‹ La langue de RabelaisChapitre 155 sur 223 · VIII. — Noms propres · texte numérisé non relu

VIII. — Noms propres

Une dernière section sera consacrée aux Sentences ou proverbes moraux proprement dits (2).

Les proverbes de ces différentes catégories peuvent être : 1° Spéciaux, dictons propres à un peuple ou à une nation et dérivant des usages locaux. Tels les proverbes d'ordre professionnel, sociaux ou fondés sur des coutumes nationales.

2° Généraux, dictons communs à tout un groupe ethnique ou à plusieurs familles linguistiques. Tels les proverbes familiers à la fois aux peuples romans et germaniques.

3° Particuliers, dictons foncièrement français, se rattachant à des opinions ou applications indigènes, inconnus aux peuples voisins ou autres, alors même que leur point de départ n'est pas resté isolé. Exemple : Bailler le moine à quelqu'un, c'est-à-dire

(i) Voici un exemple que l'auteur met dans la bouche de Panurge (1. III, ch. xviii) : « Ouantes foys vous ay je ouy disant que le magistrat et l'office descœuvre l'homme, et met en évidence ce qu'il avoit dedans le jabot ? C'est à dire que, lors on cognoit certainement le personnage, et combien il vault, quand il est appelle au maniement des affaires. Auparavant, sçavoir est estant l'homme en son privé, on ne sçait pour certain quel il est,., ». C'est à peu près l'explication qu'Erasme a donnée de cet adage (1. I, ch. x, n» 76),

(2) Nous citerons, à titre de comparaison, Diiringsfeld, Sprichxoôrter der gennanisclien and romanischen Vôlker, Leipzig, 1872, 2 vol.

lui porter malheur, est sous cette forme proverbiale exclusivement français, mais la croyance superstitieuse que ce dicton suppose, est aussi connue ailleurs. Tels encore les proverbes : Tirer les vers du nes^ Se couvrir d'un sac mouillé, qui représentent des manières de voir particulières aux Français.

4° Universels, dictons qu'on retrouve indépendamment dans le temps et dans l'espace, reflétant des vérités élémentaires, des constatations du bon sens. Tels les sentenjes ou proverbes moraux proprement dits, si simples et si naturels qu'ils se présentent à tous les esprits.

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