CHAPITRE Vlll NOMS PROPRES
Certains noms propres ont acquis une valeur proverbiale. E!n voici les principaux représentants :
Noces de Basché. — Depuys l'eut ledict seigneur en repous et les nopces de Basché en proverbe ccmmun (1. IV, ch. xv).
Rabelais ne consacre pas moins de trois chapitres de son Quart livre pour décrire l'aventure des chicanons daubés en la rnaison de Basché, seigneur d'un bourg tourangeau de ce nom. Cette aventure devint proverbiale et se trouve citée comme telle par divers écrivains du xvi' siècle (i).
Frère Lubin. — Ce nom de moine ignorant remonte au XII i" siècle, où Gautier de Coincy le donne déjà à un personnage dévot, dans ses Miracles de la Sainte Vierge: 644. Veez là saisit Lubin de Covrele, Qui fait vertuz à sa chapele.
Dans le Roman de la Rose, Faux-Semblant, déguisé en moine mendiant, s'écrie :
i53i. Je m'en plaindray tant seulement A mon bon confesseur nouvel.
Qui n'a pas nom Frère Louvel, Car fortement se corrouceroit.
Qui par tel nom l'appelleroit.
Ce Frère Louvel est proche parent de Frère Lubin, moine à la fois ignare et méchant, tel qu'il figure dans une ballade de Marot.
(i) Bouchot, Serées, t. I, p. log : « Incontinent qu'elle crioit, son mary avoit les gens aussi prests que le seigneur de Basché avoit messire Ouriart Loire le marié, sa femme et Trudon le tabourineur, au son de la campanelle, toutes les fois qu'ils vouloient bailler des nopces de Basché à messieurs les chiquaneurs, qui le venoient citer et adjourner ».
D'Aubigné, Fœneste, 1. III, ch. v : « Là dedans y a pis qu'aux noces de Basché ».
C'est comme aux noces de Basché, se dit quand les records sont pris par ceux qu'ils allaient prendre (Leroux de Lincy, t. II, p. 27).
Chez Rabelais, ce nom proverbial est l'appellatif du moine ignorant et parasite (1. I, Prol.) : « Un frère Lubiii, vray crocquelardon... »
Martin de Cambray. — Couillatris sa coignée aaticque attache à sa ceinture de cuir, et s'en ceinct sur le cul (i) comme Martin de Cambray (1 . IV, Prol.).
Nom du jacquemart de l'horloge de la cathédrale de Cambray, dont les Quinze Joies de mariage font déjà mention (p. 28) : « Le gentil gallant si en sera Martin de Cambray, car il en sera saint sur le baudray ».
Maître Mouche. — Et quand il changeoit un teston ou quelque autre pièce, le changeur eust esté plus Jîn que maistre Mousche, si Panurge n'eust fait esvanouir à chascune fois cinq ou six grans blancs... (1. II, ch. xvj). — Il ïera plus que maistre Mouche, qui de cestuy an me fera estre de songeailles (l. III. ch. xv).
Ce type de l'homme habile ou rusé viendrait d'un financier lombard et fin diplomate sous Philippe le Bel (1285-13 14) que les documents désignent en français comme Messire Mouche (en italien Musciatto), mort en 1309.
Cette hypothèse, émise récemment (2), soulève plus d'une objection. Et tout d'abord, comment expliquer le silence gardé sur ce nom par les écrivains pendant deux siècles } Il ne parait en efTet connu qu'au xv' siècle, lorsque les mentions en sont fréquentes (3).
Autre objection : le titre du financier est messire et celui du personnage proverbial, maistre (4). De même en italien, le
(0 Cf. dans la Farce de Paîhelin :
400. Le meschant villain challemastre En est ceinct sur le cul.
(2) Piton, dans Rev. Et. Rab., t. III, p. SjG et suiv.
(3) En voici quelques-unes :
Guillaume Coquillart (t. I, p. 290) ;
Il jouera mieux que maistre Mouche, Qui me prendra au desarroy.
Dans le Mystère de Saint-Quentin :
1276. Entrés ans, entrés, maistre Mouche, Velà le chastelet joly.
Où nostre duc repose et couche.
Et dans la « Farce du Badin » {Ane. Théâtre, t. I, p. 277) : Si je ne luy trasse quelque Fin tour de maistre Mouche-
(4) En provençal, mesîe Moucho est un des surnoms du diable.