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III. — Ornithologie provinciale

Le nombre d'oiseaux mentionnés dans le livre de Rabelais est important et varié. La plupart conservent les noms qu'ils portent dans la ré^^ion où on les rencontre le plus fréquemment, et ces appellations de terroir contribuent à donner une parfaite couleur locale à plusieurs des épisodes du roman.

Oiseaux de l'Ouest. — Grandgousier, pour festoyer le retour de son fils Gargantua, après sa victoire sur Picrochole, donne à ses convives un de ces banquets monstres, dont la coutume n'est pas perdue dans les cours souveraines de la Renaissance (1. I, ch. xxxvii). Presque tous les oiseaux de rivière envoyés à Grandgousier par le seigneur des Essarts (i) sont encore aujourd'hui chassés aux bords de la Sèvre Niortaise ou de ses affluents (2).

Oiseaux du Midi. — Le Languedoc et la Provence sont riches en oiseaux de tout genre ; aussi ont-ils contribué, l'un et l'autre, au repas royal de Grandgousier (1. I, ch. xxxvii) et à l'énorme banquet des Gastrolâtres (1. IV, ch. lix).

Nous avons précisé ailleurs (3), autant que le permettent les ressources dialectales, les diverses régions qui ont fourni les noms provinciaux des oiseaux cités dans ces deux passages ; mais il n'est pas inutile de remarquer combien, en outre, ils offrent de données sociales et documentaires de valeur réelle. Ils nous font connaître, d'une part, les préférences de l'époque en matière gastronomique; ils nous permettent, d'autre part, de fixer la date de l'introduction alors récente de certains gallinacés.

Rappelons que le iestin de Grandgousier, rédigé vers 1530, a reçu dans l'édition de 1542 quelques éléments nouveaux, parmi lesquels le plus intéressant est celui des poulies d'Inde, dont la venue en Europe prête à discussion. Il est curieux de voir Rabelais faire servir, dès 1542, sur la table de GrandgousieJ, des poulies d'Inde, c'est-à-dire des dindes, alors d'acclimatation récente et constituant, par leur extrême rareté, une viande royale. Dix ans plus tard, ils reparaissent sur la table des Gastrolâtres : « Coqs, poulies et poullets d'Inde », c'està-dire dindons, dindes et dindonneaux.

(1) Nom d'un fief dans l'arrondissement de Chinon.

(2) Voy. Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, Paris, 1904.

(3) Cf. notre Hist, nal. Rab., p. 294 a 3o2.

Ces données sont parfaitement exactes. Bruyerin Champier, qui écrivait vers 1560, soutient que les dindes avaient été introduites en France quelques années auparavant : « Venere in Gallias, annos ab hinc paucos, aves quœdani externce quas Gallinas Indicas appellant » (i). Cette indication concorde avec les détails fournis par Rabelais.

11 faut donc reléguer dans le domaine de la fantaisie la tradition, généralement accréditée, suivant laquelle les premiers dindons n'auraient été servis qu'au repas de noces de Charles IX, en 1575. Dès 1542, Grandgousier en régalait ses convives du Chinonais et, vers 1550, ces gallinacés étaient servis au banquet des Gastrolâtres.

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