur compaignie ».
Cette caractéristique n'est pas éloignée de celle qu'on en a donnée de nos jours : « Le badin personnifie la jeunesse abandonnée à la nature ; un peu crédule, parce qu'elle est ignorante; et pourtant fine, parce qu'elle est naturellement malicieuse » (4).
(i) On cite cette phrase de la « Farce de Colin » {Ancien Théâtre, t. II, p. 23o):
Ubi prenu qui ne l'amble ?
qui rappelle la question de Panurge à propos de femmes prudes et chastes (1. II, ch. xv) : « Et ubi prenus? « Remarquons que cette farce a paru en 1540, alors que l'édition princeps de Pantagruel remonte à une dizaine d'années auparavant.
(2) Voy. ci-dessus, p. 224.
(3) Voy. là-dessus H. Clouzot, p. 53, et G. Cohen, p. 7 à 8.
(4) Petit de JuUeville, La Comédie et les mœurs en France, p. 282.
L'ouvrage de Charles Nisard sur les Livres populaires (1854) donne une idée d'ensemble de la littérature de colportage, mais il aurait besoin d'être revu et mis au point (i). Nous disposons aujourd'hui de ressources autrement abondantes qu'à l'époque de sa publication. Le s'ujet, d'ailleurs très complexe, exige des connaissances à la fois bibliographiques et traditionnistes. Nous tâcherons de faire ressortir quelques-uns de ses multiples aspects, tout particulièrement en ce qui concerne l'œuvre rabelaisienne.